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 Quodammodo 2
Auteur: Stagire 
Date:   12-12-2017 20:18

Subalternation

Quel est, pour Thomas d’Aquin , le sujet de la physique, telle que l’expose Aristote ? À Physique, 185a 12, ce dernier écrit : Ἡμῖν δ' ὑποκείσθω τὰ φύσει ἢ πάντα ἢ ἔνια κινούμενα εἶναι· δῆλον δ' ἐκ τῆς ἐπαγωγῆς. — Traduction : Pour nous, posons comme principe que les êtres de la nature, en totalité ou en partie, sont mus ; c’est d’ailleurs manifeste par l’induction.

Dans son commentaire, à In Physic., lib. 1 l. 1 n. 3, Thomas d’Aquin écrit : Et quia omne quod habet materiam mobile est, consequens est quod ens mobile sit subiectum naturalis philosophiae. — Traduction : #3. Par ailleurs, tout ce qui comporte matière est mobile. L’être mobile, voilà donc le sujet de la philosophie naturelle.

Par opposition à la physique, quel est, pour Thomas d’Aquin, le sujet de la métaphysique ? À Métaphysique, 1003a 20, ce dernier écrit : Ἔστιν ἐπιστήμη τις ἣ θεωρεῖ τὸ ὂν ᾗ ὂν καὶ τὰ τούτῳ ὑπάρχοντα καθ' αὑτό. Αὕτη δ' ἐστὶν οὐδεμιᾷ τῶν ἐν μέρει λεγομένων ἡ αὐτή· οὐδεμία γὰρ τῶν ἄλλων ἐπισκοπεῖ καθόλου περὶ τοῦ ὄντος ᾗ ὄν, ἀλλὰ μέρος αὐτοῦ τι ἀποτεμόμεναι περὶ τούτου θεωροῦσι τὸ συμβεβηκός, οἷον αἱ μαθηματικαὶ τῶν ἐπιστημῶν.

Traduction : Il est une science qui considère l’Être en tant qu’Être, et qui considère en même temps toutes les conditions essentielles que l’Être peut présenter. Cette science-là ne peut se confondre d’aucune manière avec les autres sciences, qui ont un sujet particulier, puisque pas une de ces sciences n’étudie d’une manière universelle l’Être en tant qu’Être ; mais, le découpant dans une de ses parties, elles limitent leurs recherches aux phénomènes qu’on peut observer dans cette partie spéciale. C’est ce que font, par exemple, les sciences mathématiques.

Dans son commentaire, à Sententia Metaphysicae, lib. 4 l. 1 n. 1, Thomas d’Aquin écrit : Quia vero scientia non solum debet speculari subiectum, sed etiam subiecto per se accidentia: ideo dicit primo, quod est quaedam scientia, quae speculatur ens secundum quod ens, sicut subiectum, et speculatur ea quae insunt enti per se, idest entis per se accidentia. — Traduction : D’un autre côté, parce qu’une science ne doit pas seulement examiner le sujet qui lui est propre mais aussi les accidents essentiels qui lui appartiennent, c’est pourquoi il dit en premier lieu qu’il existe une science qui étudie comme sujet l’être en tant qu’être et qui examine aussi ¨ ce qui appartient par soi à l’être ¨, c’est-à-dire les accidents essentiels de l’être.

Pour Thomas d’Aquin, le sujet de la métaphysique, telle que l’expose Aristote, est donc : ens secundum quod ens. Et, à Sententia Metaphysicae, lib. 4 l. 1 n. 2, il précise : Dicit autem secundum quod est ens, quia scientiae aliae, quae sunt de entibus particularibus, considerant quidem de ente, cum omnia subiecta scientiarum sint entia, non tamen considerant ens secundum quod ens, sed secundum quod est huiusmodi ens, scilicet vel numerus, vel linea, vel ignis, aut aliquid huiusmodi.

Traduction : 530. Il parle cependant de l’être ¨ en tant qu’être ¨ parce que les autres sciences, qui se rapportent à des êtres particuliers, considèrent elles aussi l’être, puisque tous les sujets des sciences sont des êtres; cependant, elles n’étudient pas l’être en tant qu’être, mais seulement en tant qu’il est telle sorte d’être, à savoir par exemple le nombre, la ligne, le feu ou telle autre sorte d’être.

Alors que la physique, qui est une des «autres sciences (scientiae aliae)» que la métaphysique, considère l’ens secundum quod est mobile, la métaphysique considère l’ens secundum quod est ens. C'est ainsi que la métaphysique, qui traite de l’ens secundum quod est ens, recoupe l'ens de l’ens secundum quod est mobile, alors que le mobile, lui, relève de la physique. La nature de ce recoupement sera bientôt examiné.

À Métaphysique 1053b 20, Aristote écrit : τὸ γὰρ ὂν καὶ τὸ ἓν καθόλου κατηγορεῖται μάλιστα πάντων. — Traduction : «Car, être et un sont les plus universels de tous les prédicats. Dans son commentaire, à Sententia Metaphysicae, lib. 10 l. 3 n. 5, Thomas d’Aquin soutient : Sed oportet ens et unum magis universaliter et communiter de omnibus praedicari. — Traduction : «1965. Mais il faut bien que l’être et l’un soient attribués à tout le reste d’une manière encore plus universelle et commune.»

Quel est ce «omnibus», ce «tout le reste», dont le prédicat le plus universel et le plus commun qu’est être est prédiqué ? Ce «omnibus», ce «tout le reste», est l’ensemble de tous les sujets de prédication dont ce prédicat être, le plus universel et le plus commun, est prédiqué. En tant que prédiqué d’un tel sujet de prédication, le prédicat être sera le verbe conjugué à l’indicatif présent, soit est, ou ses dérivés lorsqu’il est conjugué à d’autres temps grammaticaux : était, fut, a été, sera. Quant au sujet de prédication duquel le prédicat être est prédiqué, du fait de cette prédication, il est un étant, en latin un ens.

Lorsqu’on dit que le sujet de la métaphysique est l’ens secundum quod est ens, cet ens secundum quod est ens est le nom du sujet de prédication dont est prédiqué le prédicat être, par exemple est, comme suit : ens, secundum quod est ens, est. Le sujet de prédication ens secundum quod est ens de cette phrase peut, lui-même, dans une autre phrase, devenir prédicat d’un quelconque sujet S, comme : S est un étant. Une telle phrase s’abrège en : S est. Car, comme l’écrit Aristote, à Seconds analytiques 90a 4, il convient de distinguer le «ὅτι ἔστιν ἐπὶ μέρους» et le «ὅτι ἔστιν ἁπλῶς» : est «ἐπὶ μέρους», «La lune subit une éclipse.» ; est «ἁπλῶς», «La lune est.». Ainsi, sur le modèle de S est un étant., on aura : «Dieu est.», «La substance est.», «La quantité est.», «La qualité est.», «L’action est.», «La passion est.» «La relation est.», «Le ‘ou’ est.», «La ‘quand’ est.», «La position est.», «L’avoir est.».

À Super Sent., lib. 1 d. 25 q. 1 a. 4 co., Thomas d’Aquin expose une distinction importante entre «ens» et «res», en ces termes : Respondeo dicendum, quod secundum Avicennam, ut supra dictum est, dist. 2, qu. 1, art. 3, hoc nomen ens et res differunt secundum quod est duo considerare in re, scilicet quidditatem et rationem ejus, et esse ipsius; et a quidditate sumitur hoc nomen res. Et quia quidditas potest habere esse, et in singulari quod est extra animam et in anima, secundum quod est apprehensa ab intellectu; ideo nomen rei ad utrumque se habet: et ad id quod est in anima, prout res dicitur a reor reris, et ad id quod est extra animam, prout res dicitur quasi aliquid ratum et firmum in natura. Sed nomen entis sumitur ab esse rei.

Traduction : Selon Avicenne, comme on l’a dit ci-dessus, dist. 2, qu. 1, a. 3, ces noms ‘étant’ [ens] et ‘chose’ [res] diffèrent selon qu’il y a à considérer deux aspects en réalité, à savoir la quiddité et sa nature (quidditatem et rationem), [d’une part], et son être (esse), [d’autre part], et ce nom ‘chose’ [res] est pris de la quiddité. Et parce que la quiddité peut avoir l’être (quidditas potest habere esse), dans le singulier qui est hors de l’âme, et dans l’âme, selon qu’elle est appréhendée par l’intellect ; alors le nom de ‘chose’ [res] se comporte vis-à-vis de l’un et l’autre, et pour ce qui est dans l’âme, dans la mesure où la chose est dite de reor (penser) et à ce qui est hors de l’âme, dans la mesure où la chose est dite comme quelque chose de pensé et de ferme (ratum et firmum) dans la nature. Mais le nom d’étant (ens) est pris de l’être (esse) de la chose (rei).

À Super Sent., lib. 1 d. 8 q. 4 a. 2 s.c. 2, Thomas d’Aquin expose que tout ce qui tombe dans un genre, bien que ce soit un ens, a une quiddité différente de son être : Tertia ratio subtilior est Avicennae. Omne quod est in genere, habet quidditatem differentem ab esse, sicut homo; humanitati enim ex hoc quod est humanitas, non debetur esse in actu ; potest enim cogitari humanitas et tamen ignorari an aliquis homo sit. Et ratio hujus est, quia commune, quod praedicatur de his quae sunt in genere, praedicat quidditatem, cum genus et species praedicentur in eo quod quid est.»

Traduction : Avicenne propose une troisième raison plus subtile. Tout ce qui est dans un genre (Omne quod est in genere) a une quiddité différente de l’être (habet quidditatem differentem ab esse), comme l’homme; car, à l’humanité de ce qui est humain, l’être en acte n’est pas dû ; en effet, humanité peut être pensée et, cependant, il peut être ignoré que quelque homme soit. Et la raison en est que, communément, ce qui est prédiqué de ceux qui sont dans un genre en prédique la quiddité, puisque le genre et l’espèce sont prédiqués de ce qui est quiddité.

À Super Sent., lib. 2 d. 3 q. 1 a. 5 co, Thomas d’Aquin précise ce point : Respondeo dicendum, quod secundum Avicennam, omne id quod habet esse aliud a sua quidditate, oportet quod sit in genere; et ita oportet quod omnes Angeli ponantur in praedicamento substantiae. Haec est enim ratio substantiae, prout est praedicamentum, secundum Avicennam, quod sit res quidditatem habens, cui debeatur esse per se, non in alio, scilicet quod sit aliud a quidditate ipsa: et ideo ex ipsa possibilitate quidditatis trahitur ratio generis: ex complemento autem quidditatis trahitur ratio differentiae, secundum quod appropinquat ad esse in actu; sed hoc differenter contingit in substantiis compositis et simplicibus: quia in compositis possibilitas est ex parte materiae, sed complementum est ex parte formae; et ideo ex parte materiae sumitur genus, et ex parte formae differentia: non autem ita quod materia sit genus, aut forma differentia, cum utrumque sit pars, et neutrum praedicetur; sed quia materia est materia totius, non solum formae; et forma perfectio totius, non solum materiae; ideo totum potest assignari ex materia et forma et ex utroque.

Traduction : Selon Avicenne, tout ce qui possède un acte d’être différent de sa quiddité doit se trouver dans un genre ; il est ainsi nécessaire que tous les anges soient situés dans le prédicament de la substance. En effet, selon Avicenne, la raison de substance, pour autant qu’elle est un prédicament, consiste en ce qu’elle soit une chose qui possède une quiddité, à laquelle est dû un acte d’être par soi, et non dans un autre, c’est-à-dire qu’il soit autre que la quiddité elle-même. C’est pourquoi la raison de genre est tirée de la puissance de la quiddité ; mais la raison de la différence est tirée de l’ajout à la quiddité, selon qu’elle s’approche de l’acte d’être en acte. Mais cela se produit différemment dans les substances composées et dans les substances simples, car, dans les substances composées, la puissance se prend du côté de la matière, mais l’ajout, du côté de la forme ; c’est pourquoi le genre se prend du côté de la matière, et la différence, du côté de la forme ; non pas que la matière soit le genre ou la forme, la différence, puisque les deux sont des parties et qu’aucun des deux n’est prédiqué, mais parce que la matière est la matière du tout, et non seulement de la matière. C’est pourquoi le tout peut être attribué selon la matière et la forme et selon les deux.

C’est ce qui explique que, à Contra Gentiles, lib. 1 cap. 21 n. 3, Thomas d’Aquin écrit :
Solum illud videtur esse praeter essentiam vel quidditatem rei quod non intrat definitionem ipsius: definitio enim significat quid est res. — Traduction : Seul semble rester en dehors de l'essence ou de la quiddité d'une chose ce qui n'entre pas dans la définition de cette chose. La définition exprime en effet ce qu'est la chose.

Et, à De veritate, q. 8 a. 8 co., il affirme : Et per hunc modum probat Avicenna, quod esse cuiuslibet rei praeter primum ens est aliquid praeter essentiam ipsius, quia omnia ab alio esse habent. — Traduction : Et Avicenne prouve de cette façon que, exception faite de l’être premier, l’être de n’importe quelle réalité est quelque chose en plus de son essence, car toutes choses ont l’être par autre chose.

En ce qui concerne les notions de «quiddité» et de «essence», à De ente et essentia, cap. 1, Thomas d’Aquin introduit le «quod quid erat esse» : Et quia illud, per quod res constituitur in proprio genere vel specie, est hoc quod significatur per diffinitionem indicantem quid est res, inde est quod nomen essentiae a philosophis in nomen quiditatis mutatur. Et hoc est quod philosophus frequenter nominat quod quid erat esse, id est hoc per quod aliquid habet esse quid. Dicitur etiam forma secundum quod per formam significatur certitudo uniuscuiusque rei, ut dicit Avicenna in II metaphysicae suae.

Traduction : Or, la définition indiquant ce qu’est (quid) la chose signifie ce par quoi les êtres sont constitués dans leur genre ou espèce propre; c’est pour cela que le terme essence a été changé par les philosophes en celui de quiddité, et c’est là ce qu’Aristote appelle souvent le quod quid erat esse, c’est-à-dire le ce qui fait qu’une chose est ce qu’elle est.

En résumé, tout sujet dont on prédique est est un ens. Tout tel ens est une res, une réalité. Toute telle res, ou réalité, est une quiddité ; cette quiddité a une essence qui détermine ce qu’elle est. Si l'essence de cette quiddité est identique à son esse, alors la res, ou réalité, est son être même (ipsum esse), et elle n’entre pas dans un genre. Si l'essence de cette quiddité n'est pas identique à son esse, alors cette essence est son quod quid erat esse, alors la res, ou réalité, entre dans un genre qui, avec la différence, est sujet à une définition qui exprime son quod quid erat esse.

C’est ainsi que l’ens secundum quod est mobile est ens secundum quod est ens, à titre de ens, ou lorsque considéré sous l’angle de l’ens, mais ne l’est plus lorsque considéré sous l’angle du mobile. L’ens secundum quod est mobile, en tant que mobile, est le nom du sujet de prédication dont est prédiqué le prédicat mouvoir, par exemple est mû. Il entre toujours dans un genre.

Cependant, comme l’ens secundum quod est ens de la métaphysique recoupe l’ens secundum quod est mobile de la physique, et ce, quant à l’ens seulement, puisque le mobile, lui, relève la physique, on dit que, entre la métaphysique et la physique, il y a subalternation, la métaphysique étant la science subalternante, alors que la physique est la science subalternée. Autrement dit, la physique est une science subalterne de la science qu’est la métaphysique, qui lui est supérieure.

Aristote aborde ce sujet à Seconds analytiques, 87a 30 87b 4. Thomas d’Aquin commente ces passages à Expositio Posteriorum Analyticorum, lib. 1 l. 25 n. 5 et l. 41 n. 2.

La relation de subalternation entre une science subalternante (supérieure) et une science subalternée (subalterne), est exposée par Thomas d’Aquin à De veritate, q. 15 a. 2 ad 15 : Ad decimumquintum dicendum, quod pro tanto dicitur ratio superior inferiorem movere, quia inferiores rationes regulandae sunt secundum superiores; sicut etiam scientia subalternata a subalternante regulatur. — Traduction : Si l’on dit que la raison supérieure meut la raison inférieure, c’est parce que les raisons inférieures doivent être réglées d’après les supérieures, tout comme la science subalternée est réglée par la subalternante.

La teneur même de cette relation tient donc en entier dans le «regulatur». Thomas d’Aquin présente deux aspects du «regulatur» dans deux autres passages du De veritate :

a) De veritate, q. 14 a. 9 ad 3. Ad tertium dicendum, quod ille qui habet scientiam subalternatam, non perfecte attingit ad rationem sciendi, nisi in quantum eius cognitio continuatur quodammodo cum cognitione eius qui habet scientiam subalternantem. Nihilominus tamen inferior sciens non dicitur de his quae supponit habere scientiam, sed de conclusionibus, quae ex principiis suppositis de necessitate concluduntur. — Traduction : Celui qui a une science subalternée n’atteint parfaitement la raison formelle de science qu’en tant que sa connaissance est liée en quelque sorte à la connaissance de celui qui a la science subalternante. Néanmoins, on attribue au savant inférieur la science non pas de ce qu’il suppose, mais des conclusions qui découlent nécessairement des principes supposés.

b) De veritate, q. 15 a. 2 ad 14. Ad decimumquartum dicendum, quod inferior ratio dicitur a superiori deduci, ratione eorum quae attendit inferior ratio, quae deducuntur ab his quae superior attendit: rationes enim inferiores a superioribus deducuntur. Unde nihil prohibet rationem inferiorem et superiorem esse unam potentiam; sicut videmus quod eiusdem potentiae est considerare principia subalternantis scientiae et principia subalternatae, quamvis haec ab illis deducantur. — Traduction : Il est dit que la raison inférieure provient de la supérieure, à cause des choses que considère la raison inférieure, et qui proviennent de celles que considère la raison supérieure : en effet, les raisons inférieures proviennent des supérieures. Rien n’empêche, par conséquent, que la raison inférieure et la raison supérieure soient une puissance unique ; de même, nous constatons qu’il appartient à la même puissance de considérer les principes de la science subalternante et ceux de la science subalternée, quoique ceux-ci soient déduits de ceux-là.

La subalternation de la physique à la métaphysique n'a pas échappée à Thomas d'Aquin puisque, à In Physic., lib. 3 l. 2 n. 3, il écrit : Et ideo omnino impossibile est aliter definire motum per priora et notiora, nisi sicut philosophus hic definit. Dictum est enim quod unumquodque genus dividitur per potentiam et actum. Potentia autem et actus, cum sint de primis differentiis entis, naturaliter priora sunt motu: et his utitur philosophus ad definiendum motum.

Traduction : 285. Consequently it is entirely impossible to define motion in terms of what is prior and better known otherwise than the Philosopher here does. For it has been pointed out already that every genus is divided by potency and act. Now potency and act, since they are among the first differences of being, are naturally prior to motion, and it is these that the Philosopher uses to define motion.

Traduction : Et c'est pourquoi il est entièrement impossible de définir le mouvement en termes de ce qui est antérieur et plus connu si ce n'est comme le philosophe définit celui-ci. Car, il fut dit que chaque genre est divisé par la puissance et l'acte. Or, comme la puissance et l'acte sont les premières différences de l'être, elles sont naturellement antérieurs au mouvement : et le philosophe les utilise pour définir le mouvement.

Les deux aspects du «regulatur» que Thomas d’Aquin expose plus haut emporte qu’on attribue au physicien la science des conclusions qui découlent nécessairement des principes supposés, soit la puissance et l’acte, mais non pas la science de ce qu’il suppose, la métaphysique. Cependant, on constate que la raison inférieure, à l’œuvre chez le physicien, et la raison supérieure, à l’œuvre chez le métaphysicien, sont une puissance unique de connaissance ; en effet, c’est ce que le passage du In Physic., lib. 3 l. 2 n. 3, cité plus haut, montre : c’est la même puissance cognitive qui considère les principes de la science subalternante, la métaphysique, et ceux de la science subalternée, la physique, quoique cette dernière soit réglée (regulatur) par la première.

Les principes de la science subalternante ici en cause sont la puissance et l’acte, en tant que partie principielle de l’ens secundum quod est ens, à l’exception de l’acte pur. Le principe de la science subalternée ici en cause est le mouvement, celui du ens secundum quod est mobile.

À In Physic., lib. 1 l. 1 n. 3, Thomas d’Aquin écrit que «omne quod habet materiam mobile» ; tout ce qui comporte matière est mobile. À Sententia Metaphysicae, lib. 6 l. 1 n. 20, il ajoute : Physica enim est circa inseparabilia et mobilia. — Traduction : 1163. La physique en effet a pour objet des êtres mobiles et inséparables de la matière.

Par contre, à Sententia Metaphysicae, lib. 6 l. 1 n. 22, on apprend que la métaphysique n’est pas «circa inseparabilia et mobilia». Thomas d’Aquin écrit : Advertendum est autem, quod licet ad considerationem primae philosophiae pertineant ea quae sunt separata secundum esse et rationem a materia et motu, non tamen solum ea; sed etiam de sensibilibus, inquantum sunt entia, philosophus perscrutatur.

Traduction : 1165. Il faut cependant remarquer que, bien qu’il appartienne à la philosophie première de considérer les choses qui sont séparées de la matière et du mouvement à la fois selon l’être et la notion (secundum esse et rationem), ce ne sont pas seulement ces êtres qu’elle considère, mais aussi les êtres sensibles dans la mesure où ils sont des êtres (inquantum sunt entia). C’est alors sous cet angle que la philosophie première les examine.

Comment les principes d’une science subalternée qui concerne des «inseparabilia et mobilia» peuvent-ils être réglés (regulatur) par ceux d’une science subalternante qui concerne des «separata secundum esse et rationem a materia et motu» ? Comment, de principes exigeant la matière, parvient-on à obtenir des principes ne l’exigeant pas ? Car, si la métaphysique considère aussi les êtres sensibles, elle le fait «sous un angle» bien précis selon lequel ni la matière ni le mouvement ne sont pris en compte comme tels.

La notion de «mouvement» est apparentée à celle de «mobile», qui peut être en mouvement ou au repos. En effet, ne peut être en mouvement que ce qui est mobile. Et, ce qui est au repos n’est pas moins mobile, ce sans quoi il ne serait pas au repos. Etlle est aussi apparentée à celle de «moteur», qui peut être mobile, et qui peut être immobile.

Si la puissance et l’acte sont naturellement antérieurs au mouvement, alors ils sont sont naturellement antérieurs au mobile puisque, comme on le verra bientôt, le mouvement est l’entéléchie du mobile, en tant que mobile.

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