Thomas d'Aquin en questions

 
 
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 Action et autotélie (question classique)
Auteur: Kyliiolos 
Date:   21-11-2016 13:57

Chers vous,
dans le commentaire de l'éthique à Nicomaque d'Aristote par Thomas d'Aquin, nous pouvons lire, selon la position classique que l'action, par rapport à la production, se spécifie par son autotélie, c'est à dire dans le fait qu'elle possède en elle-même son sa fin (en effet, son terme n'est autre que le vouloir lui-même).

Or Thomas d'Aquin, dans ses deux sommes, semble prendre le contre-pied direct de cette position en expliquant que toute action est ordonnée à une fin extérieure à elle-même (ST 1a2ae Q3; CG 3, 34).

Par exemple : "2° La contemplation est recherchée avant tout pour elle-même. Or l'acte de l'intellect pratique n'est pas recherché pour lui-même, mais en vue de l'action, et les actions A LEUR TOUR sont ordonnées vers quelque fin. Il est donc manifeste que la fin dernière ne peut pas consister dans la vie active, qui ressortit à l'intellect pratique."

Puisque, comme vous pouvez l'imaginer, cette question me tourmente, pourriez vous me montrer comment la contradiction se lève?

Bien cordialement.

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 Re: Action et autotélie (question classique)
Auteur: ouiouioui 
Date:   21-11-2016 21:34

Que l'action possède en elle sa fin ne veut pas dire qu'elle est à elle-même sa propre fin. Ça veut dire seulement qu'elle est toujours dirigée vers une fin bien précise, et que le fait d'être dirigée vers cette fin bien précise la fait être telle action et pas une autre (en effet, si telle action était dirigée vers une autre fin, elle serait par définition une autre action; donc la fin spécifie l'action).

D.

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 Re: Action et autotélie (question classique)
Auteur: Kyliiolos 
Date:   21-11-2016 22:09

Cher Ouiouioui,

Je vous remercie.
Cette solution ne paraît cependant pas tenir face à ce texte, entre autre, du commentaire de l'Ethique à Nicomaque :

" À l'évidence de cela, on doit considérer qu'il existe une double opération, comme il est dit au neuvième livre de la Métaphysique (1050a23). L'une demeure dans l'opérant même, comme voir, vouloir et intelliger: une opération de cette sorte se dit proprement aussi action. Puis, il y a l'autre opération, qui passe dans une matière extérieure, et que l'on appelle proprement production. Parfois, en effet, on prend une matière extérieure seulement pour s'en servir, comme un cheval pour le monter, et une cithare pour en jouer. Mais parfois, on prend une matière extérieure pour lui donner une certaine forme, comme lorsque un artisan fabrique une maison ou un lit. La première des opérations, donc, et la deuxième, n'ont pas un résultat qui en soit la fin, mais l'une et l'autre EST SA PROPRE FIN. La première, toutefois, est plus noble que la seconde, en tant qu'elle demeure dans l'opérant même. Mais la troisième opération est comme une génération, dont la fin est la chose engendrée. C'est pourquoi aussi, dans les opérations du troisième genre, les œuvres mêmes sont les fins"
(Livre 1, leçon 1)

http://docteurangelique.free.fr/livresformatweb/philosophie/commentaireethiquenicomaque.htm

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 Re: Action et autotélie (question classique)
Auteur: ouiouioui 
Date:   24-11-2016 20:22

Cher Kyliiolos,

Je n'étais sans doute pas assez clair la première fois. Je précise ce que je vous ai dit :

Que l'action possède en elle sa fin ne veut pas dire qu'elle est nécessairement à elle-même sa propre fin (quoique elle puisse l'être). Ça veut dire seulement qu'elle est toujours dirigée vers une fin bien précise (que ce soit elle-même ou autre chose), et que le fait d'être dirigée vers cette fin bien précise la fait être telle action et pas une autre (en effet, si telle action était dirigée vers une autre fin, elle serait par définition une autre action; donc la fin spécifie l'action).

D.

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 Re: Action et autotélie (question classique)
Auteur: Stagire 
Date:   25-11-2016 16:56

Cher Kyliiolos,

> Dans le commentaire de l'éthique à Nicomaque d'Aristote par
> Thomas d'Aquin, nous pouvons lire, selon la position classique
> que l'action, par rapport à la production, se spécifie par son
> autotélie, c'est à dire dans le fait qu'elle possède en
> elle-même son sa fin (en effet, son terme n'est autre que le
> vouloir lui-même).

L’éthique, comme philosophie de l’être en tant qu’humain, prend comme objet l’élection, i.e. l’acte de choix qui résulte de la délibération. Dans «délibération», «libération» est présent. L’action délibérée est celle qu’engendre le libre arbitre. Le libre arbitre est un acte à conquérir par la pratique de la vertu. Bref, l’éthique, comme philosophie de l’être en tant qu’humain, prend comme objet la conquête du libre arbitre.

Comme la métaphysique est la science des principes, comme le dit Thomas d’Aquin, elle situe l’éthique comme philosophie de l’être en tant qu’humain selon son principe propre : l’exercice du libre arbitre. Cet exercice du libre arbitre s’inscrit dans la trame de la causalité ; être humain dans son opération consiste à être animal raisonnable à titre d’agent dont l’action est fruit du libre arbitre.

La métaphysique, science de l’être en tant qu’être, est le fruit du métaphysicien qui pratique les vertus théorétiques; à ce titre, le métaphysicien emploie les attributs de l’être que sont : l’action, la passion, la relation de cause à effet.

En ce qui concerne l’objet de l’éthique, lorsque considéré théorétiquement, donc du point de vue de la métaphysique, le genre suprême «action» est considéré selon deux espèces : l’action dans le for interne, l’action dans le for externe. «For» , dérivé de «forum», évoque la délibération.

La perfection de l’action dans le for interne n’est autre que son bien, et ce, à ce titre: ce bien est sa fin, une fin interne. En ce sens, Thomas d’Aquin dit aussi que ce bien perfectionne l’agent en son for interne, l’agent considéré comme sujet pratiquant le libre arbitrage de son action comme cause efficiente.

La perfection de l’action dans le for externe n’est autre que son bien, et ce, à ce titre: ce bien est sa fin, une fin externe. En ce sens, Thomas d’Aquin dit aussi que ce bien ne perfectionne pas l’agent en son for interne, l’agent considéré comme sujet pratiquant le libre arbitrage de son action comme cause efficiente de ce libre arbitrage lui-même. Cependant, Thomas d’Aquin dit aussi que ce bien perfectionne l’agent en son for externe, l’agent considéré comme sujet pratiquant l’art pertinent à son action comme cause efficiente de l’œuvre externe.

Ainsi, le quidam qui commet sciemment un vol du bien d’autrui commet une faute morale, mais, ce faisant, il est un bon voleur s’il ne se fait pas prendre.

Et, ainsi, le quidam qui s’emploie sciemment à conduire un voleur du bien d’autrui au tribunal commet une action morale, mais, ce faisant, il lui faut encore être un bon enquêteur pour l’arrêter.

Cordialement

P.S. : La référence au bon voleur :

Ia Iæ Q 47 Art 13

ARTICLE 13 ─ La prudence se trouve-t-elle chez les pécheurs ?

Objections :

1. Il semble que oui. Le Seigneur dit en effet (Lc 16, 8) : " Les fils de ce siècle sont plus prudents entre eux que les fils de la lumière. " Mais les fils de ce siècle sont les pécheurs. Donc la prudence peut se trouver chez les pécheurs.

2. La foi est une vertu plus noble que la prudence. Mais la foi peut se trouver chez les pécheurs. Donc aussi la prudence.

3. " L'acte principalement attribué au prudent est celui de bien délibérer ", dit Aristoté-b. Mais beaucoup de pécheurs sont de bon conseil. Donc beaucoup de pécheurs possèdent la prudence.

Cependant, le Philosophe déclarec" Impossible d'être prudent si l'on n'est pas bon. " Mais aucun pécheur n'est bon. Donc aucun pécheur n'est prudent.

Conclusion :

La prudence s'entend selon une triple signification.

1° Il y a en effet une certaine prudence fausse, à laquelle ce nom est donné selon l'apparence. En effet, puisque l'homme prudent est celui qui dispose bien les actions à faire en vue d'une fin bonne, quiconque dispose en vue d'une fin mauvaise ce qui convient à cette fin possède une fausse prudence, en ce qu'il adopte pour fin non un bien véritable mais un semblant de bien; c'est ainsi qu'on parle d'un bon cambrioleur. De cette manière en effet on peut par similitude appeler prudent le cambrioleur qui découvre des procédés habiles pour cambrioler. Et telle est la prudence dont l'Apôtre dit (Rm 8, 6) : " La prudence de la chair, c'est la mort "; il parle de la prudence qui met sa fin dernière dans le plaisir de la chair.

2° La deuxième prudence est vraie en ce qu'elle trouve les voies conduisant à une fin vraiment bonne, mais elle est imparfaite pour deux raisons. La première, parce que ce bien qu'elle prend pour fin n'est pas la fin commune de la vie humaine tout entière, mais d'un ordre spécial d'activité; par exemple, celui qui découvre les moyens appropriés pour commercer ou naviguer est appelé un homme d'affaires prudent ou un marin prudent. L'autre raison est qu'il manque ici l'acte principal de la prudence; tel est le cas de celui qui délibère bien et juge exactement, même au sujet de ce qui concerne la vie tout entière, mais ne commande pas efficacement.

3° La troisième prudence, vraie et parfaite à la fois, est celle qui délibère, juge et commande comme il faut en vue de la fin bonne de la vie tout entière. Celle-là seule est appelée prudence absolument. Elle ne peut pas se trouver chez les pécheurs. Tandis que la première ne se trouve que chez eux. Pour la prudence imparfaite, elle est commune aux bons et aux méchants, celle surtout qui est imparfaite en raison de sa fin particulière. Car pour celle qui est imparfaite en raison de l'omission de l'acte principal, elle ne se trouve aussi que chez les méchants.

Solutions :

1. Cette parole du Seigneur s'entend de la première prudence. Aussi n'est-il pas dit absolument qu'ils sont prudents, mais qu'ils le sont " entre eux ".

2. La foi en sa notion essentielle ne comporte pas une conformité des actions droites avec l’appétit, mais elle consiste dans la seule connaissance. Or, la prudence inclut l'ordre à l'appétit droit. Soit parce que les principes de la prudence sont les fins pratiques, dont on a la droite estimation grâce aux habitus des vertus morales, lesquelles rectifient l'appétit : aussi n'y a-t-il pas prudence sans les vertus morales, comme nous l'avons montré. Soit encore parce que la prudence commande les actions droites, ce qui ne va pas sans un appétit droit. Aussi, bien que la foi soit plus noble que la prudence à cause de son objet, la prudence par sa nature répugne davantage au péché, qui procède d'un appétit corrompus

3. Les pécheurs peuvent bien être hommes de bon conseil en vue d'une fin mauvaise ou d'un bien particulier; mais par rapport à la fin bonne de la vie tout entière ils ne sont pas parfaitement hommes de bon conseil, car ils ne conduisent pas leur conseil jusqu'à l'effet. Aussi n'ont-ils pas la prudence, qui ne s'intéresse qu'au bien; mais, dit le Philosophe , on trouve chez eux ce qu'il appelle la deinotica, c'est-à-dire une habileté naturelle qui se prête au bien comme au mal; ou la ruse qui ne se prête qu'au mal; nous l'appelions tout à l'heure fausse prudence ou prudence de la chair.



Message modifié (27-11-2016 22:09)

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 Re: Action et autotélie (question classique)
Auteur: Kyliiolos 
Date:   26-11-2016 19:56

Cher vous deux,
je vous remercie bien de vos réponses!

Cher Stagire,
votre réponse est claire, il s'agit de bien dissocier la fin externe de l'action de sa fin interne. Cependant :

a-vous parlez ici de la distinction du for interne et du for externe, est-il possible d’avoir la traduction de ces expressions dans l'édition cerf de la somme théologique, afin que je puisse faire une recherche électronique et me documenter?

b-De même, auriez vous des sources précises dans l'oeuvre de Thomas, par lesquels je puisse y réfléchir?

c-Comment se fait-il que st Thomas affirme que :
"2° La contemplation est recherchée avant tout pour elle-même. Or l'acte de l'intellect pratique n'est pas recherché pour lui-même, mais en vue de l'action, et les actions à leur tour sont ordonnées vers quelque fin. Il est donc manifeste que la fin dernière ne peut pas consister dans la vie active, qui ressortit à l'intellect pratique." (ST 1a2ae; q.3 art.5)
En effet, je comprend bien votre distinction, mais si les deux termes de cette distinction ne sont pas incompatibles, comment dire que la vie active toute entière n'a pas en elle-même sa fin?
A moins que la fin de l'action en for interne soit prochaine, mais ne reçoive sa qualification que de la fin de l'action en for externe qui, elle, serait la fin dernière, de telle sorte qu'en dernière instance la finalité de la vie active soit extrinsèque?

Cordialement.

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 Re: Action et autotélie (question classique)
Auteur: Stagire 
Date:   26-11-2016 23:42

Cher Kyliiolos,

J'avais écrit :
Dans les textes que je cite ci-après, il m’en manque un que je n’arrive à retrouver, et que j’avais déjà indiqué à C de Leon ; c'est celui où Thomas dit expressément que la vertu morale règle l’art, ou que l’œuvre d’art doit être morale : par exemple, l’homme de l’art qui réalise un film pornographique selon les règles de l’art n’en commet pas moins une faute morale objective.

J'ai retrouvé le message à C de Leon à :
Re: Morale vs Art
Auteur: Stagire
Date: 26-02-2015 01:45

J'y référais à Q 57 Art 3 et 4.

Quelques textes :
Ia IIae
QUESTION 57: LES VERTUS INTELLECTUELLES
ARTICLE 1: Les habitus intellectuels spéculatifs sont-ils des vertus?
ARTICLE 2: Y a-t-il trois habitus intellectuels spéculatifs: la sagesse, la science et la simple intelligence?
ARTICLE 3: Cet habitus intellectuel qu'est l'art, est-il une vertu?
ARTICLE 4: La prudence est-elle une vertu distincte de l'art?
ARTICLE 5: La prudence est-elle une vertu nécessaire à l'homme?
ARTICLE 6: Le bon conseil, le bon sens, l'équité sont-ils des vertus annexes de la prudence?
QUESTION 58: LA DISTINCTION ENTRE VERTUS MORALES ET VERTUS INTELLECTUELLES
ARTICLE 1: Toute vertu est-elle une vertu morale?
ARTICLE 2: La vertu morale est-elle distincte de la vertu intellectuelle?
ARTICLE 3: Suffit-il de distinguer vertu intellectuelle et vertu morale?
ARTICLE 4: La vertu morale peut-elle exister sans vertu intellectuelle?
ARTICLE 5: La vertu intellectuelle peut-elle exister sans vertu morale?

IIa IIae
QUESTION 47 ─ LA NATURE DE LA PRUDENCE
ARTICLE 1 ─ La prudence est-elle dans la volonté ou dans la raison
ARTICLE 2 ─ La prudence est-elle seulement dans la raison pratique, ou aussi dans la raison spéculative ?
ARTICLE 3 ─ La prudence a-t-elle connaissance des singuliers ?
ARTICLE 4 ─ La prudence est-elle une vertu ?
ARTICLE 5 ─ La prudence est-elle une vertu spéciale ?
ARTICLE 6 ─ La prudence fournit-elle leur fin aux vertus morales ?
ARTICLE 7 ─ La prudence établit-elle le milieu des vertus morales ?
ARTICLE 8 ─ Commander est-il l'acte principal de la prudence ?
ARTICLE 9 ─ La sollicitude ou vigilance se rapporte-t-elle à la prudence ?
ARTICLE 10 ─ La prudence s'étend-elle au gouvernement de la multitude ?
ARTICLE 11 ─ La prudence qui regarde le bien propre est-elle de même espèce que celle qui s'étend au bien commun ?
ARTICLE 12 ─ La prudence est-elle chez les sujets ou seulement chez les princes ?
ARTICLE 13 ─ La prudence se trouve-t-elle chez les pécheurs ?
ARTICLE 14 ─ La prudence se trouve-t-elle chez tous les bons ?
ARTICLE 15 ─ La prudence est-elle en nous par nature ?
ARTICLE 16 ─ Perd-on la prudence par l'oubli ?

> Cependant :
> a-vous parlez ici de la distinction du for interne et du for
> externe, est-il possible d’avoir la traduction de ces
> expressions dans l'édition cerf de la somme théologique, afin
> que je puisse faire une recherche électronique et me
> documenter?
> b-De même, auriez vous des sources précises dans l'oeuvre de
> Thomas, par lesquels je puisse y réfléchir?

Thomas n’emploie pas «for interne» et «for externe», mais des expressions équivalentes.

Au De veritate, il distingue la raison théorétique et la raison pratique en ce que la première cherche à connaître ce qui est, alors que la seconde cherche à faire être ce qui n’est pas encore.

> c-Comment se fait-il que st Thomas affirme que :
> "2° La contemplation est recherchée avant tout pour elle-même.
> Or l'acte de l'intellect pratique n'est pas recherché pour
> lui-même, mais en vue de l'action, et les actions à leur tour
> sont ordonnées vers quelque fin. Il est donc manifeste que la
> fin dernière ne peut pas consister dans la vie active, qui
> ressortit à l'intellect pratique." (ST 1a2ae; q.3 art.5)

La contemplation d’un objet théorétique ne peut pas être accomplie en dehors de l’intellect théorétique.

> En effet, je comprend bien votre distinction, mais si les deux
> termes de cette distinction ne sont pas incompatibles, comment
> dire que la vie active toute entière n'a pas en elle-même sa
> fin?

Le problème de la fin dernière de la vie humaine est particulier. Pour Thomas, il s’agit de la contemplation de Dieu, bien souverain, dans la béatitude qui attend l’homme au ciel.

> A moins que la fin de l'action en for interne soit prochaine,
> mais ne reçoive sa qualification que de la fin de l'action en
> for externe qui, elle, serait la fin dernière, de telle sorte
> qu'en dernière instance la finalité de la vie active soit
> extrinsèque?

Dans le règne temporel, la fin dernière de l’action est le bonheur humain résultant de la pratique de la vertu.

Cordialement



Message modifié (27-11-2016 17:38)

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 Re: Action et autotélie (question classique)
Auteur: Cristian de Leon 
Date:   27-11-2016 04:25

Cher Stagire,

je me souviens bien de ce texte, mais moi non plus je n'arrive pas à le trouver...

Cordialement, CdL

Répondre à ce message
 
 Re: Action et autotélie (question classique)
Auteur: Stagire 
Date:   27-11-2016 17:39

Cristian de Leon a écrit:

> je me souviens bien de ce texte, mais moi non plus je n'arrive
> pas à le trouver...

Le revoici !

Re: Morale vs Art
Auteur: Stagire
Date: 26-02-2015 01:45

QUESTION 57: LES VERTUS INTELLECTUELLES

ARTICLE 3: Cet habitus intellectuel qu'est l'art, est-il une vertu?

Objections:
1. Il ne semble pas, car S. Augustin dit que personne ne fait mauvais usage de la vertu. Or certains font de l'art un mauvais usage, car un artisan peut utiliser les ressources de son art pour agir mal.
2. Il n'y a pas une vertu de la vertu; or, selon le Philosophe "il y a une vertu de l'art". Donc l'art n'est pas une vertu.
3. Les arts libéraux sont plus excellents que les arts mécaniques. Mais, de même que les arts mécaniques, les arts libéraux sont spéculatifs. Donc, si l'art était une vertu intellectuelle, il devrait être compté au nombre des vertus spéculatives.

Cependant:
le Philosophe fait de l'art une vertu; mais il ne le compte pourtant pas avec les vertus spéculatives qui ont, d'après lui, leur siège dans la partie de l'âme faite pour la science.

Conclusion:
L'art n'est pas autre chose que la droite règle des ouvrages à faire. Cependant leur bien ne consiste pas dans telle ou telle disposition de l'appétit humain, mais en ce qui rend bon en soi l'ouvrage que l'on fait. Car l'éloge de l'artisan en tant que tel ne dépend pas de la volonté qu'il apporte à son ouvrage, mais de la qualité de cet ouvrage. Ainsi donc, à proprement parler, l'art est un habitus opératif. - Et cependant sur un point il rencontre les habitus spéculatifs, puisque ces habitus concernent l'état de la réalité considérée, non l'état de l'appétit humain envers elle. Pourvu que le géomètre démontre bien ce qui est vrai, peu importe qu'il soit, quant à sa puissance appétitive, joyeux ou irrité; pas plus que cela n'a d'importance chez un artisan, comme on vient de le dire. Et c'est pourquoi l'art est une vertu au même titre que les habitus spéculatifs, c'est-à-dire en ce que ni l'art ni l'habitus spéculatif ne rendent l’oeuvre bonne quant à l'usage qu'on en fait; cela revient en propre à la vertu qui perfectionne l'appétit; ils se contentent de donner le pouvoir de bien agir.

Solutions:
1. Lorsqu'un artiste fait de mauvais ouvrages, ce n'est pas l’oeuvre de l'art; bien plus, c'est contre l'art. De même, si quelqu'un qui sait la vérité fait un mensonge, ce qu'il dit n'est pas selon la science. Aussi, de même que la science est toujours tournée vers le bien, l'art aussi, et c'est en cela qu'on l'appelle vertu. Néanmoins il n'atteint pas à la parfaite notion de vertu parce qu'il n'assure pas le bon usage; pour cela quelque chose d'autre est requis, encore que ce bon usage ne puisse avoir lieu sans l'art.
2. Pour faire bon usage de l'art que l'on possède, une volonté bonne est requise, et celle-ci est perfectionnée par la vertu morale. C'est pourquoi le Philosophe dit qu'il y a une vertu de l'art, une vertu morale s'entend, puisque pour le bon usage de l'art une vertu morale est requise. Il est évident en effet que la justice, en rectifiant la volonté, incline l'artisan à faire un travail consciencieux.
3. Même dans le domaine spéculatif il y a comme un travail à faire, par exemple construire convenablement un syllogisme ou un discours approprié, compter, mesurer. C'est pourquoi toutes les opérations ordonnées à ces travaux de la raison sont appelées des arts, à cause d'une certaine similitude, mais des arts libéraux, à la différence de ceux qui sont ordonnés aux travaux du corps, travaux en quelque sorte serviles, si l'on considère que le corps est soumis à l'âme comme un esclave, et que c'est par l'âme que l'on est libre. Quant aux sciences qui n'ont rien à voir avec aucune oeuvre de ce genre, elles sont simplement appelées sciences, mais non arts. Et si les arts libéraux sont plus nobles, ce n'est pas à dire qu'ils soient des arts plus que les autres.

ARTICLE 4: La prudence est-elle une vertu distincte de l'art?

Objections:
1. En apparence non, puisque l'art est la droite règle des ouvrages. Or ce n'est pas la différence des ouvrages qui peut faire perdre à une chose sa qualité d'art, car il y a des arts différents dans des oeuvres extrêmement diverses. Donc, puisque la prudence est la droite règle des ouvrages, il semble qu'on doive l'appeler un art, elle aussi.
2. La prudence se rapproche de l'art plus que les habitus spéculatifs, puisque tous deux "s'exercent de façon différente en matière contingente". Or, certains habitus spéculatifs sont appelés des arts. Donc la prudence mérite encore davantage ce nom.
3. "Il appartient à la prudence de donner le bon conseil", dit Aristote. Mais d'après lui c'est aussi le rôle de certains arts, comme l'art militaire, l'art de gouverner, l'art médical. La prudence n'est donc pas distincte de l'art.

Cependant:
c'est le Philosophe qui fait cette distinction.

Conclusion:
Là où se trouvent des caractéristiques diverses de vertus, il faut les distinguer. Or, nous l'avons dit plus haut, il y a des habitus qui ne sont des vertus que par cela seul qu'ils confèrent une capacité pour de bons ouvrages; mais il y en a qui ont ce titre du fait qu'ils procurent non seulement une aptitude à de bonnes oeuvres, mais aussi l'usage de cette aptitude. Pour ce qui est de l'art, il ne confère que la capacité de bien faire, puisqu'il n'a rien à voir avec l'appétit. La prudence au contraire confère non seulement la capacité de bien faire, mais aussi l'usage de cette capacité; en effet, elle concerne l'appétit, étant donné précisément qu'elle en présuppose la rectitude.
Le motif de cette différence, c'est que l'art est la droite règle dans les choses à fabriquer, tandis que la prudence est la droite règle dans l'action. C'est toute la différence entre faire et agir selon la Métaphysique --; le premier est un acte qui passe dans une matière extérieure, comme bâtir, tailler, etc.; le second un acte qui demeure dans l'agent lui-même, comme voir, vouloir, etc. Ainsi donc, la prudence se comporte à l'égard de cette activité humaine qu'est l'usage des puissances et des habitus comme l'art à l'égard des fabrications extérieures; de part et d'autre, c'est la raison qui est parfaite dans les choses auxquelles elle s'applique.
Or la perfection et rectitude de la raison en matière spéculative dépend des principes à partir desquels elle fait ses déductions; aussi la science dépend-elle, avons-nous dit, de cette simple intelligence qu'est l'habitus des principes, et le présuppose. Mais dans les actes humains les fins ont le même rôle que les principes dans la spéculation, dit le Philosophe. Et c'est pourquoi la prudence, qui est la droite règle de l'action exige qu'on soit bien disposé à l'égard des fins. Cela suppose un appétit réglé. Et voilà pourquoi la prudence exige la vertu morale, puisque c'est par la vertu morale que l'appétit est rectifié.
Mais dans les oeuvres d'art le bien n'est pas celui de la puissance appétitive de l'artisan, mais celui des oeuvres elles-mêmes. Et c'est pourquoi l'art ne présuppose pas de sentiments droits. De là vient qu'on félicitera beaucoup plus l'artisan qui fait des fautes exprès que celui qui en fait sans le vouloir; en revanche, il est beaucoup plus contraire à la prudence de pécher exprès que de pécher sans le faire exprès, parce que la rectitude de la volonté est essentielle à la prudence et non à l'art. - Il est donc par là même évident que la prudence est une vertu distincte de l'art.

Solutions:
1. Les divers genres d'oeuvres d'art sont tous à l'extérieur de l'homme, et c'est pour cela que le titre de vertu y reste le même. Mais la prudence est la droite règle des actes humains eux-mêmes; de là, comme nous l'avons dit, un titre de vertu tout différent.
2. La prudence se rapproche plus de l'art que les habitus spéculatifs, par son siège en nous et par sa matière, car ils sont tous deux dans la région de l'âme où se trouve l'opinion, et ils sont en matière contingente. Mais de ce que nous venons de dire il résulte que, comme vertu, l'art se rapproche plus des habitus spéculatifs que de la prudence.
3. La prudence est bonne conseillère en ce qui concerne la totalité de la conduite et la fin ultime de la vie humaine. Le conseil, dans quelques-uns des arts, se rapporte à ce qui intéresse les fins propres de ces arts-là. De là vient que certains, en tant qu'ils sont gens de bon conseil dans les affaires de la guerre ou de la navigation, sont appelés des chefs prudents ou de prudents navigateurs, mais non pas tout simplement des hommes prudents; on ne donne ce nom qu'à ceux qui sont de bon conseil dans les choses qui importent à la totalité de la vie.

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 Re: Action et autotélie (question classique)
Auteur: Kyliiolos 
Date:   29-11-2016 09:43

Cher stagire,
je vous remercie bien de vos efforts, je vais méditer tout cela et je reviens vers vous si nécessaire ultérieurement!

Bien cordialement.

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