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 Questions quant à l'hylémorphisme.
Auteur: Zarbor Zarvaj 
Date:   04-04-2017 14:07

Chers amis thomistes,

Deux problèmes voisins troublent ma quiétude.

L'hylémorphisme affirme l'union d'une forme substantielle en une matière seconde immédiatement disposée à la réception de cette forme ; en résulte une unique substance dont forme et matière sont les parties essentielles.

1. Question relative à la pluralité substantielle au sein d'une substance hylémorphique.

* Le spermatozoïde est-il une substance ?

Soit une substance première, un homme, ayant pour détermination quantitative d'être de sexe masculin. Cette substance produira en certaines de ses parties corporelles des spermatozoïdes: c'est la spermatogénèse. Le petit spermatozoïde est-il un accident de la substance qui le produit et le contient, ou une substance première distincte de celle qui le produit ?
- Si c'est un accident, il existe par la substance dont il est accident. Comment si, lors d'une union charnelle, il sort des limites corporelles de la substance l'ayant produite, pour naviguer au travers du vagin jusqu'au col de l'utérus, continuant son trajet jusqu'aux trompes de Fallope, avant d'atteindre, s'il est heureux, l'ovocyte qu'il fécondera. Serait-ce que, par abracadabra, en son changement de lieu, en son passage de la substance masculine à la substance féminine, il serait trans-existé, ne perdant l'existence qu'il tenait du mâle qu'en recevant l'existence de la femelle ? L'affirmation serait des plus curieuses.
- Est-ce donc une substance distincte de la substance masculine qui le produit ? Si oui, une pluralité de substances contenues dans une substance contenante.

Autre argument en faveur de la substantialité du spermatozoïde. Le petit spermatozoïde a un corps, composé d'une tête et d'une flagelle. « La tête est constituée essentiellement du noyau, qui renferme sous une forme extrêmement condensée le matériel génétique (ADN), et de l'acrosome, qui contient des enzymes permettant au spermatozoïde de traverser la zone pellucide de l'ovocyte pour le féconder. Le flagelle est constitué d'un filament axial ou axonème ; dans la première partie du flagelle (pièce intermédiaire), l'axonème est entouré de mitochondries qui fournissent l'énergie nécessaire à ses mouvements » (Wikipédia). Il s'agit donc d'un corps doué de la capacité de se mouvoir par lui-même. N'est-ce donc pas, par définition, un corps vivant, une substance vivante ?

* Rappel.

Nous avions déjà esquissé ce thème lors de la discussion relative à l'efficience mystérieuse de la balle de révolver. La balle de révolver réduit la substance vivante à l'état de cadavre. Nonobstant les éléments chimiques perdurent dans le cadavre: persistance des atomes et de leurs composants, qui seront réemployés dans un processus indéfini de générations et corruptions successives. Là encore les faits semblent militer pour une pluralité de substances au sein d'une substance contenante.

* L'ovocyte est-il une substance ?

Notre vaillant petit spermatozoïde vient d'atteindre son but et féconde l'ovocyte. Ce faisant il disparait, se corrompt, meurt, la fécondation « consistant en une fusion des gamètes mâle et femelle en une cellule unique nommée zygote. » (Wikipédia).

Pour simplifier la réflexion, vu la condamnation ecclésiale du traducianisme, prenons le cas d'un chimpanzé.

Serait-ce que l'ovocyte soit un accident de la substance femelle. Si oui, la détermination de l'ovocyte par le noyau du gamète mâle sera une détermination s'ajoutant à celle d'un accident, détermination qui sera lors elle-même d'ordre accidentel. Auquel cas le zygote est accident, ainsi que l'embryon et le fœtus, ce qui est absurde. Le zygote, comme l'embryon et le fœtus, sont une même substance sous des déterminations quantitatives déterminées distinctes résultant d'une détermination toujours plus poussée de la quantité sous l'action de la forme substantielle informant progressivement le composé.

Ou serait-ce que le noyau de l'ovocyte joue le rôle de matière seconde, celui du spermatozoïde celui de forme ? Mais cela semble fort douteux, vu que le zygote diploïde n'est tel que par l'union des gamètes haploïdes: « Le spermatozoïde est une cellule haploïde, qui ne contient qu'un seul exemplaire de chaque chromosome. Son union avec l'ovule, lui aussi haploïde, permet de constituer une cellule-œuf diploïde, qui contient deux exemplaires (une paire) de chaque chromosome. Chacun des gamètes apporte donc la moitié du patrimoine génétique du futur individu, ce qui assure le brassage génétique au sein d'une espèce. » (Wikipédia). Lors, on ne voit pas en quoi, en le mélange constitutif du zygote, le gamète mâle aurait une quelconque prééminence sur l'ovocyte. Loin qu'il soit une forme reçue dans une matière (ovocyte), c'est une matière informée se mélangeant à une autre. Que l'ovocyte fasse office de sujet récepteur ne doit donc pas faire illusion.

Bref, à ce qu'il semble, deux substances premières dont le mélange constitue cette autre substance première qu'est le zygote.


Question relative à la génération des substances corporelles.

* En quoi consistent la forme substantielle et l'éduction de la forme substantielle du zygote ?

Puisqu'il s'agit de chimpanzé, dont l'âme est matérielle et se dissout à la corruption, la forme substantielle n'est pas infuse dans mais éduite de la matière du mixte (zygote). En quoi consiste cette forme substantielle ? Elle ne peut être ce qui est issu de la recombinaison génétique, l'adn étant molécule, donc matière déterminée. Quoi donc est-elle, et comment s'opère son éduction ?


Cordialement,
ZZ.



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 Re: Questions quant à l'hylémorphisme.
Auteur: ouiouioui 
Date:   04-04-2017 22:24

Cher ZZ,

Les gamètes ne sont en tout cas pas des accidents de l'être humain, car elles en sont séparables comme un pied ou une main.
Ainsi s'exprime Aristote dans Les Catégories:
"Parmi les êtres, les uns sont affirmés d’un sujet, tout en n’étant dans aucun sujet : par exemple, homme est affirmé d’un sujet, savoir d’un certain homme, mais il n’est dans aucun sujet. D’autres sont dans un sujet, mais ne sont affirmés d’aucun sujet (par dans un sujet, j’entends ce qui, ne se trouvant pas dans un sujet comme sa partie, ne peut être séparé de ce en quoi il est) : par exemple, une certaine science grammaticale existe dans un sujet, savoir dans l’âme, mais elle n’est affirmée d’aucun sujet ; et une certaine blancheur existe dans un sujet, savoir dans le corps (car toute couleur est dans un corps), et pourtant elle n’est affirmée d’aucun sujet."

D.



Message modifié (04-04-2017 22:29)

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 Re: Questions quant à l'hylémorphisme.
Auteur: Stagire 
Date:   05-04-2017 03:12

Cher Zarbor Zarvaj,

> Deux problèmes voisins troublent ma quiétude.
dites-vous

Vous posez que :
> L'hylémorphisme affirme l'union d'une forme substantielle en
> une matière seconde immédiatement disposée à la réception de
> cette forme ; en résulte une unique substance dont forme et
> matière sont les parties essentielles.

Puis, vous énoncez les «deux problèmes» sous forme de deux questions :

> 1. Question relative à la pluralité substantielle au sein
> d'une substance hylémorphique.


> 2. Question relative à la génération des substances
> corporelles.


Vos «deux problèmes» révèlent que vous en avez un autre, un troisième pourrait-on dire, mais qui est en réalité le premier : le problème de la méthodologie.

À Sententia Libri De sensu et sensato, Livre 1, Thomas d’Aquin écrit : «Parce que ce qui est universel est à un plus haut point séparé de la matière, la science de la nature va de ce qui est universel à ce qui l’est moins, comme le philosophe l’enseigne dans le premier livre des Physiques. C’est pourquoi il commence l’exposition de la science de la nature en débutant par ce qui est le plus commun à tous les êtres naturels, le mouvement et son principe, et qu’ensuite il avance par voie de concrétisation, c’est à dire d’application des principes communs à certains [êtres] mobiles déterminés, dont certains sont les corps vivants : à leur propos aussi, il progresse en divisant leur étude en trois parties.»

L’hylémorphisme concerne «ce qui est le plus commun à tous les êtres naturels», alors que vos «deux problèmes» concernent « certains [êtres] mobiles déterminés, dont certains sont les corps vivants», et ce, «par voie de concrétisation», ce qui est le contraire de l’abstraction.

L’hylémorphisme est cette théorie qui découvre les principes de l’être en tant que nature. La métaphysique, cette théorie qui découvre les principes de l’être en tant qu’être. Le traité de l’âme, cette théorie qui découvre les principes de l’être en tant que vivant. Etc.

Comme l’hylémorphisme découvre «ce qui est le plus commun à tous les êtres naturels», et ce, par abstraction, il demeure muet sur ce qui est propre à « certains [êtres] mobiles déterminés, dont certains sont les corps vivants», car c’est dans la concrétisation qui ajoute le propre qu’on peut découvrir ce qui les concerne.

Au début de Physique, Aristote écrit : «Connaissance et science se produisant, dans tous les ordres de recherches dont il y a principes ou causes ou éléments, quand on a pénétré ces principes, causes ou éléments (en effet nous ne pensons avoir saisi une chose que lorsque nous avons pénétré les causes premières, les principes premiers et jusqu’aux éléments), il est donc clair que, dans la science de la nature, il faut s’efforcer de définir d’abord ce qui concerne les principes.»

L'expression «ordre de recherches» exprime le point ici en question.

Cordialement



Message modifié (05-04-2017 03:34)

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 Re: Questions quant à l'hylémorphisme.
Auteur: Delaporte 
Date:   05-04-2017 14:30

Cher ZZ,

Lorsque le lézard n’hésite pas à abandonner sa queue pour ne pas se faire attraper, vous êtes en présence de deux substances, l’une vivante, le lézard amputé, et l’autre morte, la queue coupée. Les deux répondent au critère de perseité locale qui caractérise la substance physique. Nous avons deux substances en acte, là où, avant la saisie, il n’y en avait qu’une en acte, mais deux en puissance. Il en va de même de votre pauvre hère décérébré par une balle de revolver. Une seule substance actuelle avant le coup de feu, mais plusieurs en puissance, qui s’actualisent au fur et à mesure de la décomposition du cadavre (plus quelques éclats de cervelle éparpillés çà et là).

Concernant le spermatozoïde, la question n’est pas claire. S’agit-il d’un corps étranger au corps du donneur, un peu comme les pollens végétaux ? Ou simplement de l’émanation de cellules sophistiquées, comme le corps animal connaît aussi des flux de sang ou d’autres humeurs à la composition fort complexe. Dans le premier cas, il s’agirait d’une substance en acte, dans le second d’une substance potentielle. Mes (mé-)connaissances en biologie ne me permettent pas de répondre. Reste que je me méfie d’affirmations péremptoires de biologistes comme celles de physiciens soutenant que les électrons sont de petites boules tournant autour d’une grande boule.

Il est clair que pour Aristote, la semence n’est pas un être vivant, car elle ne se nourrit ni ne grossit (semble-t-il), et surtout, ne se reproduit pas (heureusement, sinon nous irions à l’infini dans la semence de semence). Séparée, ce ne pourrait être qu’une substance inerte.

Là-dessus, je rejoins la remarque de Stagire, votre approche est trop commune par rapport à la spécificité représentée par la substance animale.

Cordialement

L'animateur

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 Re: Questions quant à l'hylémorphisme.
Auteur: Ph de Bellescize 
Date:   06-04-2017 07:50

Bonjour,

Ce que l'on remarque dans le cas de la queue de lézard coupée c'est que celle-ci peut rester en mouvement pendant un certain temps. Quel est le principe moteur de ce mouvement si la queue de lézard n'a plus de principe vital en elle?

Cordialement



Message modifié (06-04-2017 20:20)

Répondre à ce message
 
 Re: Questions quant à l'hylémorphisme.
Auteur: Zarbor Zarvaj 
Date:   08-04-2017 11:44

Cher Gilles,

J'accepte de bon cœur votre médecine. Espérons que je sois assez intelligent pour comprendre le remède. Aux termes du diagnostic, la défaillance serait méthodologique.

« Parce que ce qui est universel est à un plus haut point séparé de la matière, la science de la nature va de ce qui est universel à ce qui l’est moins, comme le philosophe l’enseigne dans le premier livre des Physiques. C’est pourquoi il commence l’exposition de la science de la nature en débutant par ce qui est le plus commun à tous les êtres naturels, le mouvement et son principe, et qu’ensuite il avance par voie de concrétisation, c’est à dire d’application des principes communs à certains [êtres] mobiles déterminés, dont certains sont les corps vivants : à leur propos aussi, il progresse en divisant leur étude en trois parties. »

Soit. Avançons donc par voie de concrétisation, appliquant les principes généraux de la Physique aux cas particuliers sollicitant ma réflexion. Je réitère donc les questions. Si celles-ci traduisent une défaillance dans la connaissance des principes, merci de me signifier exactement où serait l'erreur ; c'est cela apporter le remède. ;)

Cordialement.




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Cher 3Oui,

Voulant vous répondre sur le fond, je me suis penché sur différents textes d’Aristote dont je vous donne ici lecture. Privilégiant la théologie au détriment de la philosophie naturelle, ma connaissance de l’aristotélisme reste parcellaire et perfectible ; aussi soumet-je cette lecture au contrôle vigilant de nos amis. Lecture faite, je vous donne ma réponse.


I – LECTURE.

Vous citez partiellement Aristote, Cat. 2 : « Parmi les êtres, les uns sont affirmés d’un sujet, tout en n’étant dans aucun sujet : par exemple, homme est affirmé d’un sujet, savoir d’un certain homme, mais il n’est dans aucun sujet. D’autres sont dans un sujet, mais ne sont affirmés d’aucun sujet (par dans un sujet, j’entends ce qui, ne se trouvant pas dans un sujet comme sa partie, ne peut être séparé de ce en quoi il est) : par exemple, une certaine science grammaticale existe dans un sujet, savoir dans l’âme, mais elle n’est affirmée d’aucun sujet ; et une certaine blancheur existe dans un sujet, savoir dans le corps (car toute couleur est dans un corps), et pourtant elle n’est affirmée d’aucun sujet. » Vous auriez dû continuer la citation : « D'autres êtres sont à la fois affirmés d'un sujet et dans un sujet : par exemple la science est dans un sujet, savoir dans l'âme, et elle est aussi affirmée d'un sujet, la grammaire. D'autres êtres enfin ne sont ni dans un sujet ni affirmés d'un sujet, par exemple cet homme, ce cheval... »

Nous avons donc ici quatre types d’être recensés.
1° Les êtres qui « sont affirmés d’un sujet, tout en n’étant dans aucun sujet » sont les substances secondes.
2° Les êtres qui « sont dans un sujet, mais ne sont affirmés d’aucun sujet » sont les accidents des substances premières n’entrant pas dans la définition essentielle d’autres entités elles-mêmes prédiquées accidentellement des substances premières.
3° Les êtres qui « sont à la fois affirmés d'un sujet et dans un sujet » sont des accidents des substances premières entrant dans la définition essentielle d’autres entités elles-mêmes prédiquées accidentellement des substances premières.
4° Les êtres qui « ne sont ni dans un sujet ni affirmés d'un sujet » sont les substances premières.


PREMIER TYPE : « Parmi les êtres, les uns sont affirmés d’un sujet, tout en n’étant dans aucun sujet : par exemple, homme est affirmé d’un sujet, savoir d’un certain homme, mais il n’est dans aucun sujet. »

Les « êtres » dont il s'agit ici ne sont pas des réalités, des « êtres réels » mais des notions, des « êtres de raison », des entités logiques. Tricot explique comme suit : « L'universel, substance seconde, n'est pas dans un sujet, car c'est une substance, mais il est prédicat d'un sujet, d'un individu, en sa qualité d'universel. » Si, de tous les universaux, seules les substances secondes (genre et espèce) sont visées ici, c’est qu’elles seules s’affirment essentiellement de la substance première, « car de tous les prédicats ils sont les seuls à exprimer [l’essence de] la substance première. » (Cat. 5). Mais si l’exemple donné par Aristote semble étayer cette interprétation (« homme est affirmé d’un sujet, savoir d’un certain homme, mais il n’est dans aucun sujet »), faut-il étendre la portée du texte à l’ensemble des universaux entrant dans la définition essentielle du sujet dont ils se prédiquent essentiellement ? Non, car s’ils se prédiquent essentiellement d’autres choses que d’une substance première, ce ne sera plus le premier mais le troisième type.

Aristote précise, Cat. 5 : « La substance, au sens le plus fondamental, premier et principal du terme, c'est ce qui n'est ni affirmé d'un sujet, ni dans un sujet, par exemple l'homme individuel ou le cheval individuel. Mais on appelle substances secondes les espèces dans lesquelles les substances prises au premier sens sont contenues, et aux espèces il faut ajouter les genres de ces espèces ; par exemple l'homme individuel rentre dans une espèce, qui est l'homme, et le genre de cette espèce est l'animal. » Ce qui est signifié dans ce passage de Cat. 5, c'est que le genre contient l'espèce, l'espèce contient l'individu. On précisera que le genre contient l'espèce en tant qu'il peut être spécifié par la différence, non en tant que l'espèce serait partie de la définition du genre ; tout au contraire, c'est le genre qui se prédique de l'espèce (Cat. 3). Conséquemment, au plan logique, loin que l'individu, substance première, contienne l'espèce, c'est l'espèce, substance seconde, qui contient l'individu. Mais si on passe de l'extension à la compréhension, c'est l'universel qui se prédique du singulier. Quand donc Aristote dit, Cat. 2 : « Parmi les êtres, les uns sont affirmés d’un sujet, tout en n’étant dans aucun sujet », il affirme que, quant à l'extension, l'espèce n'est pas dans l'individu mais l'individu dans l'espèce, de sorte que la substance seconde « homme » n'est pas dans la substance individuelle qu'est cet homme-ci ; tandis que, quant à la compréhension, l'universel se prédique du singulier. Si donc la vérité est adéquation de la pensée au réel, l'universel ne se prédique du singulier que parce que le singulier réalise ce que l'universel signifie. En d'autres termes, quant à la compréhension, l'universel est dans le singulier (universel in re), non comme universel ou prédicat mais comme essence d'où s'abstrait l'universel prédiqué au singulier : en tant que l'individu réalise en l'individuant ce qui est signifié par l'universel présent en l’intellect, ce que signifie l'universel est dans le singulier. On voit donc en quel sens Aristote nie que l'universel soit dans le singulier : en tant qu'universel, non en tant qu'essence signifiée par l'universel qui s'en abstrait. En ce passage de l'extension à la compréhension, des intentions secondes aux intentions premières, des prédicables aux prédicaments, s'opère le passage de la Logique à la Physique. En tant qu'il est une intention, le prédicament ressort, comme le prédicable, de la Logique ; mais en tant qu'il s'attribue à une substance prime hylémorphique, l'attribution relève de la Physique en tant que cette science traite de manière générale des réalités singulières soumises au mouvement. Plus globalement, nous devons conclure que les catégories aristotéliciennes relèvent de la Logique en tant quelles sont des prédicaments, de la Métaphysique en tant qu’elles signifient des modes réels divers de l’être réel.


DEUXIÈME ET TROISIÈME TYPES : « D’autres sont dans un sujet, mais ne sont affirmés d’aucun sujet (par dans un sujet, j’entends ce qui, ne se trouvant pas dans un sujet comme sa partie, ne peut être séparé de ce en quoi il est) : par exemple, une certaine science grammaticale existe dans un sujet, savoir dans l’âme, mais elle n’est affirmée d’aucun sujet ; et une certaine blancheur existe dans un sujet, savoir dans le corps (car toute couleur est dans un corps), et pourtant elle n’est affirmée d’aucun sujet. D'autres sont à la fois affirmés d'un sujet et dans un sujet : par exemple la science est dans un sujet, savoir dans l'âme, et elle est aussi affirmée d'un sujet, la grammaire. »

Tricot explique comme suit : « Définition de l'accident. L'accident doit 1° être dans un sujet ; 2° ne pas être une partie du tout, comme l'âme ou la main... ; 3° être inhérent au sujet et ne pouvoir exister sans lui. »

Aristote précise que l'accident est un prédicable (Top. I, 5) : « L'accident est ce qui, n'étant... ni définition, ni propre, ni genre, appartient cependant à la chose ; ou encore, c'est ce qui peut appartenir ou ne pas appartenir à une seule et même chose, quelle qu'elle soit. » S'il ne fait pas du propre un accident, c'est que : « Le propre est ce qui, tout en appartenant pas à la quiddité de la chose, appartient pourtant à cette seule chose et peut se réciproquer avec elle. » Reste pourtant que le propre, n'appartenant pas à la quiddité de la chose tout en en découlant nécessairement, signifie du fait même une entité distincte de la chose dont il se prédique, raison pourquoi on en fait un accident inséparable, en tant qu’il ne se prédique pas essentiellement.

En Top. I, 9, Aristote étudie en quelles catégories (prédicaments) se rencontrent les prédicables. Il commence par noter que chacune des catégories a une définition. En tant que les catégories sont des genres suprêmes, on ne trouvera en leurs définitions aucune différence spécifique. Reste pourtant qu’ils peuvent être définis essentiellement : « Et il est évident qu’en signifiant ce qu’est la chose, on signifie tantôt la substance, tantôt la qualité, tantôt l’une des autres catégories. » Pour chacune des catégories, le genre suprême qu’elle constitue est sa définition essentielle : « Et de même dans les autres catégories : pour chacune des notions de cette nature, si, d’une chose donnée, on affirme soit la chose elle-même, soit son genre, c’est l’essence qu’on exprime… » Immédiatement après, il note que les catégories autres que la substance en sont des accidents : « …quand au contraire c’est sur une chose autre que la chose elle-même que porte l’affirmation, ce n’est pas l’essence qu’on exprime, mais la quantité, la qualité, ou l’une des autres catégories. » (Top. I, 9). Bref, la catégorie étant un genre suprême, quand ce genre est prédiqué de la catégorie qu’il constitue, la prédication est essentielle : « c’est l’essence qu’on exprime » (Top. I, 9), « l’être se dit de l’être par essence » (Mét. V, 7) ; mais quand il ne signifie pas l’essence du sujet duquel il se prédique, la prédication est accidentelle : « ce n’est pas l’essence qu’on exprime » (Top. I, 9), « l’être se dit de l’être par accident » (Mét. V, 7).

« L’être se dit de l’être par accident ou de l’être par essence. » (Mét. V, 7). Quand le prédicat donne l’essence du sujet, la prédication est essentielle, et l’être signifié par le prédicat est un « être par essence » ; quand le prédicat n’exprime pas l’essence du sujet, la prédication est accidentelle, et l’être signifié par le prédicat est un « être par accident ».
- Prédication par essence : « L’être par essence reçoit toutes les acceptions qui sont indiquées par les types de catégories, car les sens de l’être sont en nombre égal à ces catégories. Puis donc que, parmi les prédicats, les uns signifient la substance, d’autres la qualité, d’autres la quantité, d’autres…, à chacune de ces catégories répond un sens de l’être. » (Mét. V, 7).
- Prédication par accident : Outre que l’être par accident, le prédicable accident, se prédique accidentellement du sujet réel, la totalité des prédicaments, même celui de substance prime, peut être prédiqué par accident.

Aristote distingue trois cas où « les choses sont dites par accident » : « Quand des choses sont dites par accident c’est ou parce que les accidents appartiennent au même sujet existant, ou parce que le prédicat est un accident du sujet existant, ou enfin parce que le sujet existant est lui-même prédicat de l’accident qui lui appartient. » (Mét. V, 7).
1° « Parce que les accidents appartiennent au même sujet existant », quand de deux accidents appartenant au même sujet l’un est prédiqué à l’autre : « Si nous disons… que ‘‘le blanc est musicien’’ ou que ‘‘le musicien est blanc’’, ces deux dernières expressions signifient que l’un et l’autre attributs sont des accidents du sujet existant » (Mét. V, 7).
2° « Ou parce que le prédicat est un accident du sujet existant », comme quand on dit « l’homme est musicien » : « Si nous disons que ‘‘l’homme est musicien’’ et que ‘‘le musicien est homme’’… la première expression [signifie] que l’attribut est un accident de l’être [réel], et ‘‘le musicien est un homme’’, que le musicien est un accident de l’homme » (Mét. V, 7). La première expression ne pose pas de difficulté : le prédicat est un accident de la substance. La seconde introduit une bizarrerie, puisqu’il faudrait, à ce qu’il semble, la ranger dans le troisième cas, celui ou le sujet existant est prédiqué de son accident. L’explication me semble être que la substance n’est prédiquée par accident que pour autant que le sujet logique dont elle se prédique lui soit un accident réel (une entité réelle dont la notion s’attribue par accident à la substance). En d’autres termes le troisième cas ne s’explique que par le second. Tricot l’explique de la même manière : « quand, dans l’attribution contre-nature [para phusin] (le musicien est un homme), le sujet est un accident du prédicat et que le prédicat existe, le musicien est un homme, suppose l’existence de l’homme, prédicat apparent qui est, en réalité, sujet. »
3° « Ou enfin parce que le sujet existant est lui-même prédicat de l’accident qui lui appartient ». C’est ici qu’il faudrait normalement colloquer la proposition « le musicien est homme ». L’exemple donné par Aristote est le suivant : « On dit que ‘‘le non-blanc est’’, parce que ce dont il est l’accident est. » (Mét. V, 7).

S’en suit que ces catégories signifient « par essence » en tant que catégories ; « par accident » en tant que prédicats de la substance. Sous la première raison (genres suprêmes) elles sont objet de science, sous la seconde (accidents de la substance) elles ne le sont pas : « l’être par accident n’est jamais objet de spéculation… aucune science, ni pratique, ni poétique, ni théorique ne s’en occupe… il n’y a pas de science de l’accident, car l’accident n’a, en quelque sorte, qu’un être nominal » (Mét. VI, 2). S’il n’y a pas de science de l’accident, c’est qu’il n’est de science que du nécessaire, autrement dit du « par essence », tandis que l’accident « n’est ni toujours ni le plus souvent » (Mét. VI, 2).

Quant à dire qu’il n’aurait d’être que nominalement, comment l’entendre ? Quant à la substance prime prédiquée par accident d’un de ses accidents, elle n’est pas un accident réel ; l’expression ne la vise donc pas. Quant aux accidents réels de la substance, m’est avis qu’Aristote vise ici les accidents dont il est question au deuxième type d’êtres. Les deuxième et troisième types distinguent les êtres selon que ceux-ci « sont dans un sujet, mais ne sont affirmés d’aucun sujet » ou qu’ils « sont à la fois affirmés d'un sujet et dans un sujet ». Disant « dans un sujet », il vise les accidents. Les exemples donnés expliquent la différence des types. Dans les deux cas il envisage un habitus cognitif : « la science grammaticale » (2è type) ; « la science » (3è type). Si « la science » s’affirme d’un sujet, c’est en tant que prédicat essentiel du sujet qu’elle définit : elle est le genre inclut dans la définition de l’espèce « science grammaticale » ; à ce titre, en tant que prédicat essentiel, elle est un « être par essence » : « la science est dans un sujet, savoir dans l'âme, et elle est aussi affirmée d'un sujet, la grammaire » (Cat. 2). À l’inverse, la « science grammaticale » n’entre pas dans la définition de son genre : « une certaine science grammaticale existe dans un sujet, savoir dans l’âme, mais elle n’est affirmée d’aucun sujet » (Cat. 2). Le prédicat n’entrant pas dans la définition de son sujet, la prédication est accidentelle, et l’être signifié par le prédicat est un « être par accident » : relativement à l’essence de son sujet, c’est un non-être.


QUATRIÈME TYPE : « D'autres êtres enfin ne sont ni dans un sujet ni affirmés d'un sujet, par exemple cet homme, ce cheval... »

Aristote vise ici les substances premières. Elles ne sont pas dans un sujet. Elles ne sont pas d’avantage affirmées d’un sujet puisque, alors même qu’on en ferait, dans une prédication par accident, des prédicats de leurs accidents, elles ne pourront entrer dans la définition essentielle de ces accidents, qui se fera par le genre ultime autre que substance que ces accidents sont ou auquel ils se subalternent quant à l’espèce.


II – RÉPONSE.

Vous vous fondiez sur Cat. 2 pour me répondre : « Les gamètes ne sont en tout cas pas des accidents de l'être humain, car elles en sont séparables comme un pied ou une main. Ainsi s'exprime Aristote dans Les Catégories ».

Quelques remarques.

1. Rien dans le texte que vous citiez ne vous permet d’affirmer que la séparabilité n'appartienne qu'à la substance : il est des accidents séparables.

2. Mon interrogation quant aux gamètes ne consiste pas à demander si elles sont des parties corporelles d’une substance prime, mais si elles sont des substances primes. Or la main est dite substance en tant que partie corporelle de la substance prime dont elle est la main, non en tant qu’elle serait une substance prime. « Aussi appelons-nous d’ordinaire des substances non seulement les animaux, leurs plantes, et leurs parties, mais encore mes corps naturels… » (Mét. VII, 2). M’est en l’état impossible d’envisager que la main soit, au sens fort, une substance prime, puisqu’elle se prédique de la substance prime dont elle est la main. Étant affirmées d’un sujet réel, s’exclut aux termes de Cat. 2 que les mains soient à proprement parler des substances primes, lesquelles « ne sont ni dans un sujet ni affirmés d'un sujet ».

Ceci dit, je suis en train de colliger les textes où Aristote traite de la substance. Si quelqu’un avait les références de ceux où Aristote parle de la main comme d’une substance, et qu’il me les communiquait ici, je lui serais gré de sa gentillesse.

Cordialement.




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Cher Guy,

« Lorsque le lézard n’hésite pas à abandonner sa queue pour ne pas se faire attraper, vous êtes en présence de deux substances, l’une vivante, le lézard amputé, et l’autre morte, la queue coupée. Les deux répondent au critère de perseité locale qui caractérise la substance physique. Nous avons deux substances en acte, là où, avant la saisie, il n’y en avait qu’une en acte, mais deux en puissance. Il en va de même de votre pauvre hère décérébré par une balle de revolver. Une seule substance actuelle avant le coup de feu, mais plusieurs en puissance, qui s’actualisent au fur et à mesure de la décomposition du cadavre (plus quelques éclats de cervelle éparpillés çà et là). »

Pardonnez ma bêtise, mais il y a là trois choses que je ne comprends pas.

1. La queue morte du lézard serait une substance en acte ? En acte mais morte ?
2. N’est-ce pas plutôt désormais un amas de cellules sans unité substantielle, raison pourquoi la figure de la queue coupée est inéluctablement amenée à se dissoudre, cette figure étant l’héritage d’un temps où la queue, partie corporelle de la substance lézard, était sous l’influence de la forme substantielle du lézard, forme faisant précisément défaut à l’appendice amputé ?
3. Les substances s’actualisant au fur de la décomposition cadavérique s’actualisent comment ? Quelle cause efficiente leur donne d’être en acte ?

« Là-dessus, je rejoins la remarque de Stagire, votre approche est trop commune par rapport à la spécificité représentée par la substance animale. »

Je me lance dans quelques heures dans l’étude des Parties des animaux et de la Génération des animaux. J’ai vu que le premier livre des Parties posait la méthodologie en zoologie. Est-ce à cela que vous faisiez référence ?

Cordialement.

ZZ.



Message modifié (08-04-2017 11:46)

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 Re: Questions quant à l'hylémorphisme.
Auteur: Stagire 
Date:   10-04-2017 19:49

Cher Zarbor Zarvaj,

> Nous avons donc ici quatre types d’être recensés.
> 1° Les êtres qui « sont affirmés d’un sujet, tout en n’étant
> dans aucun sujet » sont les substances secondes.
> 2° Les êtres qui « sont dans un sujet, mais ne sont affirmés
> d’aucun sujet » sont les accidents des substances premières
> n’entrant pas dans la définition essentielle d’autres entités
> elles-mêmes prédiquées accidentellement des substances
> premières.
> 3° Les êtres qui « sont à la fois affirmés d'un sujet et dans
> un sujet » sont des accidents des substances premières entrant
> dans la définition essentielle d’autres entités elles-mêmes
> prédiquées accidentellement des substances premières.
> 4° Les êtres qui « ne sont ni dans un sujet ni affirmés d'un
> sujet » sont les substances premières.

Une étude du texte aristotélicien impose la clarification des trois termes : «singulier», «particulier», «universel», en :

a) singulier (καθ´ ἕκαστον) : «ça1, ça2, ça3, ... , «çai», ...», ce qui n’est dit d’aucun sujet (ἐστὶν οὔτε καθ´ ὑποκειμένου λέγεται), numériquement un (ἓν ἀριθμῷ), divers ;

b) particulier (ὁ τὶς ἄτομος) individu déterminé (individuum determinatum) : partie (τὸ μέρος) individuelle déterminée du tout (τὸ πας) universel, non-divers, v.g. ce cheval (ὁ τὶς ἵππος) ;

c) particulier (τὶς ἄτομος) individu indéterminé (individuum vagum) : partie (τὸ μέρος) individuelle indéterminée du tout (τὸ πας) universel, non-divers, v.g. quelque cheval (τὶς ἵππος) ;

d) universel (τὸ καθόλου) : ce qui est dit de plusieurs (ἐπὶ πλειόνων) sujets (ὑποκειμένον), tout (τὸ πας) universel, non-divers, v.g. cheval (ἵππος).

> PREMIER TYPE : « Parmi les êtres, les uns sont
> affirmés d’un sujet, tout en n’étant dans aucun
> sujet
: par exemple, homme est affirmé d’un sujet,
> savoir d’un certain homme, mais il n’est dans aucun sujet.
> »

>
> Les « êtres » dont il s'agit ici ne sont pas des réalités, des
> « êtres réels » mais des notions, des « êtres de raison », des
> entités logiques.

Ce qui est donné à connaître est d’abord un objet. Le mot «ob-jet» signifie «jeté devant»; l’objet est jeté devant une faculté de connaissance.

Le mot «sujet» est «ce dont on parle». Lorsqu’on parle de ce qui est jeté devant une faculté de connaissance intellective, puisqu’on en parle, il devient le sujet du discours, et ce qu’on en dit est prédicat.

On ne parle que de ce qui est connu, et ce qu’on en dit est prédicat. Il s’ensuit que ce qui est «affirmé d’un sujet, tout en n’étant dans aucun» concerne une réalité connue selon sa «ratio». Une réalité connue selon sa «ratio», ou la notion qu’on en a, est une réalité, et non un être de raison. Mais, la réalité connue selon sa «ratio», qui est elle-même une réalité dite intentionnelle, est elle-même connaissable, et la notion ce cette réalité dite intentionnelle est, elle, un être dit de raison.

> Aristote précise que l'accident est un prédicable (Top. I, 5) :
> « L'accident est ce qui, n'étant... ni définition, ni
> propre, ni genre, appartient cependant à la chose ; ou encore,
> (…)
> En Top. I, 9, Aristote étudie en quelles catégories
> (prédicaments) se rencontrent les prédicables. Il commence par
> noter que chacune des catégories a une définition. En tant que
> les catégories sont des genres suprêmes, on ne trouvera en
> leurs définitions aucune différence spécifique.

Il s’impose de distinguer l’accident prédicable et l’accident prédicamental.

L’expression «genres suprêmes» est une définition où «suprême» est différence spécifique.

Cordialement



Message modifié (10-04-2017 19:50)

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 Re: Questions quant à l'hylémorphisme.
Auteur: ouiouioui 
Date:   11-04-2017 23:17

Zarbor Zarvaj a écrit:


>
> II – RÉPONSE.
>
> Vous vous fondiez sur Cat. 2 pour me répondre : « Les
> gamètes ne sont en tout cas pas des accidents de l'être humain,
> car elles en sont séparables comme un pied ou une main. Ainsi
> s'exprime Aristote dans Les Catégories »
.
>
> Quelques remarques.
>
> 1. Rien dans le texte que vous citiez ne vous permet d’affirmer
> que la séparabilité n'appartienne qu'à la substance : il est
> des accidents séparables.
>

Si vous suivez la définition de l'accident donnée par Tricot, qui me paraît juste, alors il ne peut y avoir des accidents séparables. Revoici cette définition que vous avez vous-même citée:

« Définition de l'accident. L'accident doit 1° être dans un sujet ; 2° ne pas être une partie du tout, comme l'âme ou la main... ; 3° être inhérent au sujet et ne pouvoir exister sans lui. »

Le texte que j'ai cité suffit d'ailleurs à l'établir. En effet, dans ce texte, Aristote définit l'expression "dans un sujet". Revoici cette définition:
"par dans un sujet, j’entends ce qui, ne se trouvant pas dans un sujet comme sa partie, ne peut être séparé de ce en quoi il est"

Or tout accident existe "dans un sujet". S'en suit qu'aucun accident n'est séparable.
Or les gamètes sont bien sûr séparables. Elles peuvent vivre, durant un certain temps ou dans certaines conditions, hors du corps humain. Elles ne sont donc pas des accidents du corps humain.

> 2. Mon interrogation quant aux gamètes ne consiste pas à
> demander si elles sont des parties corporelles d’une substance
> prime, mais si elles sont des substances primes. Or la main est
> dite substance en tant que partie corporelle de la substance
> prime dont elle est la main, non en tant qu’elle serait une
> substance prime. « Aussi appelons-nous d’ordinaire des
> substances non seulement les animaux, leurs plantes, et leurs
> parties, mais encore mes corps naturels… » (Mét. VII, 2). M’est
> en l’état impossible d’envisager que la main soit, au sens
> fort, une substance prime, puisqu’elle se prédique de la
> substance prime dont elle est la main. Étant affirmées d’un
> sujet réel, s’exclut aux termes de Cat. 2 que les mains soient
> à proprement parler des substances primes, lesquelles « ne sont
> ni dans un sujet ni affirmés d'un sujet ».
>

Puisque les gamètes ne sont pas "dans un sujet" au sens d'Aristote, on peut bien dire qu'elles sont des substances primes.

>
> 1. La queue morte du lézard serait une substance en acte ? En
> acte mais morte ?

Elle n'est plus une queue de lézard en acte, mais elle est encore un tas de matière en acte. Elle est donc bien une substance en acte.

D.

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 Re: Questions quant à l'hylémorphisme.
Auteur: Stagire 
Date:   12-04-2017 01:09

ouiouioui a écrit:

> Si vous suivez la définition de l'accident donnée par Tricot,
> qui me paraît juste, alors il ne peut y avoir des accidents
> séparables.

L'accident prédicable peut être propre ou commun. L’accident commun, celui qui peut ne pas être prédiqué d’un sujet, et dont le nom supplée selon une valeur de suppléance personnelle, ou concrète commune est toujours séparable de l’espèce.
Mais, il se divise en séparable ou non séparable des individus appartenant à l’espèce.

Par exemple, être assis sur son train est un accident commun qui peut ne pas être prédiqué d’un chat, et il est séparable de l’individu, sans quoi ce chat ne pourrait jamais être debout.

Par contre, être de poil noir est un accident commun qui peut ne pas être prédiqué d’un chat, mais si le chat est noir, ce noir est non séparable de l’individu.

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 Re: Questions quant à l'hylémorphisme.
Auteur: ouiouioui 
Date:   13-04-2017 20:33

Stagire a écrit:

>
> Par exemple, être assis sur son train est un accident commun
> qui peut ne pas être prédiqué d’un chat, et il est séparable de
> l’individu, sans quoi ce chat ne pourrait jamais être debout.
>

Par "être séparable" il faut entendre, il me semble, "pouvoir continuer à être sans". Il faut donc distinguer "être séparable" du point de vue de la substance et du point de vue de l'accident. Certes, du point de vue de la substance, on peut dire qu'il y a des accidents qui sont séparables, en ce sens que la substance peut continuer à être sans eux. Mais il faudrait plutôt dire en ce cas que c'est la substance qui est séparable des accidents. Par contre, "être séparable" ne convient pas au point de vue de l'accident à strictement parler, car un accident ne peut continuer à être sans la substance en laquelle il inhère. Cela se voit bien dans votre exemple: le chat peut continuer à être sans sa position assise, mais pas sa position assise sans lui.
Ainsi l'on voit bien, comme je l'ai dit, que les gamètes ne sont pas des accidents du corps humain, puisqu'elles peuvent continuer à être sans ce corps.

D.

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 Re: Questions quant à l'hylémorphisme.
Auteur: Stagire 
Date:   14-04-2017 00:06

ouiouioui a écrit:

> Par "être séparable" il faut entendre, il me semble...

L'expression se prend en divers sens.

Cordialement

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 Re: Questions quant à l'hylémorphisme.
Auteur: Delaporte 
Date:   16-04-2017 18:05

Cher ZZ,

Vous demandez : « En quoi consistent la forme substantielle et l'éduction de la forme substantielle du zygote ? Puisqu'il s'agit de chimpanzé, dont l'âme est matérielle et se dissout à la corruption, la forme substantielle n'est pas infuse dans mais éduite de la matière du mixte (zygote). En quoi consiste cette forme substantielle ? Elle ne peut être ce qui est issu de la recombinaison génétique, l'adn étant molécule, donc matière déterminée. Quoi donc est-elle, et comment s'opère son éduction ? »

Question intéressante, qui rejoint la fin du livre Z et le livre θ de la Métaphysique où Aristote démontre que la forme est un composant distinct de la matière dans l’être concret. C’est-à-dire qu’elle est à la fois “quelque chose de réel” et rien de ce qu’est la matière.

Son éduction ne s’opère pas par elle-même, elle est le résultat de l’action de l’agent sur le patient, action qui n’est rien d’autre que la transmission de sa propre forme, substantielle ou accidentelle, car l’agent agit selon ce qu’il est. Dans le cas de la génération, la semence est potentiellement porteuse de beaucoup plus que ce qu’elle est en acte, car elle véhicule la vertu en acte du géniteur. C’est donc par la semence puis par la gestation comme instruments que l’agent “éduit” la forme de l’engendré à partir de sa matière, qui est la matière de la semence, mais aussi du géniteur.

Cordialement

L'animateur

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