Auteur: Zarbor Zarvaj
Date: 22-12-2011 12:18
Alcor a écrit:
> Aristote définit le mouvement ainsi : « acte de la puissance en
> tant que telle »
>
> Lorsqu’il parle de la « puissance en tant que telle » il veut
> dire la puissance en dehors de sa relation à l’acte, il ne
> s’agit donc pas ici de la puissance à l’acte, mais de la
> puissance en acte.
Cher Alcor.
1. Le mouvement est actuation de la puissance, mouvement terminé à l'acte auquel la puissance était en puissance. Bref, selon que l'acte est considéré in fieri ou in esse, dans son devenir ou dans son état achevé, un mouvement ou un repos.
2. Dans l'expression « acte de la puissance en tant que telle », « puissance en tant que telle » peut signifier deux choses [1], selon que la puissance soit :
- Un être qui n'est seulement que être en puissance (= puissance pure = matière prime).
- Un être en acte premier (une puissance opérative existante - l'existence étant son acte premier) en puissance à son acte second (opération).
Mais dans les deux cas, il y aura actuation. La preuve en est qu'une puissance opérative, en acte premier (existence), est en puissance à son acte second (opération). Or, en tant qu'en puissance à son acte second, elle est puissance et en puissance en tant que telle. Puissance, puisqu'ordonnée à l'acte second ; en puissance à cet acte second, alors même qu'en acte premier. L'actuation, mouvement qui se termine à l'acte dont la puissance était en puissance, n'est donc pas seulement celle de la puissance pure. Vous pouvez certes distinguer les cas, selon que la puissance soit un être seulement en puissance ou un être en acte premier en puissance à son acte second, mais dans les deux cas, il y aura actuation.
Notez que la puissance opérative dont nous parlons ne peut être qu'une puissance passive ou une puissance mixte (= qui doit pâtir pour agir, passive avant d'être active, comme par ex., l'intellect patient). Une puissance purement active ne passe pas à l'acte second (ex. : Dieu ; l'intellect agent).
3. La seule chose que vous ne puissiez dire, c'est que la puissance comme telle serait l'acte dont elle est en puissance.
4. Enfin, si la puissance est rendue en acte, deux cas peuvent s'envisager :
- Soit la puissance disparaît pour laisser place à l'acte : il y avait une puissance, il y a maintenant un acte.
- Soit elle perdure sous l'acte qui l'actue : il y avait une puissance, il y a maintenant une puissance actuée. C'est ainsi que la matière prime perdure sous la forme qui l'informe, que la puissance opérative perdure sous son opération (ainsi la faculté qu'est l'intellect patient ne disparaît pas du fait qu'elle produit une intellection sous la motion de l'espèce impresse infusée en elle par l'intellect agent).
Notez que ces deux cas ne sont en fait que deux façons d'envisager le même cas. Ainsi, la puissance opérative cesse d'être en puissance à son acte second, puisqu'elle devient son acte second ; nonobstant, elle demeure une puissance opérative secondairement déterminée à son opération (l'intellect patient ne disparaît pas du fait qu'il intellige, mais est rendu en acte second). De même, la matière informée cesse d'être en puissance à la forme qui l'informe ; nonobstant, la matière ne disparaît pas pour laisser la place à la forme, mais perdure sous la forme qui l'informe.
Cordialement.
________
[1] Il existe en fait une troisième option, qui n'est ni aristotélicienne ni thomasienne, voulant que toute puissance soit de soit en acte premier, ait une certaine actualité pour pouvoir s'ordonner à, ce alors même que cet acte ne serait pas l'existence. Elle suppose une conception univociste de l'être faisant de l'exister l'un de ses univoqués. C'est ainsi que Duns Scot parle d'un acte de matière prime possédant de soi un être moindre, un esse diminutum. Pour plus de renseignements, voyez Gérard Sondag, Duns Scot, pages 120 - 125.
|
|