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 La fierté est-elle un péché?
Auteur: Alcor 
Date:   05-05-2017 10:26

Si je prends la definition du Larousse:


"Littéraire.

Caractère de quelqu'un qui se croit supérieur aux autres ; morgue, arrogance, hauteur : Abaisser la fierté de quelqu'un.


Littéraire.

Indépendance de caractère de quelqu'un qui a le sentiment de son honneur ; dignité, noblesse, amour-propre : Il souffrait dans sa fierté d'homme.


Sentiment d'orgueil, de satisfaction légitime de soi ; ce qui fait concevoir ce sentiment : Il tire une grande fierté d'avoir achevé son entreprise."

Je dirais plutôt que oui, ne dit-on pas de façon péjorative: "il fait le fier" ou "c'est un fier à bras"

Donc "fier d'être français", "fierté gay" (gay pride), fier d'être un militaire (comme disait un adjudant) etc... tout ça c'est du péché et de l'orgueil?

Quand je pense qu'une question type de recrutement est "de quoi êtes-vous fier?", c'est une incitation au péché...

Saint Thomas dit quelque chose sur la fierté?



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 Re: La fierté est-elle un péché?
Auteur: Zarbor Zarvaj 
Date:   06-05-2017 15:46

Le péché c'est l'orgueil, le pire péché qui soit après la haine formelle de Dieu.

Cordialement.

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 Re: La fierté est-elle un péché?
Auteur: Delaporte 
Date:   06-05-2017 17:16

Cher Alcor,

Il me semble que ce qui ressemble le plus à votre fierté, est ce qu'Aristote appelle la vertu de magnanimité :

« C’est surtout en ce qui touche l’honneur et le déshonneur que l’homme magnanime se révèle, et les honneurs éclatants quand ils sont décernés par les gens de bien, lui feront ressentir une joie mesurée, dans la conviction qu’il n’obtient là que ce qui lui appartient en propre, ou même moins (puisqu’il ne saurait y avoir d’honneur digne d’une parfaite vertu) il ne les en acceptera pas moins de toute façon, parce que les hommes n’ont rien de mieux à lui offrir. Quant à l’honneur rendu par des gens quelconques et pour des raisons futiles il n’en fera absolument aucun cas (car ce n’est pas cela dont il est digne), et il agira de même pour le déshonneur (puisque aucun déshonneur ne peut qu’injustement s’attacher à lui). — C’est donc principalement de ce qui touche l’honneur, comme nous l’avons dit, que l’homme magnanime se préoccupe. Cependant, en ce qui concerne la richesse, le pouvoir, et la bonne ou mauvaise fortune en général, il se comportera avec modération, de quelque façon que ces avantages se présentent à lui il ne se réjouira pas avec excès dans la prospérité, ni ne s’affligera outre mesure dans l’adversité. En effet, même à l’égard de l’honneur il n’agit pas ainsi, et pourtant c’est le plus grand des biens (la puissance et la richesse n’étant des choses désirables que pour l’honneur qu’elles procurent : du moins ceux qui les possèdent souhaitent être honorés à cause d’elles) celui dès lors pour qui même l’honneur est peu de chose, à celui-là aussi tout le reste demeure indifférent. C’est pourquoi de tels hommes passent d’ordinaire pour dédaigneux. » (Aristote Ethique à Nicomaque L IV, ch. 7)

Cordialement

L'animateur

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 Re: La fierté est-elle un péché?
Auteur: Zarbor Zarvaj 
Date:   07-05-2017 00:04

Cher Guy,

Votre propos vise la « gloire formelle », soit « intrinsèque » : l'amour de sa propre et réelle perfection, soit « extrinsèque » : l'estime/l'amour pour la réelle perfection d'autrui. Le fondement d'un tel amour, c'est la réelle perfection de soi ou de l'autre, la « gloire objective », autrement dit « l'honneur ». De ceci assurément, une saine fierté.

(D'ailleurs la fin dernière absolue, surnaturelle, des créatures rationnelles, c'est Dieu glorifié au Ciel par ses saints. L’Écriture enseigne que « Dieu a tout fait pour sa gloire ». Le Concile de Vatican I, Constitution dogmatique Dei Filius, canon I, 5, porte : « Si quelqu'un ... nie que le monde ait été fait pour la gloire de Dieu ; qu'il soit anathème. » De même la fin dernière relative, surnaturelle, c'est la glorification des élus.)

La gloire, oui ; la vaine gloire, non.

Et puisque Alcor demande des textes, en voilà :

« La gloire signifie un certain éclat. Recevoir de la gloire, c'est recevoir de l'éclat, dit S. Augustin. Or l'éclat a une beauté qui frappe les regards. C'est pourquoi le mot de gloire implique la manifestation de quelque chose que les hommes jugent beau, qu'il s'agisse d'un bien corporel ou spirituel. Mais parce que ce qui est absolument éclatant peut être vu par la foule, et même de loin, le mot de gloire signale précisément que le bien de quelqu'un parvient à la connaissance et à l'approbation de tous, comme dit Salluste : "La gloire ne se limite pas à un individu." Mais en prenant le mot de gloire au sens large, cela ne consiste pas seulement dans la connaissance d'une foule, mais aussi d'un petit nombre, ou même de soi seul, lorsque l'on considère son propre bien comme digne d'éloge. Que l'on connaisse et approuve son propre bien, ce n'est pas un péché. S. Paul dit en effet (1 Co 2, 12) : "Nous n'avons pas reçu, nous, l'esprit du monde, mais l'Esprit qui vient de Dieu, pour connaître les dons gracieux que Dieu nous a faits." Pareillement, ce n'est pas un péché de vouloir que ses bonnes œuvres soient approuvées par les autres, car on lit en S. Matthieu (5, 16) : "Que votre lumière brille devant les hommes." C'est pourquoi le désir de la gloire, de soi, ne désigne rien de vicieux. Mais l'appétit de la gloire vaine ou vide implique un vice, car désirer quelque chose de vain est vicieux, selon le Psaume (4, 3) : "Pourquoi aimez-vous la vanité et cherchez-vous le mensonge ?" Or la gloire peut être appelée vaine pour trois motifs. 1° Du côté de la réalité dont on veut tirer de la gloire, lorsqu'on la demande à ce qui n'existe pas, ou à ce qui n'est pas digne de gloire, comme une réalité fragile et caduque. 2° Du côté de celui auprès de qui on recherche la gloire, comme l'homme dont le jugement est flottant. 3° Du côté de celui qui recherche la gloire, s'il ne rapporte pas l'appétit de sa gloire à la fin requise : l'honneur de Dieu ou le salut du prochain. » II-II, q.132, a.1, co.

« Comme nous l'avons dit plus haut la gloire est un effet de l'honneur et de la louange ; car du fait que quelqu'un est loué et qu'on lui montre du respect, on le fait briller dans la connaissance des autres. Et parce que la magnanimité, comme on l'a vu plus haut concerne les honneurs, il s'ensuit qu'elle concerne aussi la gloire, et puisqu'elle use modérément des honneurs, elle doit aussi user modérément de la gloire. Et c'est pourquoi l'appétit désordonné de la gloire s'oppose directement à la magnanimité. » II-II, q.132, a.2, co.

« Cela même est contraire à la grandeur d'âme, d'attacher tant de prix à de petites choses qu'on s'en glorifie. Aussi Aristote dit-il du magnanime : "Pour lui les honneurs sont peu de chose." Pareillement il estime peu ce que l'on recherche pour être honoré, comme la puissance et la richesse. Pareillement encore, il est contraire à la grandeur d'âme de se glorifier de qualités inexistantes. Aussi Aristote dit-il du magnanime : "Il se soucie de la vérité plus que de l'opinion." Pareillement encore, il est contraire à la grandeur d'âme de se glorifier du témoignage de la louange humaine, comme si on l'estimait d'un grand prix. Aussi Aristote dit-il encore du magnanime : "Il ne se soucie pas d'être loué." Et ainsi rien n'empêche que s'oppose à la magnanimité ce qui s'oppose à d'autres vertus, dans la mesure où est surestimé ce qui est de peu de valeur. » II-II, q.132, a.2, ad.1.

« Ensuite le péché de vaine gloire peut s'opposer à la charité du côté du vaniteux lui-même, qui reporte son intention sur la gloire comme sur sa fin ultime, car il y ordonne toutes ses œuvres de vertu, et pour obtenir cette fin, il n'hésite pas à commettre des actions contre Dieu. Il est alors mortel. Aussi S. Augustin dit-il : "Ce vice (l'amour de la louange humaine) est si ennemi de la foi fervente, lorsque le désir de la gloire triomphe dans le cœur de la crainte ou de l'amour de Dieu, qu'il a fait dire au Seigneur (Jn. V, 44) : ‘Comment pouvez-vous croire, vous qui attendez votre gloire les uns des autres, et ne cherchez pas la gloire qui vient de Dieu seul ?’" » II-II, q.132, a.3, co.

« Il y a deux façons de présenter les vices capitaux. Certains y mettent l'orgueil, et alors ils n'y mettent pas la vaine gloire. S. Grégoire, dans le texte allégué au commencement, fait de l'orgueil ou superbe la "reine de tous les vices" et il donne la vaine gloire, qui en naît directement, comme un vice capital. Et cela est raisonnable. L'orgueil en effet, comme on le dira plus loin, implique un appétit déréglé de supériorité. Or toute espèce de bien désirable est cause de perfection et de supériorité. C'est pourquoi les fins de tous les vices s'ordonnent à la fin de l'orgueil. Et à cause de cela on voit qu'il a une causalité générale sur les autres vices et ne doit pas être compté parmi ces principes spécifiques des vices que sont les vices capitaux. Or, entre les biens qui confèrent à l'homme une supériorité, le plus efficace paraît être la gloire, en ce qu'elle implique la manifestation de la bonté ; car, par nature, le bien est aimé et honoré de tous. C'est pourquoi, de même que par la gloire qui se trouve chez Dieu, on obtient une supériorité dans le domaine divin, de même par la gloire que donnent les hommes, on obtient une supériorité dans le domaine humain. Aussi, à cause de cette proximité avec la supériorité que les hommes désirent au maximum, il s'ensuit qu'elle est vivement désirable et que son désir déréglé donne naissance à plusieurs vices. C'est pourquoi la vaine gloire est un vice capital. » II-II, q.132, a.4, co.

« Comme on l'a dit précédemment les vices qui, de soi, ont pour fin celle d'un vice capital sont appelées ses filles. Or la fin de la vaine gloire est que l'on manifeste sa propre supériorité, nous l'avons montré plus haut. Or l'homme peut y tendre de deux façons.
« 1° Directement, par des paroles, et c'est la jactance ; soit par des actes : s'ils sont vrais et de nature à étonner : c'est la manie des nouveautés qui étonnent toujours ; s'ils sont faux, c'est l'hypocrisie.
« 2° Indirectement, on tente de manifester sa supériorité en montrant qu'on n'est pas inférieur aux autres. Et cela de quatre façons.
« 1. Quant à l'intelligence, et c'est l'entêtement par lequel on tient trop à son avis, sans vouloir suivre un avis meilleur.
« 2. Quant à la volonté, et c'est la discorde, lorsque l'on ne veut pas abandonner sa volonté propre pour s'accorder avec les autres.
« 3. Quant au langage, et c'est la dispute lorsque l'on querelle à grands cris.
« 4. Quant à l'action, et c'est la désobéissance lorsque l'on ne veut pas exécuter le précepte du supérieur. » II-II, q.132, a.5, co.

« L'orgueil (superbia) tire son nom de ce que l'on prétend volontairement à ce qui nous dépasse. Comme dit Isidore : "Le ‘superbe’ est ainsi appelé parce qu'il veut paraître supérieur à ce qu'il est : en effet celui qui veut dépasser ce qu'il est un orgueilleux." » II-II, q.162, a.1, co.

« On peut considérer le péché d'orgueil de deux façons : d'une première façon, selon le caractère spécifique, qui se prend de l'objet propre. A ce point de vue l'orgueil est un péché particulier, parce qu'il a un objet particulier ; c'est en effet l'appétit désordonné de sa propre excellence, nous l'avons dit. D'une autre façon, on peut considérer l'orgueil selon l'influence qu'il exerce sur les autres péchés. A ce point de vue il a une certaine généralité, en ce sens que l'orgueil peut engendrer tous les péchés, et cela de deux manières : directement d'abord, en tant que les autres péchés sont ordonnés à la fin de l'orgueil, qui est la supériorité du sujet, à laquelle peut être ordonné tout ce que l'on désire de façon désordonnée ; indirectement ensuite et par accident, par la suppression de l'obstacle au péché, en tant que par l'orgueil l'homme méprise la loi divine, qui l'empêche de pécher. Rappelons ce que dit Jérémie (II, 20) : " Tu as brisé ton joug, rompu tes liens, tu as dit : ‘je ne servirai pas’". Il faut savoir cependant que ce caractère général de l'orgueil signifie que tous les vices peuvent naître de l'orgueil, mais cela ne veut pas dire que tous naissent toujours de lui. En effet, quoique l'on puisse transgresser tous les préceptes de la loi en péchant de quelque façon par mépris, ce qui est le propre de l'orgueil, ce n'est cependant pas toujours par mépris que l'on transgresse les préceptes divins, mais parfois par ignorance, et parfois par faiblesse. C'est pourquoi S. Augustin peut dire : "Beaucoup de choses se font de façon vicieuse, qui ne se font pas par orgueil." » II-II, q.162, a.2, co.

« L'orgueil recherche l'excellence non seulement dans les choses sensibles, mais aussi dans les choses spirituelles. Il consiste même principalement dans le mépris de Dieu, comme dit l'Ecclésiastique (X, 12) : "Le principe de l'orgueil : c'est d'abandonner le Seigneur." » II-II, q.162, a.3, obj.3.

« L'orgueil s'oppose à l'humilité. Or l'humilité concerne proprement la sujétion de l'homme à Dieu, on l'a vu plus haut. C'est pourquoi, à l'inverse, l'orgueil concerne proprement le manque de cette sujétion : on s'élève au-dessus de ce qui nous a été fixé selon la règle ou mesure divine, contrairement à ce que dit S. Paul (II Co. X, 13) : "Pour nous, nous n'irons pas nous vanter hors de mesure, mais nous prendrons comme mesure la règle même que Dieu a assignée." Aussi lit-on dans l'Ecclésiastique (X, 12) que "le principe de l'orgueil de l'homme, c'est d'abandonner le Seigneur", car la racine de l'orgueil se montre à ce que l'homme, en quelque manière, ne se soumet pas à Dieu et à la règle qu'il a tracée. Or il est clair que le fait même de ne pas se soumettre à Dieu constitue un péché mortel, puisque c'est se détourner de lui. Il en résulte que l'orgueil, par son genre, est un péché mortel. » II-II, q.162, a.5, co.

« Dans le péché il faut envisager deux éléments : la conversion à un bien fini, qui constitue la matière du péché, et l'aversion loin du bien immuable, qui est la raison formelle et achevée du péché. Ce n'est pas le côté de la conversion qui fait de l'orgueil le plus grave des péchés, car l'élévation, que l'orgueilleux désire de façon désordonnée, n'est pas en elle-même ce qui est le plus opposé au bien de la vertu. Mais c'est du côté de l'aversion que l'orgueil a la plus grande gravité, car dans les autres péchés l'homme se détourne de Dieu soit par ignorance, soit par faiblesse, soit parce qu'il désire quelque autre bien, tandis que l'orgueil détourne de Dieu par le refus même de se soumettre à Dieu et à ses lois. C'est pourquoi Boèce dit que "tous les vices fuient loin de Dieu, mais seul l'orgueil s'oppose à Dieu". C'est ce qui fait dire aussi à S. Jacques (IV, 6) : "Dieu résiste aux orgueilleux." Ainsi donc, se détourner de Dieu et de ses préceptes qui, pour les autres péchés, est comme une conséquence, appartient essentiellement à l'orgueil, dont l'acte est le mépris de Dieu. Et parce que l'essentiel est plus important que l'accidentel, il s'ensuit que L'ORGUEIL EST, PAR SON GENRE, LE PLUS GRAVE DES PÉCHÉS, parce qu'il les dépasse dans cette aversion, qui donne sa forme complète au péché. » II-II, q.162, a.6, co.

« En tout genre ce qui est par soi est premier. Or nous avons dit plus haut que l'aversion qui nous détourne de Dieu, et qui donne au péché sa forme et son achèvement, appartient par soi à l'orgueil, tandis qu'elle n'appartient aux autres péchés que par voie de conséquence. Il s'ensuit que l'orgueil est essentiellement le premier des péchés ; et il est aussi le principe de tous les péchés, comme nous l'avons dit, en traitant des causes du péché, du côté de l'aversion, qui est dans le péché l'élément principal. » II-II, q.162, a.7, co.

« Comme nous l'avons dit plus haute, l'orgueil peut être considéré de deux façons, en lui-même, selon qu'il est un péché spécial ; et selon qu'il a une certaine influence sur tous les péchés. Or on appelle vices capitaux des péchés spéciaux d'où naissent de nombreux genres de péchés. C'est pourquoi certains, considérant l'orgueil selon qu'il est un péché spécial, l'ont rangé au nombre des vices capitaux. S. Grégoire, au contraire, considérant l'influence universelle qu'il exerce sur tous les vices, comme nous l'avons dit ne le range pas au nombre des vices capitaux, mais en fait "la reine et la mère de tous les vices". "Lorsque la superbe reine des vices, dit-il s'est emparée du cœur et en a triomphé, elle le livre bientôt, pour être dévasté, aux sept vices principaux, qui sont comme ses chefs d'armée, et d'où naissent une multitude d'autres vices." » II-II, q.162, a.8, co.


L'orgueil, dont « morgue » et « arrogance » citées par Alcor sont des symptômes, est amour déréglé de soi jusqu’au mépris de Dieu. C’est le pire péché qui soit après la haine formelle de Dieu.



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