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 Doctrine Sacrée et Metaphysique
Auteur: Merci 
Date:   09-02-2017 15:20

Bonjour,

J'aimerais savoir quelle est la vision de la métaphysique chez St Thomas d'Aquin ? Nous savons tous que la métaphysique à comme sujet d'étude l'universel. Or Dieu est l'universel. Donc Pouvons-nous dire que la Science Sacrée et la Métaphysique sont semblable sous se rapport ?

Cependant, dans la Question 1 (Doctrine Sacrée), il fait mention de la métaphysique et ensuite de la Doctrine Sacrée comme si l'un fut différent de l'autre par le nom mais non par le sujet d'étude, mais par une différence abstraite. Donc, où se situe la vraie différence pour St Thomas d'Aquin concernant ces deux Sciences ?

Je vous mets le texte qui me fait penser à cela:

"Toutefois, il faut considérer ceci. Dans l’ordre des sciences philosophiques, les sciences inférieures non seulement ne prouvent pas leurs principes, mais ne disputent pas contre celui qui les nie, laissant ce soin à une science plus haute ; la plus élevée de toutes, au contraire, qui est la métaphysique, dispute contre celui qui nie ses principes, à supposer que le négateur concède quelque chose ; et, s’il ne concède rien, elle ne peut discuter avec lui, mais elle peut détruire ses arguments. La science sacrée donc, n’ayant pas de supérieure, devra elle aussi disputer contre celui qui nie ses principes. Elle le fera par le moyen d’une argumentation, si l’adversaire concède quelque chose de la révélation divine : c’est ainsi qu’en invoquant les “ autorités ” de la doctrine sacrée, nous disputons contre les hérétiques, utilisant un article de foi pour combattre ceux qui en nient un autre. Mais si l’adversaire ne croit rien des choses révélées, il ne reste plus de moyen pour prouver par la raison les articles de foi ; il est seulement possible de réfuter les raisons qu’il pourrait opposer à la foi. En effet, puisque la foi s’appuie sur la vérité infaillible, et qu’il est impossible de démontrer le contraire du vrai, il est manifeste que les arguments qu’on apporte contre la foi ne sont pas de vraies démonstrations, mais des arguments réfutables."



Message modifié (09-02-2017 15:27)

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 Re: Différence entre Doctrine Sacrée et Metaphysique
Auteur: Delaporte 
Date:   10-02-2017 10:25

Cher Merci,

Saint Thomas donne la réponse à votre question : « Une diversité de “raisons”, ou de points de vue, dans ce que l'on connaît, détermine une diversité de sciences … Rien n'empêche donc que les objets mêmes dont traitent les sciences philosophiques, selon qu'ils sont connaissables par la lumière de la raison naturelle, puissent encore être envisagés dans une autre science, selon qu'ils sont connus par la lumière de la révélation divine. La théologie qui relève de la doctrine sacrée est donc d'un autre genre que celle qui est encore une partie de la philosophie. » (Somme Théologique Ia Pars, Q1, a1, ad 2)

La Doctrine Sacrée, composée des Écritures Saintes et des dogmes du Magistère (comme l’Immaculée Conception, par exemple), est une science qu’il faut soigneusement différencier des autres. On peut distinguer quatre sciences ayant Dieu pour sujet, ou quatre “théo-logies”, c’est-à-dire étymologiquement “discours sur Dieu” : 1°- la science que Dieu a de Lui-même, dont le discours n’est autre que son Verbe, 2°- la science de Dieu que Dieu révèle aux hommes, dont le discours est la Révélation et le Magistère, unis dans la Doctrine Sacrée, 3°- la science de Dieu que les hommes acquièrent par la Révélation, dont le discours est représenté par l’ensemble des traités de théologie chrétienne, 4°- la science de Dieu à laquelle parviennent les hommes par la force naturelle de leur intelligence, dont le discours s’appelle métaphysique.

La Doctrine Sacrée est la seconde de cette liste. Elle est la parole de Dieu révélant aux hommes qui Il est et quelles sont les voies pour parvenir à Lui. Elle parle de Dieu et du Salut du point de vue de Dieu, mais dans un effort pédagogique : d’où l’emploi de démonstrations, mais aussi d’histoires et de métaphores. Son sujet est Dieu et le Salut des hommes, et son point de vue est aussi celui Dieu (car c’est Dieu qui révèle) ; elle est à la fois théorique et pratique, car son but est non seulement de faire connaître Dieu, mais aussi d’attirer à Lui. En troisième position, la théologie chrétienne, comme la pratiquait saint Thomas dans sa Somme, par exemple, est aussi une science ayant Dieu pour sujet, mais du point de vue de la Révélation. La Doctrine Sacrée est la matière véritable de la théologie chrétienne, son sujet immédiat. Elle ne porte donc pas sur Dieu directement, ce qui dépasserait infiniment toute intelligence créée, mais sur ce qu’Il nous dit de Lui dans sa Révélation.

Des œuvres de théologie comme la Somme Théologique de Saint Thomas, ou celles d’autres saints, ne font donc pas partie de la Doctrine Sacrée. D’ailleurs, saint Thomas est parfaitement clair là-dessus : « Quant aux autorités des autres docteurs de l'Église, elle en use aussi comme arguments propres, mais d'une manière seulement probable. Cela tient à ce que notre foi repose sur la révélation faite aux Apôtres et aux Prophètes, non sur d'autres révélations, s'il en existe, faites à d'autres docteurs. C'est pourquoi, écrivant à S. Jérôme, S. Augustin déclare: “Les livres des Écritures canoniques sont les seuls auxquels j'accorde l'honneur de croire très fermement leurs auteurs incapables d'errer en ce qu'ils écrivent. Les autres, si je les lis, ce n'est point parce qu'ils ont pensé une chose ou l'ont écrite que je l'estime vraie, quelque éminents qu'ils puissent être en sainteté et en doctrine” » (Somme Théologique Ia Pars, Q1, a 8, ad 2). Il faut donc faire attention à une présentation fréquente chez les théologiens thomistes de la question 1 de la Somme consacrée à la Doctrine Sacrée, comme un discours de la méthode en théologie chrétienne. Non, ce serait faire de cette dernière une Doctrine Sacrée, ce qui est insoutenable. La question 1 présente le sujet de la théologie chrétienne : Dieu tel qu’il se révèle à nous dans la Doctrine Sacrée. Celle-ci est au théologien ce que l’Univers est au philosophe : son champ d’investigation.

La quatrième science est la métaphysique. Elle porte sur Dieu non pas du point de vue de Dieu ni de sa Révélation, mais du point de vue de sa “création” (comme nous dirions entre chrétiens), c’est-à-dire de l’Univers et de l’homme. Elle regroupe cette considération en un seul concept, celui de l’être. La métaphysique étudie tout être, et donc Dieu, en sa qualité d’être. Aussi faut-il dire que Dieu est davantage l’objet de la métaphysique que son sujet. L’objet d’une science est son intention ultime, ce qu’elle cherche à connaître finalement, tandis que son sujet est ce sur quoi porte son attention. Dieu ne peut être sujet direct de la métaphysique car nous n’avons aucune expérience naturelle de Lui, mais il est son intention ultime dans la mesure où étudiant tout ce qui existe de façon accessible à l’intelligence humaine, celle-ci compte bien finalement s’en servir pour dire quelque chose de la nature de Dieu, si tant est que cela soit possible. Si l’intention est dernière dans la réalisation, elle est première dans la volonté car c’est bien pour parvenir à ce but que nous entamons la démarche. Dieu est bien l’alpha et l’oméga de la métaphysique. On ne peut chercher à dire quelque chose sur Dieu que si au départ, on a la conviction de sa présence (je me suis efforcé de schématiser rapidement cette démarche dans mon article Dieu, pensée de la pensée).

Voilà, j’espère avoir un peu éclairci la question. N’hésitez pas à revenir pour davantage de précisions

Cordialement.

L'animateur

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 Re: Différence entre Doctrine Sacrée et Metaphysique
Auteur: Olivarus 
Date:   10-02-2017 11:12

Merci a écrit:

> Bonjour,
>
> J'aimerais savoir quelle est la vision de la métaphysique chez
> St Thomas d'Aquin ? Nous savons tous que la métaphysique à
> comme sujet d'étude l'universel.

L'être universel décanté de toutes ses singularités.


Triple conception de la métaphysique chez saint Thomas d'Aquin au Prooemium de son commentaire sur la Métaphysique:

1) la science des premières causes et des premiers principes; par opposition aux autres sciences qui ne s'intéressent qu'aux causes et principes immédiats.

2) la science de l'être en tant qu'être et des attributs de l'être en tant qu'être. Les autres sciences s'intéressent à des aspects particuliers de l'être. La métaphysique comme vous le dites s'intéresse à l'aspect le plus universel de l'être.

3) la science de ce qui est immobile et séparé. Contrairement à la physique et la mathématique qui considèrent toujours leur objet plus ou moins conditionné par la matière. La quantité pour la mathématique.

A ce titre on dira que la métaphysique est la science de la substance.

Dieu la substance séparée qui nous mène à la théologie naturelle par opposition à la Révélation.










Or Dieu est l'universel. Donc Pouvons-nous dire que la Science Sacrée et la Métaphysique sont semblable sous ce rapport ?

Oui et Non:

Non

La Science Sacrée fait appel à la Révélation par la parole de Dieu qui est sacrée car infaillible, non négociable et non réformable pour cause de perfection divine. Cette Parole est adorable car intrinsèque à la divinité.

Cette révélation échappe totalement à la métaphysique sous l'angle trinitaire de Dieu inaccessible à la raison philosophique sans l'aide de Dieu.

Le Père est tout puissant au principe de tout ce qui existe, Jésus est le Verbe incarné, la connaissance du Père communiquée et le saint Esprit l'amour qui procède du Père et du fils.

Le principe tout puissant est une personne, la connaissance communiquée est une personne, l'amour est une personne, mais il n'y a qu'un seul Dieu.

Le métaphysicien s'en approche timidement avec Dieu pensée de la pensée.


On voit que la métaphysique n'aborde Dieu que par la raison, la Science sacrée dépasse la raison qui est incapable d'aboutir à la réalité trinitaire de Dieu par ses propres forces.

Oui

L'universel s'oppose au singulier. La science sacrée et la métaphysique s'intéressent bien évidemment à la connaissance de Dieu dans ses aspects les plus universels. L'une par la force et l'autorité de la Révélation, l'autre par les armes de la raison.






>
> Cependant, dans la Question 1 (Doctrine Sacrée), il fait
> mention de la métaphysique et ensuite de la Doctrine Sacrée
> comme si l'un fut différent de l'autre par le nom mais non par
> le sujet d'étude, mais par une différence abstraite. Donc, où
> se situe la vraie différence pour St Thomas d'Aquin concernant
> ces deux Sciences ?

Trois sagesses pour Thomas

la sagesse est science des causes et aussi une habitude vertueuse contrairement à la science qui peut n'être pas sage si elle ne mène pas à la perfection.

La sagesse infuse, don de Dieu.

La sagesse théologique s'appuie sur la Révélation sous le régime de la foi.

La sagesse métaphysique s'appuie uniquement sur la raison naturelle et ne s'intéresse à Dieu que par la cause et non par l'objet appréhendée comme la théologie.


Il y a beaucoup d'autres subtilités à méditer mais ce sont quelques idées forces que vous retrouverez un peu partout chez Thomas.


Cordialement

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 Re: Différence entre Doctrine Sacrée et Metaphysique
Auteur: Merci 
Date:   10-02-2017 16:28

Bonjour,

J'aimerais vous remercier pour ces explications très précises et très claires. J'ai énormément appris en vous lisant. Mais j'aurais une question en plus:

Peut-on supposer que par la Raison (la métaphysique), l'homme puisse reconnaître Dieu en toute chose à un tel point de L'éprouver ? Tel que Denys dit: "Hiérothée est devenu sage, non seulement en étudiant, mais en éprouvant le divin" (donner comme exemple par Saint Thomas d’Aquin dans somme théologique, a6, solution 3). Cette Sagesse est celle du Saint-Esprit, qui la fait connaitre à travers la Révélation. Peut-on, donc, supposer que la métaphysique permet à l’homme d’atteindre la Révélation ?

Bien à vous, Merci.



Message modifié (10-02-2017 16:30)

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 Re: Différence entre Doctrine Sacrée et Metaphysique
Auteur: Olivarus 
Date:   10-02-2017 16:55

Merci a écrit:

Peut-on, donc, supposer que la métaphysique permet à l’homme d’atteindre la Révélation ?

Atteindre non, faciliter oui.


Elle facilite la foi, on parle de préambules de la foi pour la théologie naturelle, philosophie première ou métaphysique selon les expressions qui ont chacune leur qualité.

La Somme théologique démarre par les preuves métaphysiques de l'existence de Dieu. Car la certitude de l'existence de Dieu ne dépend pas de la Révélation mais de la raison. C'est la première marche de l'émancipation intellectuelle. La libération dira saint Jean.

La philosophie est servante de la théologie mais pas maîtresse. Mais la maîtresse ne peut mépriser sa servante. Fides et ratio. La foi ne se découvre que par la Révélation mais la raison aide la foi à s'argumenter intelligemment et à écarter les maladies de la foi. Superstition, hérésies diverses et variées qui peuvent être combattues par la raison: hérésies relativistes, moderniste et autres dûes à une intelligence déficiente avant d'être une crise de la foi.

Une intelligence qui est bien formée aux vérités naturelles par la raison philosophique atteindra plus facilement les vérités surnaturelles.


C'est pourquoi l'Eglise forme toute sa hiérarchie par la philosophie réaliste avant la théologie. Du moins c'est un ordre des papes qui mérite d'être obéi et qui explique bien des désordres quand il est méprisé.


Dieu s'adresse aux intelligences. L'intelligence a comme bien propre la vérité. Dieu qui est la Vérité ne peut être aimé que si on le connait. C'est pourquoi l'Eglise enseigne la foi, l'espérance et la charité dans cet ordre. Car on ne peut aimer Dieu par charité parfaite que si on le connait par la foi qui est l'ensemble des vérités à croire. L'espérance qui est le bien à espérer, l'amour de charité qui est la fin suprême. Car Dieu est Amour. La Béatitude éternelle à désirer.

Logique.

Toute vérité naturelle (ou surnaturelle) épanouit l'intelligence. Car toute vérité naturelle est pensée par Dieu. Connaître c'est se rapprocher de celui qui connait.

Il reste à l'aimer.

Cordialement



Message modifié (10-02-2017 17:24)

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 Re: Différence entre Doctrine Sacrée et Metaphysique
Auteur: Delaporte 
Date:   11-02-2017 10:42

Cher Merci,

Pour répondre à votre question, la métaphysique ne permet certainement pas à la raison naturelle d’atteindre la Révélation, sinon, il ne servirait à rien que Dieu nous la révèle.

En revanche, que l’homme cherche à “éprouver le divin” par la métaphysique, c’est très certain. Je me permets de vous citer un passage du Guide de lecture de la Méttaphysique, en introduction à ma traduction du Commentaire de la Métaphysique d’Aristote par Thomas d’Aquin :

« D’après saint Thomas, avec la Métaphysique, il y va du bonheur de l’homme : « Toutes les sciences et tous les arts tendent vers un objectif unique : la perfection de l’homme, où réside sa béatitude. Il faut donc qu’une de ces disciplines règne sur ses consœurs et revendique légitimement le nom de sa gesse ». La philosophie première, comme son nom le suggère, est la cime des savoirs, le sommet de la béatitude.

C’est à la fin de la réflexion éthique sur le bonheur humain qu’Aristote nous donne la clef de son intention métaphysique : « L’activité de l’intelligence, voilà ce qui devrait être le bonheur achevé de l’homme. Si l’intelligence, comparée à l’homme est chose divine, la vie intellectuelle est également divine, comparée à l’existence humaine. Il faut, dans toute la mesure du possible, nous comporter en immortel et tout faire pour vivre de la vie supérieure que possède ce qu’il y a de plus élevé en nous, car bien que modeste, cette faculté l’emporte de beaucoup en puissance et en valeur sur toutes les autres. L’activité de Dieu qui est d’une félicité incomparable, doit être de nature contemplative. Donc, parmi les activités humaines, celle qui lui est le plus apparentée doit aussi être celle qui ressemble le plus au bonheur. Donc, plus loin s’étend la contemplation et plus loin s’étend le bonheur. Le bonheur marche au pas de la contemplation.

Celui qui cultive son intelligence tout en étant parfaitement disposé, semble bien être aussi le plus cher à Dieu. En effet, on peut raisonnablement penser que ce dernier met sa joie dans ce qu’il y a de meilleur et lui est le plus apparenté – c'est-à-dire l’intelligence, et qu’en retour, il comble de bienfaits ceux qui s’attachent surtout à l’intelligence, et l’honorent plus que tout, car ceux-ci, au regard de Dieu, se préoccupent de ce qui lui est cher à lui et agissent ainsi de façon droite et belle. Or cette attitude est en tous points, celle du sage avant tout. Donc, c’est lui le plus cher à Dieu. Or le plus cher à Dieu, selon toute vraisemblance, est aussi le plus heureux. Par conséquent, même à considérer les choses ainsi, on voit que le sage, plus que tout autre, doit être l’homme heureux.
»

Il y a donc collusion entre sagesse, bonheur et divinité. C’est au nom de cette entente cordiale que le Philosophe entame les premières pages de la Métaphysique. La “science recherchée” est sagesse divine, écrira-t-il, c'est-à-dire à la fois celle qui a Dieu pour objet et celle que Dieu possède.

Nous retrouverons cette inspiration au terme de la Métaphysique, preuve que la boucle a bien été bouclée. La science et le bonheur de Dieu, c’est la “pensée de la pensée” c'est-à-dire cette science divine qui a Dieu pour objet, qui appartient à Dieu, et qui est Dieu. Or, cette joie parfaite dont Dieu jouit continûment, il arrive à l’homme de la partager en de brefs instants, mais qui suffisent à le combler, et au-delà encore. Le but de la Métaphysique est donc concret et humain, et non pas abstrait, ni impersonnel. L’opposition entre un prétendu intellectualisme thomiste et un volontarisme scotiste est un faux balancement. Nous laisserons aux scotistes le soin de trancher pour leur maître, mais il est clair que la métaphysique aristotélicienne est le fruit d’un volontarisme ; d’une volonté d’atteindre la jouissance parfaite dans la contemplation intellectuelle.

Le paganisme d’Aristote lui fait penser qu’en imitant Dieu, celui-ci s’intéressera à lui en retour, et lui offrira tous ses bienfaits. Car Dieu ne se préoccupe guère des hommes, pense-t-il, non pas parce qu’il en est séparé ou qu’il serait incapable d’envisager autre chose que lui-même, mais parce que ceux-ci ne l’intéressent pas outre mesure, en raison de leur insignifiance à ses yeux ; pas plus que le maître d’un domaine ne se soucie de la fourmilière qui colonise les antres d’un de ses champs. Pour commercer avec Dieu, afin que celui-ci lui fasse partager sa condition, Aristote voudra donc capter son attention. C’est pourquoi, il veut vivre au mieux de ce qui lui est possible, en immortel contemplatif ; en métaphysicien. Le supérieur estime, en effet, l’inférieur aux signes de supériorité que ce dernier donne malgré sa condition. L’homme métaphysicien serait aux yeux de Dieu, comme une fourmi qui se mettrait à parler. Elle prendrait tout à coup un intérêt entièrement renouvelé pour le maître du domaine. À l’homme, il ne manquerait, pour ainsi dire, que de parler la langue métaphysique pour être Dieu.

On ne peut donc comprendre la scientificité même de cette discipline, si on ne la réintègre pas dans le projet de vie d’une personne ; on ne saurait expliquer sans cela, l’extrême épuration de son sujet qui, nous le verrons, abandonne sur le bas-côté, des monceaux de questions irrésolues, car, pour être d’ordre métaphysique, ces dernières ne conduisent cependant pas assez directement à la “science recherchée”, à la sagesse adonnée à contempler.

Le but n’est pas seulement de comprendre rationnellement l’être en tant qu’être, mais bien plus, de vivre intellectuellement ce qu’est Dieu. De vivre comme Dieu, de la vie de Dieu. »

Cordialement

L'animateur

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 Re: Différence entre Doctrine Sacrée et Metaphysique
Auteur: Stagire 
Date:   19-02-2017 01:52

Cher animateur,

> Pour répondre à votre question, la métaphysique ne permet
> certainement pas à la raison naturelle d’atteindre la
> Révélation, sinon, il ne servirait à rien que Dieu nous la
> révèle.
> En revanche, que l’homme cherche à “éprouver le divin” par la
> métaphysique, c’est très certain.

Bien que j'abonde dans votre sens, je vous communique une opinion discutable qui retient mon attention.

Dieu s'est révélé à nous dans ce qui est appelé «parole de Dieu». Une telle communication exige une formulation langagière accessible à l'homme selon sa définition : animal raisonnable. Autrement dit, du point de vue du receveur, la révélation doit être raisonnable.

La raison s'entend ici de la théorétique, d'une part, et de la pratique, d'autre part; la technique n'entre pas en compte.

Aristote a écrit Métaphysique, pour l'aspect théorétique, et Éthique à Nicomaque, pour l'autre.

Dans ses ouvrages sur la Trinité, Thomas les emploie; il développe aussi une thèse métaphysique sur les transcendantaux ens, verum, bonum.

La révélation d'un Dieu d'une unique nature en trois personnes se reçoit bien selon la thèse des transcendantaux ens, verum, bonum.

Lorsque Jésus communique sa révélation aux juifs, avant et après sa résurrection, il ne s'exprime pas comme un métaphysicien; les juifs ne l'aurait pas compris, eux qui n'avaient pas de formation philosophique aristotélico-thomiste. Mais, ils avaient une culture juive et biblique; les philosophes juifs et aristotéliciens viendront plus tard.

À l'époque de Jésus récemment ressuscité, Paul de Tarse rencontre les athéniens, et leur dialogue n'est pas très fructueux; nous sommes à l'époque hellénistique de l'épicurisme et du stoïcisme.

Aujourd'hui, le spectacle que nous donnent les théologiens, cardinaux ou pas, et le pape, avec leurs controverses, jette de l'ombre sur le sérieux de la révélation chrétienne telle que transmise.

Tout ça pour en venir à quoi ? Et c'est ici que se situe mon opinion discutable.

Pour ma part, je n'abandonne pas la révélation chrétienne — et je n'ajoute pas «telle que transmise aujourd'hui» — parce que cette révélation chrétienne n'est pas absurde lorsque considérée du point de vue de la métaphysique et de l'éthique aristotélico-thomiste.

Bref, j'y crois parce que c'est raisonnable d'y croire.

Cordialement

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