Thomas d'Aquin en questions

 
 
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 Quodammodo 1
Auteur: Stagire 
Date:   12-12-2017 20:13

Cher Sibuet,

Le 06-12-2017, à 08:49, vous publiâtes une référence à Aristote, prise à Métaphysique 1045b 20 : «ἓν γάρ τι ἕκαστον, καὶ τὸ δυνάμει καὶ τὸ ἐνεργείᾳ ἕν πώς ἐστιν, ὥστε αἴτιον οὐθὲν ἄλλο πλὴν εἴ τι ὡς κινῆσαν ἐκ δυνάμεως εἰς ἐνέργειαν.»

À Sententia Metaphysicae, lib. 8 l. 5 n. 13, Thomas commente ce passage en introduisant «quodammodo» et «fit», comme suit : «1767. Quia unumquodque inquantum est, unum est, et potentia et actus quodammodo unum sunt. Quod enim est in potentia, fit in actu. Et sic non oportet ea uniri per aliquod vinculum, sicut ea quae sunt penitus diversa.»

Traduction : Car (Quia), tout ce qui a l’être (unumquodque inquantum est) possède une unité (unum est), et la puissance et l’acte (et potentia et actus) sont (sunt) en quelque sorte (quodammodo) une unité (unum). En effet, ce qui est en puissance (Quod enim est in potentia) vient (fit) en acte (in actu). Et ainsi (Et sic) il ne convient pas à celles-ci d’être unies l’une à l’autre (non oportet ea uniri) au moyen d’un lien quelconque (per aliquod vinculum), comme pour celles-là qui sont totalement différentes (sicut ea quae sunt penitus diversa).

Si, en quelque sorte (quodammodo), puissance et acte sont une unité, en quelque autre sorte (quodammodo), ils ne le sont pas. Lorsque, en quelque sorte (quodammodo), puissance et acte sont une unité, il ne leur convient pas d’être unies l’une à l’autre au moyen d’un lien quelconque.

C’est à bon escient que vous avez introduit cette référence parce que ces auteurs s'expriment sciemment. Pourquoi ? Parce que cet adverbe français a retenu le sens que prend, chez Thomas d’Aquin, le nom «science» (scientia), traduisant le verbe le nom «science» (ἐπιστήμὴ) chez Aristote.

Connaître de science consiste à connaître des principes (ἀρχὴ) et des causes (αἰτία). On distingue les principes communs (κοινά) à toute science et les principes propres (ἴδια) à chacune des sciences. Aristote expose les principes communs (κοινά) à toute science aux Seconds analytiques, que Thomas d’Aquin commente à Expositio libri Posteriorum Analyticorum. L’acquisition des principes s’accomplit par induction (ἐπαγωγῇ).

Cette induction est soutenue par le signe nécessaire, l’indice (τεκμήριον), exposé à Rhétorique 1357b 5 : J’appelle nécessaire (ἀναγκαῖα μὲν οὖν λέγω) les propositions qui servent de fondement au syllogisme (ἐξ ὧν γίνεται συλλογισμός) ; c’est pourquoi le tekmèrion est un de ces signes (διὸ καὶ τεκμήριον τὸ τοιοῦτον τῶν σημείων ἐστίν), et 20 : Nous avons donné dans les Analytiques (il s'agit surtout Premiers analytiques, 70a 2) des précisions plus détaillées sur ces questions et sur la raison pour laquelle certaines propositions sont impropres au syllogisme, tandis que d’autres ont pu entrer dans les syllogismes (εἴρηται μὲν καὶ νῦν, μᾶλλον δὲ φανερῶς καὶ περὶ τούτων, καὶ διὰ τίν᾽ αἰτίαν τὰ μὲν ἀσυλλόγιστά ἐστι τὰ δὲ συλλελογισμένα, ἐν τοῖς Ἀναλυτικοῖς διώρισται περὶ αὐτῶν).

Aristote traite encore du principe et de la cause à Métaphysique 1012b 34 et 1013a 24. Lorsqu’il commente ces passages, à Sententia Metaphysicae, lib. 5 l. 1 n. 2, Thomas d’Aquin écrit : Primo distinguit hoc nomen, principium. Secundo hoc nomen, causa, ibi, causa vero dicitur. Tertio hoc nomen, elementum, ibi, elementum vero dicitur. Procedit autem hoc ordine, quia hoc nomen principium communius est quam causa: aliquid enim est principium, quod non est causa; sicut principium motus dicitur terminus a quo. — Traduction du passage souligné : 750. Et il procède selon cet ordre parce que le nom principe est plus commun que le nom cause : il est possible en effet d’être principe sans être cause tout comme le principe du mouvement se dit du terme à partir duquel procède le mouvement.

Et, à Sententia Metaphysicae, lib. 5 l. 1 n. 3, il ajoute : Sciendum est autem, quod principium et causa licet sint idem subiecto, differunt tamen ratione. Nam hoc nomen principium ordinem quemdam importat; hoc vero nomen causa, importat influxum quemdam ad esse causati. — Traduction : 751. Mais il faut savoir que le principe et la cause, bien qu’identiques quant au sujet, diffèrent cependant quant à la notion. Car le nom de principe implique un certain ordre (ordinem), alors que celui de cause implique de son côté une influence (influxum) sur l’être de ce qui est causé.

Le nom «principe» vient du latin «princeps» (primus capere), soit ce qui est à prendre en premier parce qu’il est le premier. Par ailleurs, la cause, qui agit par causation, influence l’être de ce qui est causé, alors que l’être de ce qui est causé est celui d’un effet qui, lui, est proprement effectué, dans une effectuation.

Ci-après, sera conduite une exploration de ce que Thomas d’Aquin dit à propos du «quodammodo» et du «fit». Cette recheche concerne le mode selon lequel la puissance et l’acte sont en quelque sorte (quodammodo) une unité, si bien que ce qui est en puissance vient (fit) en acte. Pour ce faire, d’abord, un principe commun sera utilisé ; ensuite, un principe propre à la physique ; enfin, un principe propre à la métaphysique.

D’où trois parties :
Subalternation
Mobile-Entéléchie & Moteur
Possible-Actualisation & Agent



Message modifié (12-12-2017 20:17)

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