Thomas d'Aquin en questions

 
 
Charte du forum
 
 Nouveau sujet  |  Remonter au début  |  Retour au sujet  |  Rechercher  |  S'identifier   Nouveau sujet  |  Anciens sujets 
 Nomen « substantia » aequivocatur
Auteur: Stagire 
Date:   08-01-2017 21:23

À Catégories 2a, Aristote distingue la substance première et la substance seconde :

§ 1.  Οὐσία δέ ἐστιν ἡ κυριώτατά τε καὶ πρώτως καὶ μάλιστα λεγομένη, ἣ μήτε καθ´ ὑποκειμένου τινὸς λέγεται μήτε ἐν ὑποκειμένῳ τινί ἐστιν, οἷον ὁ τὶς ἄνθρωπος ἢ ὁ τὶς ἵππος.

§ 2. Δεύτεραι δὲ οὐσίαι λέγονται, ἐν οἷς εἴδεσιν αἱ πρώτως οὐσίαι λεγόμεναι ὑπάρχουσιν, ταῦτά τε καὶ τὰ τῶν εἰδῶν τούτων γένη· οἷον ὁ τὶς ἄνθρωπος ἐν εἴδει μὲν ὑπάρχει τῷ ἀνθρώπῳ, γένος δὲ τοῦ εἴδους ἐστὶ τὸ ζῷον· δεύτεραι οὖν αὗται λέγονται οὐσίαι, οἷον ὅ τε ἄνθρωπος καὶ τὸ ζῷον.

§ 3. — Φανερὸν δὲ ἐκ τῶν εἰρημένων ὅτι τῶν καθ´ ὑποκειμένου λεγομένων ἀναγκαῖον καὶ τοὔνομα καὶ τὸν λόγον κατηγορεῖσθαι τοῦ ὑποκειμένου· οἷον ἄνθρωπος καθ´ ὑποκειμένου λέγεται τοῦ τινὸς ἀνθρώπου, καὶ κατηγορεῖταί γε τοὔνομα, —τὸν γὰρ ἄνθρωπον κατὰ τοῦ τινὸς ἀνθρώπου κατηγορήσεις·— καὶ ὁ λόγος δὲ τοῦ ἀνθρώπου κατὰ τοῦ τινὸς ἀνθρώπου κατηγορηθήσεται, — ὁ γὰρ τὶς ἄνθρωπος καὶ ἄνθρωπός ἐστιν·— ὥστε καὶ τοὔνομα καὶ ὁ λόγος κατὰ τοῦ ὑποκειμένου κατηγορηθήσεται.

§ 4. Τῶν δ´ ἐν ὑποκειμένῳ ὄντων ἐπὶ μὲν τῶν πλείστων οὔτε τοὔνομα οὔτε ὁ λόγος κατηγορεῖται τοῦ ὑποκειμένου· ἐπ´ ἐνίων δὲ τοὔνομα μὲν οὐδὲν κωλύει κατηγορεῖσθαι τοῦ ὑποκειμένου, τὸν δὲ λόγον ἀδύνατον· οἷον τὸ λευκὸν ἐν ὑποκειμένῳ ὂν τῷ σώματι κατηγορεῖται τοῦ ὑποκειμένου, —λευκὸν γὰρ σῶμα λέγεται,— ὁ δὲ λόγος τοῦ λευκοῦ οὐδέποτε κατὰ τοῦ σώματος κατηγορηθήσεται.

§ 5. — Τὰ δ´ ἄλλα πάντα ἤτοι καθ´ ὑποκειμένων λέγεται τῶν πρώτων οὐσιῶν ἢ ἐν ὑποκειμέναις αὐταῖς ἐστίν. Τοῦτο δὲ φανερὸν ἐκ τῶν καθ´ ἕκαστα προχειριζομένων· οἷον τὸ ζῷον κατὰ τοῦ ἀνθρώπου κατηγορεῖται, οὐκοῦν καὶ κατὰ τοῦ τινὸς ἀνθρώπου, — εἰ γὰρ κατὰ μηδενὸς τῶν τινῶν [3a] ἀνθρώπων, οὐδὲ κατὰ ἀνθρώπου ὅλως·— πάλιν τὸ χρῶμα ἐν σώματι, οὐκοῦν καὶ ἐν τινὶ σώματι· εἰ γὰρ μὴ ἐν τινὶ τῶν καθ´ ἕκαστα, οὐδὲ ἐν σώματι ὅλως· ὥστε τὰ ἄλλα πάντα ἤτοι καθ´ ὑποκειμένων τῶν πρώτων οὐσιῶν λέγεται ἢ ἐν ὑποκειμέναις αὐταῖς ἐστίν. Μὴ οὐσῶν οὖν τῶν πρώτων οὐσιῶν ἀδύνατον τῶν ἄλλων τι εἶναι· πάντα aγὰρ τὰ ἄλλα ἤτοι καθ´ ὑποκειμένων τούτων λέγεται ἢ ἐν ὑποκειμέναις αὐταῖς ἐστίν· ὥστε μὴ οὐσῶν τῶν πρώτων οὐσιῶν ἀδύνατον τῶν ἄλλων τι εἶναι.

http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/categories.htm#V

Saint-Hilaire traduit :

 § 1. La substance, dans l'acception la plus exacte, la substance première, la substance par excellence, est celle qui ne se dit point d'un sujet, et ne se trouve point dans un sujet: par exemple, un homme, un cheval.

§ 2. On appelle substances secondes, les espèces où existent les substances qu'on nomme premières, et non seulement les espèces, mais aussi les genres de ces espèces. Par exemple, un homme est dans l'espèce homme. Mais le genre de l'espèce homme c'est animal : ainsi homme, animal, c'est ce qu'on appelle les substances secondes.

§ 3. Il suit évidemment de ce qui précède, que l'appellation et la définition des choses dites d'un sujet sont attribuées aussi à ce sujet. Par exemple, homme se disant d'un homme quelconque comme sujet, l'appellation d'abord est attribuable, puisqu'on peut attribuer homme à tel homme; et de plus, la définition de l'homme s'applique également bien à cet homme quelconque, puisque tout homme est homme et en outre animal. Ainsi l'appellation nominale et la définition seront attribuées parfaitement au sujet.

§ 4. Pour les choses, au contraire, qui sont, dans un sujet, ni le nom ni la définition ne peuvent être attribués le plus souvent à ce sujet. Parfois, cependant, l'appellation peut être attribuée; mais pour la définition, il est impossible qu'elle le soit jamais: ainsi la blancheur qui est dans un sujet, dans un corps, est attribuée au sujet; car on dit d'un corps qu'il est blanc; mais quant à la définition de la blancheur, elle ne sera jamais attribuée à ce corps.

§ 5. Toutes les choses autres que les substances se disent des substances premières prises comme sujets, ou bien elles sont dans ces substances qui leur servent de sujets. Ceci est évident si l'on examine chacun des exemples cités. Par exemple, animal se dit en parlant de l'homme : par conséquent, on l'attribuera à un homme quelconque; car, si l'on ne pouvait l'attribuer spécialement à aucun [3a] homme, on ne le dirait pas davantage de l'homme en général. Autre exemple: la couleur est dans le corps, donc elle doit être aussi dans un corps quelconque; car si elle ne pouvait être dans aucun des corps particuliers, elle ne serait pas du tout dans le corps. II en faut conclure que toutes les choses autres que les substances premières, ou se disent de ces substances prises comme sujets, ou bien sont dans ces substances qui leur servent de sujets. Si donc il n'y avait pas de substances premières, les autres non plus ne sauraient exister.

Pascale Nau traduit :

La substance, au sens le plus fondamental, premier et principal du terme, c’est ce qui n’est ni affirmé d’un sujet, ni dans un sujet : par exemple, l’homme individuel ou le cheval individuel. Mais on appelle substances secondes les espèces dans lesquelles les substances prises au sens premier sont contenues, et aux espèces il faut ajouter les genres de ces espèces : par exemple, l’homme individuel rentre dans une espèce, qui est l’homme, et le genre de cette espèce est l’animal. On désigne donc du nom de secondes ces dernières substances, savoir l’homme et l’animal.

Il est clair, d’après ce que nous avons dit, que le prédicat doit être affirmé du sujet aussi bien pour le nom que pour la définition. Par exemple, homme est affirmé d’un sujet, savoir de l’homme individuel : d’une part, le nom d’homme lui est attribué puisqu’on attribue le nom d’homme à l’individu ; d’autre part, la définition de l’homme sera aussi attribuée à l’homme individuel, car l’homme individuel est à la fois homme et animal. Il en résulte donc bien que nom et notion seront également attribués au sujet.

Quant aux êtres qui sont dans un sujet, la plupart du temps ni leur nom, ni leur définition ne sont attribués au sujet. Dans certains cas cependant, rien n’empêche que le nom ne soit parfois attribué au sujet, mais pour la définition, c’est impossible : par exemple, le blanc inhérent à un sujet, savoir le corps, est attribué à ce sujet (car un corps est dit blanc), mais la définition du blanc ne pourra jamais être attribuée au corps.

Tout le reste ou bien est affirmé des substances premières prises comme sujets, ou bien est dans ces sujets eux-mêmes. Cela résulte manifestement des exemples particuliers qui se présentent à nous. Voici par exemple le terme animal, qui est attribué à l’homme ; animal sera par suite attribué à l’homme individuel, car s’il ne l’était à aucun des hommes individuels, il ne le serait pas non plus à l’homme [2b] en général. Autre exemple : la couleur est dans le corps ; elle est par suite aussi dans le corps individuel, car si elle n’était inhérente à aucun des corps individuels, elle ne le serait pas non plus au corps en général. Il en résulte que tout le reste ou bien est affirmé des substances premières prises comme sujets, ou bien est inhérent à ces sujets eux-mêmes. Faute donc par ces substances premières d’exister, aucune autre chose ne pourrait exister.

http://docteurangelique.free.fr/bibliotheque/complements/AristoteCategories.htm

À Super Sent., Lib 1 d. 23 q. 1 a. 1 ad 5, Thomas qualifie le nom «substance» d’équivoque, en ces termes : « Ad quintum dicendum, quod apud nos nomen « substantia » aequivocatur. Quandoque enim ponitur pro essentia, secundum quod nos dicimus definitionem significare substantiam rei. Quandoque ponitur pro supposito substantiae, sicut dicimus Socratem esse substantiam quamdam. Et ideo ut tolleretur malus intellectus, sancti noluerunt uti hoc nomine substantia pro supposito, sicut Graeci utuntur ; sed transmutaverunt, et posuerunt « subsistentiam » respondentem « hypostasi » et « substantiam » respondentem « ousiosi » ; quamvis sit e converso, secundum veritatem significationis ; magis enim curaverunt vitationem errorum quam proprietatem nominum.

Traduction — Pour nous le nom « substance » est équivoque. Car quelquefois il est placé pour l’essence, selon que nous disons que la définition signifie la substance de la chose. Quelquefois il est placé pour le suppôt de la substance, comme nous disons que Socrate est une substance. Et ainsi pour enlever une mauvaise conception, les saints n’ont pas voulu se servir de ce nom de substance pour le suppôt, comme les Grecs s’en servent, mais ils l’ont changé et ont placé la « subsistance » qui correspond à « hypostase » et « substance » correspondant à « ousia » ; bien que ce soit le contraire, selon la vérité de la signification, car ils ont pris soin d’éviter les erreurs plus que la propriété des noms.

Il s’ensuit que, pour lever l’équivocité du nom «substance», il s’impose de distinguer :
a) quelquefois il est placé pour l’essence, selon que nous disons que la définition signifie la substance de la chose
b) quelquefois il est placé pour le suppôt de la substance, comme nous disons que Socrate est une substance.

À Super Sent., lib. 1 d. 25 q. 1 a. 1 ad 7, Thomas entreprend de lever l’équivocité du nom «substance» en ces termes : « Ad septimum dicendum, quod substantia dicitur quatuor modis.
Uno modo substantia idem est quod essentia ; et sic substantia invenitur in omnibus generibus, sicut et essentia ; et hoc significatur, cum quaeritur: quid est albedo ? Color. 
Alio modo significat individuum in genere substantiae, quod dicitur substantia prima, vel hypostasis.
Tertio modo dicitur substantia secunda.
Quarto modo dicitur substantia communiter prout abstrahit a substantia prima et secunda, et sic sumitur hic, et per individuum, quasi per differentiam, trahitur ad standum pro substantia prima ; sicut cum dicitur animal rationale mortale, significat animal naturam animalis prout abstrahitur ab omnibus speciebus, et per differentiam additam trahitur in determinatam speciem.

Traduction — On parle de la substance de quatre manières : 
a/ D’une première manière ; la substance est la même chose que l’essence, et ainsi celle-ci se trouve dans tous les genres, comme l’essence ; et cela est signifié quand on cherche : qu’est-ce que le blanc ? - Une couleur.
b/ D’une autre manière, elle signifie l’individu dans le genre de la substance, qui est dit substance première ou hypostase.
c/ Troisième manière : on la dit substance seconde.
d/ Quatrième manière : on parle de la substance communément dans la mesure où elle est abstraite de la substance première et seconde, et elle est prise ainsi ici, et par l’individu, comme par une différence, elle est tirée pour être établie à la place de la substance première ; comme quand on dit animal mortel doué de raison, l’animal signifie la nature de l’animal dans la mesure où elle est abstraite de toutes les espèces, et par une différence ajoutée, elle est abstraite dans une espèce déterminée.

Les deux modes qui retiennent l’attention sont :
b/ D’une autre manière, elle signifie l’individu dans le genre de la substance, qui est dit substance première ou hypostase.
c/ Troisième manière : on la dit substance seconde.

Alors que la substance seconde se dit d’un sujet et n’est pas dans un sujet (καθ´ ὑποκειμένου τινὸς λέγεται, ἐν ὑποκειμένῳ δὲ οὐδενί ἐστιν), d’une substance première ni se dit d’un sujet ni est dans un sujet (ἐν ὑποκειμένῳ ἐστὶν οὔτε καθ´ ὑποκειμένου λέγεται).

C’est ainsi que, à Quodlibet II, q. 2 a. 2 co., Thomas soulève les questions «quid sit suppositum et quid natura», en ces termes :
Respondeo. Dicendum, quod ad huius quaestionis intelligentiam oportet considerare quid sit suppositum et quid natura. Natura autem quamvis multipliciter dicatur, tamen uno modo dicitur natura ipsa substantia rei, ut dicitur in V Metaph., secundum quod substantia significat essentiam vel quidditatem rei, vel quid est. Illud ergo significatur nomine naturae, prout hic loquimur de natura, quod significat definitio: unde Boetius dicit in libro de duabus naturis, quod natura est unumquodque informans specifica differentia: differentia enim specifica est completiva definitionis. Suppositum autem est singulare in genere substantiae, quod dicitur hypostasis vel substantia prima: et quia substantiae sensibiles compositae ex materia et forma sunt magis nobis notae, ideo in eis primo videamus quomodo se habet essentia vel natura ad suppositum. Dicunt autem quidam, quod forma partis est idem cum forma totius, quae dicitur essentia vel natura, secundum rem, sed differt sola ratione: nam forma partis dicitur in quantum facit materiam esse in actu; forma autem totius in quantum constituit speciem: sicut anima dicitur forma partis, in quantum facit corpus esse in actu; et similiter dicitur anima forma totius in quantum constituit speciem humanam, et sic dicitur humanitas. Et secundum hoc, in rebus compositis ex materia et forma, natura est pars suppositi: nam suppositum est individuum compositum ex materia et forma, ut dictum est. Sed praedicta positio non videtur esse vera, quia, ut dictum est, natura vel essentia dicitur id quod significat definitio. Definitio autem in rebus naturalibus non solum significat formam, sed etiam materiam, ut dicitur in Lib. VI Metaphysic. Nec potest dici quod materia ponatur in definitione rei naturalis sicut non existens de essentia eius: hoc enim est proprium accidentis ut definiatur per aliquod quod non est essentia eius, scilicet per subiectum; et ideo habet essentiam incomplete, ut dicitur in VI Metaphys. Relinquitur ergo quod in rebus compositis ex materia et forma, essentia vel natura non sit sola forma, sed compositum ex materia et forma. Restat ergo considerandum, cum suppositum vel individuum naturale sit compositum ex materia et forma, utrum sit idem essentiae vel naturae. Et hanc quaestionem movet philosophus in libro VII Metaph. ubi inquirit, utrum sit idem unumquodque, et quod quid est eius: et determinat, quod in his quae dicuntur per se, idem est res et quod quid est rei; in his autem quae dicuntur per accidens, non est idem. Homo enim nihil est aliud quam quod quid est hominis: nihil enim aliud significat homo quam animal gressibile bipes; sed res alba non est idem omnino ei quod quid est album, quod scilicet significatur nomine albi: nam album nihil significat nisi qualitatem, ut dicitur in praedicamentis: res autem alba est substantia habens qualitatem.
Secundum hoc ergo, cuicumque potest aliquid accidere quod non sit de ratione suae naturae, in eo differt res et quod quid est, sive suppositum et natura. Nam in significatione naturae includitur solum id quod est de ratione speciei; suppositum autem non solum habet haec quae ad rationem speciei pertinent, sed etiam alia quae ei accidunt; et ideo suppositum signatur per totum, natura autem, sive quidditas, ut pars formalis. In solo autem Deo non invenitur aliquod accidens praeter eius essentiam, quia suum esse est sua essentia, ut dictum est; et ideo in Deo est omnino idem suppositum et natura. In Angelo autem non est omnino idem: quia aliquid accidit ei praeter id quod est de ratione suae speciei: quia et ipsum esse Angeli est praeter eius essentiam seu naturam; et alia quaedam ei accidunt quae omnino pertinent ad suppositum, non autem ad naturam.

Traduction — Réponse. Pour comprendre cette question, il faut examiner ce qu’est le suppôt et ce qu’est la nature. Or, bien qu’on en parle de multiples façons, on dit que, selon un sens, «la nature est la substance même d’une chose», comme cela est dit dans Métaphysique, V, selon que la substance signifie l’essence ou la quiddité d’une chose ou ce qu’elle est. C’est donc ce que signifie la définition qui est signifié par le mot de nature, tel que nous parlons ici de nature. C’est ainsi que Boèce dit, dans le livre Sur les deux natures, que «la nature est tout ce qui donne une forme selon une différence spécifique». En effet, la différence spécifique complète la définition. Mais le suppôt est l’individu du genre d’une substance, qui est appelé hypostase ou substance première.
Et parce que les substances sensibles composées de matière et de forme nous sont plus connues, voyons donc d’abord quel est en elles le rapport entre l’essence ou la nature et le suppôt.
Or, certains disent que la forme d’une partie est, en réalité, la même que la forme du tout qui est appelé essence ou nature, mais qu’elle en diffère selon la seule raison, car on l’appelle forme de la partie pour autant qu’elle fait exister la matière en acte, et forme du tout, pour autant qu’elle constitue l’espèce, comme la forme de l’homme, pour autant qu’elle parfait le corps, est appelée l’âme, mais, pour autant qu’elle constitue l’espèce humaine, est appelée humanité. En ce sens, dans les choses composées de matière et de forme, la nature est une partie du suppôt, car le suppôt est l’individu composé de matière et de forme, comme on l’a dit.
Mais la position précédente ne semble pas être vraie, car, comme on l’a dit, on appelle essence ou nature ce que signifie la définition. Or, la définition des choses naturelles ne signifie pas seulement la forme, mais aussi la matière, comme il est dit dans Métaphysique, VI. Et on ne peut pas dire que la matière fasse partie de la définition d’une chose naturelle comme ne faisant pas partie de son essence : en effet, c’est le propre de l’accident d’être défini par quelque chose qui ne fait pas partie de son essence, à savoir, par [son] sujet. Il ne possède donc une essence que de manière incomplète, comme il est dit dans Métaphysique, VI.
Il reste donc que, dans les choses composées de matière et de forme, l’essence ou la nature n’est pas seulement la forme, mais le composé de matière et de forme.
Puisque le suppôt ou l’individu naturel est composé de matière et de forme, il reste donc à examiner s’il est la même chose que l’essence ou la nature. Le Philosophe soulève cette question dans Métaphysique, VII, lorsqu’il se demande «si une chose est identique à ce qu’elle est». Et il tranche en disant que, dans les choses dont on parle pour elles-mêmes, une chose est identique à ce qu’elle est ; mais, dans les choses dont on parle par accident, elle n’est pas identique. En effet, l’homme n’est rien d’autre que ce qu’est l’homme, car «homme» ne signifie rien d’autre qu’«animal bipède capable de rire» ; mais une chose blanche n’est pas tout à fait la même chose que le blanc, à savoir, que ce qui est signifié par le mot «blanc», car «le blanc n’est rien d’autre qu’une qualité», comme cela est dit dans les Prédicaments, mais la chose blanche est une substance possédant une qualité.
En conséquence, en chaque chose à laquelle il peut advenir quelque chose qui ne fait pas partie de la notion de sa nature, cette chose est différente de ce qu’elle est, à savoir [qu’elle est] un suppôt et une nature. Car, dans la signification de la nature, n’est compris que ce qui fait partie de la notion de l’espèce ; c’est pourquoi le suppôt est signifié comme un tout, et la nature ou la quiddité comme [sa] partie formelle. Or, en Dieu seul on ne trouve pas quelque chose qui s’ajoute à son essence, parce que son être est son essence, comme on l’a dit, et ainsi, en Dieu, le suppôt et la nature sont complètement identiques. Mais, chez l’ange, ils ne sont pas complètement identiques, car quelque chose s’ajoute à ce qu’est la notion de son espèce, puisque l’être même de l’ange est au-delà de son essence ou de sa nature et certaines autres choses s’y ajoutent, qui toutes se rapportent au suppôt, et non à la nature.

Si «cuicumque potest aliquid accidere quod non sit de ratione suae naturae, in eo differt res et quod quid est, sive suppositum et natura», quels sont les conséquents ?

En quelque sorte, Thomas répond à cette question à Super Sent., Lib 1 d. 23 q. 1 a. 1 tit. Utrum « substantia, subsistentia, essentia, persona » dicta de Deo sint synonima., en ces termes.

Super Sent., Lib 1 d. 23 q. 1 a. 1 co. Respondeo dicendum, quod quatuor dicta nomina secundum significationem differunt ; sed horum differentia differenter a diversis assignatur. (…)

Ideo aliter dicendum est, secundum Boetium, ut sumatur differentia horum nominum, « essentia, subsistentia, substantia », secundum significationem actuum a quibus imponuntur, scilicet esse, subsistere, substare.

Patet enim quod esse, commune quoddam est, et non determinat aliquem modum essendi ; subsistere autem dicit determinatum modum essendi, prout scilicet aliquid est ens per se, non in alio, sicut accidens ; substare autem idem est quod sub alio poni.

Inde patet quod esse dicit id quod est commune omnibus generibus ; sed subsistere et substare id quod est proprium primo praedicamento secundum duo quae sibi conveniunt ; quod scilicet sit ens in se completum, et iterum quod omnibus aliis substernatur accidentibus, scilicet quae in substantia esse habent.

Unde dico, quod « essentia » dicitur cujus actus est esse, « subsistentia » cujus actus est subsistere, substantia cujus actus est substare. Hoc autem dicitur dupliciter, sicut in singulis patet. Esse enim est actus alicujus ut quod est, sicut calefacere est actus calefacientis ; et est alicujus ut quo est, scilicet quo denominatur esse, sicut calefacere est actus caloris.
Sciendum est autem, quod si aliquid consequitur aliqua plura convenientia ad invicem, non potest denominati illud, aliquid, per alterum [denominari aliquid secundum alterum éd. de Parme] illorum, quamvis etiam illud sit principium totius, sed per totum: verbi gratia, sapor consequitur calidum et humidum, prout aliquo modo conveniunt: et quamvis calor sit principium saporis sicut effectivum, non tamen aliquid denominatur sapidum a calore, sed a sapore qui complectitur simul calidum et humidum aliquo modo convenientia.

Similiter dico, quod cum esse consequitur compositionem materiae et formae, quamvis forma sit principium esse, non tamen denominatur aliquod ens a forma sed a toto ; et ideo essentia non dicit formam tantum ; sed in compositis ex materia et forma, dicit totum ; et hoc etiam dicitur quidditas et natura rei ; et ideo dicit Boetius in Praedicamentis quod « ousia » significat compositum ex materia est forma.

Sed ista natura sic considerata, quamvis dicat compositum ex materia et forma, non tamen ex hac materia demonstrata determinatis accidentibus substante, in qua individuatur forma ; quia hujusmodi compositum dicit hoc nomen « Socrates ». Haec autem materia demonstrata, est sicut recipiens illam naturam communem.

Et utroque modo invenitur hoc nomen « essentia ». Unde quandoque dicimus Socratem esse essentiam quamdam ; quandoque dicimus, quod essentia Socratis non est « Socrates »: et sic patet quod essentia quandoque dicit « quo est », ut significatur nomine « humanitatis » ; et quandoque « quod est » ut significatur hoc nomine « homo ». Similiter etiam « subsistere » est actus alicujus ut quod subsistit, vel ut quo subsistit. Cum autem « subsistere » dicat esse determinatum, et tota determinatio essendi consequatur formam, quae terminus est, constat quod aliquid denominatur subsistens per primam formam, quae est in genere substantiae, sicut album per albedinem, et animatum per animam: et ideo in Praedicamentis dicit Boetius quod « ousiosis » vel « subsistentia » est forma accipiens subsistentiam, pro « quo subsistitur ».

Si autem accipiatur « subsistentia » pro eo « quod subsistit », sic proprie dicitur illud in quo per prius invenitur talis natura hoc modo essendi. Et cum per prius inveniatur in substantia, secundum quod substantia est ; et deinceps in aliis, secundum quod propinquius se habent ad substantiam: constat quod nomen subsistentiae per prius convenit generibus et speciebus in genere substantiae, ut dicit Boetius, lib. De duabus nat., cap. III, col. 1344, et individuis non convenit habere tale esse, nisi inquantum sunt sub tali natura communi. Quamvis enim genera et species non subsistant nisi in individuis, quorum est esse, tamen determinatio essendi fit ex natura vel quidditate superiori.

Similiter « hypostasis », vel « substantia », dicitur dupliciter: vel id quo substatur ; et quia primum principium substandi est materia, ideo dicit Boetius in Praedicamentis, in princ. Praed. substantia, quod hypostasis est materia, vel quod substat, et hoc est individuum in genere substantiae per prius. Genera enim et species non substant accidentibus nisi ratione individuorum ; et ideo nomen « substantiae » primo et principaliter convenit particularibus substantiis, secundum philosophum « De substantia », et secundum Boetium, lib. De duabus naturis, cap. III.

Sic ergo patet differentia istorum trium dupliciter. Quia si accipiatur unumquodque ut quo est, sic essentia significat quidditatem, ut est forma totius, « ousiosis » formam partis, « hypostasis » materiam. Si autem sumatur unumquodque ut quod est, sic unum et idem dicetur « essentia », inquantum habet esse, « subsistentia », inquantum habet tale esse, scilicet absolutum ; et hoc per prius convenit generibus et speciebus, quam individuis ; et substantia, secundum quod substat accidentibus ; et hoc per prius convenit individuis, quam generibus et speciebus.

Ulterius, hoc nomen « persona » significat substantiam particularem, prout subjicitur proprietati quae sonat dignitatem, et similiter « prosopon » apud Graecos ; et ideo « persona » non est nisi in natura intellectuali

Et secundum Boetium, de duabus naturis, cap. III, col. 1343,sumptum est nomen personae a personando, eo quod in tragoediis et comoediis recitatores sibi ponebant quamdam Larvam ad repraesentandum illum cujus gesta narrabant decantando. Et inde est quod tractum est in usu ut quodlibet individuum hominis de quo potest talis narratio fieri, persona dicatur ; et ex hoc etiam dicitur prosopon in Graeco a « pros » quod est in ope, et sopos quod est facies, quia hujusmodi Larvas ante facies ponebant.

Réponse : Les quatre noms signalés diffèrent quant au sens mais leur différence est répartie différemment par différents auteurs (…)

Ainsi il faut dire autrement, selon Boèce, pour que soit prise en compte la différence de ces noms, « essence, subsistance, substance » selon la signification des actes par lesquels ils sont donnés, à savoir être, subsister, dépendre.

Car il est clair que l’être est quelque chose de commun et ne détermine pas un mode d’être, mais subsister signifie un mode limité d’être, dans la mesure où quelque chose est un étant par soi, non dans un autre, comme l’accident, mais dépendre c’est la même chose qu’être placé sous un autre.

Ainsi il est clair que l’être signifie ce qui est commun à tous les genres, mais subsister et dépendre [signifient] ce qui est propre à la première catégorie, selon deux [conditions] qui leur conviennent : ce qui serait l’étant complet en soi, et à nouveau ce qui est subordonné à tous les autres accidents, à savoir ceux qui ont l’être dans la substance.

C'est pourquoi je dis que l’ « essence » est dite de ce dont l’acte est l’être, la « subsistance » de ce dont l’acte est de subsister, la substance dont l’acte est de dépendre. Mais on le dit de deux manières ; comme c’est clair dans ce qui est particulier. Car l’être est l’acte d’une chose comme ce qui est, comme chauffer est l’acte de ce qui réchauffe, et c’est de quelque chose comme par quoi il est, à savoir par quoi l’être est dénommé, comme chauffer est l’acte de la chaleur.

Mais il faut savoir que si une chose découle de plusieurs qui se conviennent entre elles, on ne peut pas nommer quelque chose par une autre d’entre elles, bien qu’aussi cela soit le principe du tout, mais par le tout ; par exemple ; la saveur suit la chaleur et l’humide, selon qu’ils se rassemblent d’une certaines manière et bien que la chaleur soit le principe de la saveur pour ainsi dire actif, cependant rien n’est appelé saveur par la chaleur mais par la saveur qui embrasse en même temps le chaud et l’humide qui s’assemblent d’une certaine manière .

De la même manière, je dis que comme l’être découle de la composition de matière et de forme, bien que cette dernière soit le principe de l’être, cependant un étant n’est pas dénommé par la forme mais par le tout, et ainsi l’essence ne signifie pas la forme seulement, mais aussi dans les composés de matière et de forme, elle signifie le tout, et cela aussi est dit quiddité et nature de la chose ; et ainsi Boèce dit dans Les Catégories, que « ousia » signifie le composé de matière et de forme.

Mais bien que cette nature ainsi considérée, désigne le composé de matière et de forme, ce n’est pas cependant de cette matière désignée qui est sous les accidents déterminés, en qui est individuée la forme ; parce que ce nom « Socrate » désigne un composé de ce genre. Mais cette matière montrée reçoit pour ainsi dire cette nature commune.

Et de l’une et l’autre manière, on trouve ce nom « essence ». C'est pourquoi quelquefois nous disons que Socrate est une essence, et quelquefois nous disons que l’essence de Socrate n’est pas « Socrate » ; et ainsi il est clair que « de quoi » dit quelquefois l’existence, pour signifier par ce nom l’« humanité » ; et quelquefois « ce qu’il est » pour signifier « homme » par ce nom. De la même manière aussi « subsister » est l’acte d’une chose comme ce qui subsiste ou de quoi elle subsiste. Mais comme subsister dit être déterminé et toute la détermination d’être suit la forme qui en est le terme, il est clair que quelque chose est dénommé subsistant par une première forme, qui est dans la genre de la substance : comme le blanc par la blancheur et l’animé par l’âme, et ainsi dans les Catégories Boèce dit que « ousiosis » ou « subsistance » est la forme qui reçoit la subsistance, pour « par quoi elle subsiste ».

Mais si « subsistance » est reçu pour « ce qui subsiste », ainsi on dit au sens propre ce en quoi on trouve une telle nature avant par ce moyen d’être. Et comme on le trouverait avant dans la substance, selon qu’elle est telle, et ensuite dans les autres, que ce qui est plus propre se comporte vis-à-vis de la substance : il est clair que le nom de « subsistance » convient avant aux genres et aux espèces dans le genre de la substance, comme le dit Boèce (Les deux natures, III), et il ne convient aux individus d’avoir un tel être qu’en tant qu’ils sont sous une telle nature commune. Car bien que les genres et les espèces ne subsistent que dans les individus dont est l’être, cependant la détermination de l’être se fait par une nature ou une quiddité supérieure.

De la même manière on parle d’« hypostase » ou de « substance » de deux manières : ou ce de quoi elle dépend, et parce que le premier principe de dépendance est la matière, comme le dit Boèce (Les Catégories, au commencement des catégories, la substance), que l’hypostase est la matière, ou ce qui en dépend et c’est l’individu dans le genre de la substance avant. Car les genres et les espèce ne sont sous les accidents qu’en raison des individus, et c'est pourquoi le nom de substance, premièrement et principalement convient aux substances particulières, selon le philosophe (Les catégories, au commencement, chapitre la substance 2 a 4) et selon Boèce (Les deux natures, 3).

Donc ainsi apparaît la différence de ces trois noms de deux manières. a/ Parce que si on reçoit chacun comme de quoi il est, ainsi l’essence signifie la quidddité, comme elle est la forme du tout, « ousiosis » la forme de la partie, « hypostase » la matière. b/ Mais si on prend chacun pour ce qu’il est, ainsi l’un et le même dit-on est l’essence, en tant qu’elle a l’être, la « subsistance », en tant qu’elle a un tel être, à savoir absolu : et cela convient d’abord aux genres et aux espèces avant de convenir aux individus, et la substance, selon qu’elle est sous les accidents, et cela convient aux individus avant que convenir aux genres et aux espèces.

D’un autre côté, ce nom « personne » signifie une substance particulière, dans la mesure où elle est soumise à une propriété qui désigne la dignité, et de la même manière « prosopon » chez les Grecs, et ainsi « personne » n’est que dans la nature intellectuelle.

Et selon Boèce (Les deux natures, 3), le nom de personne est pris de « personando » (résonner), parce que les acteurs dans les tragédies et les comédies se posaient un masque pour représenter ce que l’histoire racontait, pendant qu’ils déclamaient. Et de là est passé dans l’usage, qu’un individu humain, duquel on peut faire un tel récit soit appelé personne ; et de là aussi on parle de prosopon en Grec de « pros » qui est « in ope » (aide) qui est le visage parce qu’ils plaçaient des masques de ce genre devant leur visage.

Et, la «separatio» dont il est question à Super Boetium De Trinitate, qui est un modus intelligendi à titre de principe méthodologique, intervient à : «Patet enim quod esse, commune quoddam est, et non determinat aliquem modum essendi»; «Car il est clair que l’être est quelque chose de commun et ne détermine pas un mode d’être». Ainsi, est-il «analogue».



Message modifié (08-01-2017 21:29)

Répondre à ce message
 Liste des forums  |  Vue en arborescence   Nouveau sujet  |  Anciens sujets 


 Liste des forums  |  Besoin d'un identifiant ? Enregistrez-vous ici 
 Connexion
 Nom utilisateur:
 Mot de passe:
 Retenir mon login:
   
 Mot de passe oublié ?
Veuillez saisir votre adresse e-mail ou votre identifiant ci-dessous, et un nouveau mot de passe sera envoyé à l'e-mail associé à votre profil.
Page sans titre