Auteur: Zarbor Zarvaj
Date: 24-02-2012 13:47
Bonjour Sagramor.
Je crois devoir maintenir l'Orthodoxie être une belle niaise.
Quant au rapport mystique/métaphysique, il est douteux. On peut certes dire qu'il s'agit de deux approches de Dieu, à supposer la Métaphysique être une Théologie naturelle. Reste pourtant qu'elles n'ont rien à voir. L'une est une démarche rationnelle, l'autre une expérience, pour autant qu'ayant dépassé praxis et théoria, voie purgative et illuminative, le mystique en soit aux dernières demeures, dans la phase unitive, la "theologia" des orthodoxes. Imaginons un instant que vous jouissiez de la vision intuitive dès ici-bas, in statu via. Que pourriez-vous en dire ? Pas grand chose en vérité. Pourquoi ? Pour ceci que, comme le formule très bien la doctrine catholique, les élus voient Dieu "totus sed non totaliter". Totus, puisque c'est la Déité même qui est l'espèce impresse au principe de la vision intuitive, "non totaliter" puisque cette saisie intellectuelle se termine à la production d'une espèce expresse, d'un verbe, qui, terme d'une opération humaine - certes surélevée par le lumen gloriae (dont on peut se demander s'il peut être d'ordre créé...) -, est créé, donc fini, donc ne peut exprimer la plénitude de ce qu'il exprime. Et passant du verbe mental au verbe vocal, une seconde déperdition. C'est d'ailleurs pourquoi le Christ parlait de Dieu et du Royaume par métaphore. De plus les mystiques qui, ici-bas, jouirent de la vision intuitive, m'est avis qu'on les compte sur les doigts d'une main. Les autres, en deça.
Aussi,vous trouverez dans mon propos une grande tendresse pour l'être de l'ortodoxie, n'y voyez pas une tendance à l'oeucuménisme que je considère comme une hérésie,mais une réflexion sur la complémentarité catholique/orthodoxe. Je crois percevoir le sens de votre propos, encore que je désapprouve la formule en laquelle il se donne. Car "l'être de l'Orthodoxie", c'est un vestige d'Eglise, une secte schismatique... Là où je vous retrouve, si du moins là est votre pensée, c'est qu'avec le schisme l'Eglise s'est appauvrie en tant que perdant peu ou prou la mémoire de la patristique grecque, cet autre poumon du catholicisme. Fort heureusement, la mémoire lui revient. Ceci dit, c'est tomber d'un excès à l'autre que d'insérer Palamas dans le calendrier des églises catholiques orientales...
Quant à parler du Christianisme comme ayant une forme exotérique, c'est typiquement gnostique. Tout au contraire l'Eglise met les écrits de ses mystiques à la disposition de ses fidèles - après en avoir controlé l'orthodoxie doctrinale, ce qui, de soi, est prudentiel. C'est d'ailleurs pourquoi je me méfie de cette formule : la sophianité qui porte le sujet à la connaissance intime de Dieu. On suspecte ici une des marrotes du progressisme contemporain : un refus du Dieu de la Métaphysique au nom du Dieu de l'Histoire. Ce refus de la scolastique (au meilleur sens du terme) est à foison matrice d'hérésies. Les discours niais du clergé d'après concile l'attestent autant que de besoin. "Dieu est amour", affirmation de la métaphysique du Bien diffusif de soi, substantiellement ad intra, participativement ad extra. Ici la Somme de Théologie, Prima, q. 19 à 25, apporte un éclairage décisif. A défaut de connaître ces précisions, la niaiserie catho-moderniste dénoncée osant sa justification en parlant d'une hellénisation du Christianisme - comprenez un refus d'admettre l'intellect accéder rationnellement à la vérité en réputant tout discours une sagesse régionale...
Quant à dire que Jésus sera "envahi" par le Christ durant trois ans, jusqu'au reproche adressé à son Père de l'avoir abandonné, cela appelle des précisions. En l'état la formule est suspecte d'hérésie puisque, par la grâce de l'union hypostique, Jésus de Nazareth, le charpentier, est le Christ, est Dieu le Verbe, est le Christ-Dieu. Votre propos n'est orthodoxe qu'à condition de faire de "Christ" non un nom d'hypostase, mais un nom signifiant la nature humaine en tant qu'illuminé en plénitude par l'Esprit-Saint, en tant que ce dernier serait l'espèce impresse par laquelle l'homme assumé jouissait in statut via de la vision béatifique. Je précise récuser la doctrine des appropriations trinitaires, me conformant au schème de la patristique grecque mis en lumière par Théodore de Régnon en ses Etudes de théologie positive sur la Sainte Trinité, schème résumé par cette belle formule de Rahner : la Trinité économique est la Trinité théologique. Quoiqu'il en soit de ce dernier point, je ne doute pas que vous preniez "Christ" au sens idoine. Nous pouvons lors nous accorder pour penser que ce cri lancé sur la Croix : "Pourquoi m'as-tu abandonné", signifierait une suspension provisoire du don de la vision intuitive, consommant en quelque sorte les douleurs de la Passion.
Ne pensez-vous pas qu'en faussant les conclusions des sciences auxiliaires de l'histoire, l'on ne fausse pas aussi notre lecture de l'orthodromie divine ? Je le pense, tout comme vous.
Amitiés à tous.
Message modifié (24-02-2012 18:54)
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