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 Quodammodo 3
Auteur: Stagire 
Date:   12-12-2017 20:19

Mobile-Entéléchie & Moteur

De même que le sujet de la métaphysique, l’ens secundum quod est ens, est le nom d’un sujet de prédication dont est prédiqué le prédicat être, par exemple est, de même le sujet de la physique, l’ens secundum quod est mobile, est le nom d’un sujet de prédication dont est prédiqué le prédicat mouvoir, par exemple est mû. Et, le sujet de prédication ens secundum quod est mobile de cette phrase peut, lui-même, dans une autre phrase, devenir prédicat d’un quelconque sujet S, comme : S est un étant mobile.

Que peut être un S dont l’ens secundum quod est mobile peut être dit ? La φύσις, la nature, est le sujet de prédication de l’ens secundum quod est mobile, selon Aristote, puisqu’il écrit à Physique 192b 20 : Ὥς οὔσης τῆς φύσεως ἀρχῆς τινὸς καὶ αἰτίας τοῦ κινεῖσθαι καὶ ἠρεμεῖν ἐν ᾧ ὑπάρχει πρώτως καθ' αὑτὸ καὶ μὴ κατὰ συμβεβηκός. — Traduction : Car la nature est un principe et une cause de mouvement et de repos pour ce en quoi elle réside immédiatement, par essence et non par accident.

Donc, l’ens secundum quod est mobile peut être prédiqué de tout S où se trouve, immédiatement, par essence, une φύσις, une nature. Bref, tout tel S dont l’ens secundum quod est mobile peut être prédiqué est une nature ou est naturel.

C’est ainsi que, à Physique 193a 1, Aristote écrit : Ὡς δ' ἔστιν ἡ φύσις, πειρᾶσθαι δεικνύναι γελοῖον· φανερὸν γὰρ ὅτι τοιαῦτα τῶν ὄντων ἐστὶν πολλά. Τὸ δὲ δεικνύναι τὰ φανερὰ διὰ τῶν ἀφανῶν οὐ δυναμένου κρίνειν ἐστὶ τὸ δι' αὑτὸ καὶ μὴ δι' αὑτὸ γνώριμον (ὅτι δ' ἐνδέχεται τοῦτο πάσχειν, οὐκ ἄδηλον· συλλογίσαιτο γὰρ ἄν τις ἐκ γενετῆς ὢν τυφλὸς περὶ χρωμάτων), ὥστε ἀνάγκη τοῖς τοιούτοις περὶ τῶν ὀνομάτων εἶναι τὸν λόγον, νοεῖν δὲ μηδέν.

Traduction : That nature exists, it would be absurd to try to prove; for it is obvious that there are many things of this kind, and to prove what is obvious by what is not is the mark of a man who is unable to distinguish what is self-evident from what is not.

Traduction : On vient de dire ce qu’est la nature, ce que c’est que d’être par nature et conformément à la nature. Quant à essayer de démontrer que la nature existe, ce serait ridicule; il est manifeste, en effet, qu’il y a beaucoup d’êtres naturels: Or démontrer ce qui est manifeste par ce qui est obscur, c’est le fait d’un homme incapable de distinguer ce qui est connaissable par soi et ce qui ne l’est pas.

La définition de la nature (φύσις) que donne Aristote est commentée par Thomas d’Aquin à In libros Physicorum. Alors qu’il affecte le livre I à l’examen des principes de l’ens mobile lui-même, et il dédie le livre II à celui des principes de la science dont le sujet est l’ens mobile. Le problème que pose la définition de la nature se trouve au livre II, celui qui énonce les principes de la science pertinente.

Afin de bien cerner ce problème, il suffit de retenir ce qu’il en dit à In Physic., lib. 2 l. 1 n. 3 et à In Physic., lib. 2 l. 1 n. 4 :

1. In Physic., lib. 2 l. 1 n. 3 :

a) Sed videtur hoc non esse verum, quod secundum quamlibet mutationem rerum naturalium, principium motus sit in eo quod movetur. In alteratione enim et generatione simplicium corporum, totum principium motus videtur esse ab extrinseco agente: puta cum aqua calefit, vel aer in ignem convertitur, principium mutationis est ab exteriori agente.

Traduction : 143. But it does not seem to be true that in every change of natural things a principle of motion is in that which is moved. For in the alteration and the generation of simple bodies, the whole principle of motion seems to be from an external agent. For example, when water is heated, or air is converted into fire, the principle of the change is from an external agent.

Traduction : Mais, il ne semble pas qu’il soit vrai que, en toute mutation de choses naturelles, un principe de mouvement soit dans ce qui est mû. Car, dans l’altération et la génération des corps simples, tout le principe du mouvement semble venir d’un agent extrinsèque : par exemple, lorsque l’eau devient chaude, ou que l’air est converti en feu, le principe du changement vient d’un agent externe.

b) Dicunt ergo quidam quod etiam in huiusmodi mutationibus principium activum motus est in eo quod movetur; non quidem perfectum, sed imperfectum, quod coadiuvat actionem exterioris agentis. Dicunt enim quod in materia est quaedam inchoatio formae, quam dicunt esse privationem, quae est tertium principium naturae; et ab hoc principio intrinseco generationes et alterationes corporum simplicium naturales dicuntur.

Traduction : Therefore, some say that even in changes of this sort an active principle of motion is in that which is moved, not perfectly, but imperfectly, which principle helps the action of the external agent. For they say that in matter there is a certain inchoateness of form, which they say is privation, the third principle of nature. And the generations and alterations of simple bodies are said to be from this intrinsic principle.

Traduction : Donc, certains disent que, même dans des mutations de cette sorte, un principe actif de mouvement est dans ce qui est mû ; non certes parfait, mais imparfait, qui assiste l’action de l’agent externe. En effet, ils disent que, dans la matière, est une certaine forme inchoative (inchoatio formae), qu’ils disent être une privation, qui est un troisième principe de la nature ; et, par ce principe intrinsèque, les générations et les altérations des corps simples sont dites naturelles.

c) Sed hoc non potest esse: quia, cum nihil agat nisi secundum quod est in actu, praedicta inchoatio formae, cum non sit actus, sed aptitudo quaedam ad actum, non potest esse principium activum. Et praeterea, etiam si esset forma completa, non ageret in suum subiectum alterando ipsum: quia forma non agit, sed compositum; quod non potest seipsum alterare, nisi sint in eo duae partes, quarum una sit alterans et alia alterata.

Traduction : But this cannot be. Since a thing acts only insofar as it is in act, the aforesaid inchoate state of form, since it is not act, but a certain disposition for act, cannot be an active principle. And furthermore, even if it were a complete form, it would not act on its own subject by changing it. For the form does not act, rather the composite acts. And the composite cannot alter itself unless there are two parts in it, one of which alters, the other of which is altered.

Traduction : Mais, ceci ne peut pas être : parce que, comme rien n’agit si ce n’est selon qu’il est en acte, la forme inchoative ci-haut mentionnée, comme elle n’est pas un acte (inchoatio formae non sit actus), mais une certaine aptitude à l’acte, ne peut être un principe actif. Et, de plus, même si elle était une forme complète, elle n’agirait pas sur son propre sujet en l’altérant : parce que ce n’est pas la forme qui agit, mais le composé ; lequel ne peut pas s’altérer lui-même, si ce n’est qu’il y ait deux parties en lui, dont une est l’altérante, et l’autre, l’altérée.

2. In Physic., lib. 2 l. 1 n. 4 :

a) Et ideo dicendum est quod in rebus naturalibus eo modo est principium motus, quo eis motus convenit. Quibus ergo convenit movere, est in eis principium activum motus; quibus autem competit moveri, est in eis principium passivum, quod est materia. Quod quidem principium, inquantum habet potentiam naturalem ad talem formam et motum, facit esse motum naturalem. Et propter hoc factiones rerum artificialium non sunt naturales: quia licet principium materiale sit in eo quod fit, non tamen habet potentiam naturalem ad talem formam. (…)

Traduction : 144. And so it must be said that a principle of motion is in natural things in the way in which motion belongs to them. Therefore in those things to which it belongs to move, there is an active principle of motion. Whereas in those things to which it belongs to be moved, there is a passive principle, which is matter. And this principle, insofar as it has a natural potency for such a form and motion, makes the motion to be natural. And for this reason the production of artificial things is not natural. For even though the material principle is in that which comes to be, it does not have a natural potency for such a form. (…)

Notre traduction : Et c’est pourquoi on dit qu’un principe de mouvement est dans les choses naturelles selon le mode par lequel le mouvement leur convient. Donc, un principe actif de mouvement est dans celles auxquelles il convient de mouvoir ; mais, un principe passif, qui est la matière, est dans celles auxquelles il convient d’être mues. Et, ce principe, dans la mesure où il a une puissance naturelle pour une telle forme et un tel mouvement (potentiam naturalem ad talem formam et motum), fait que le mouvement est naturel. Et, à cause de cela, les manières de produire les artéfacts ne sont pas naturelles : parce que, bien qu’un principe matériel soit dans ce qui devient, il n’a cependant pas une puissance naturelle à telle forme. (…)

Le Thomas d’Aquin relève un problème à propos de la définition que donne Aristote de la notion de nature à Physique 192b 20 : «principe et cause de mouvement et de repos pour la chose en laquelle elle réside immédiatement, par essence». Ce problème concerne «en laquelle elle réside».

Il ne semble pas qu’il soit vrai que, en toute mutation de choses naturelles, notamment dans l’altération et la génération de corps simples, le principe de mouvement soit dans ce qui est mû. Car, tout le principe du mouvement semble plutôt venir d’un agent extérieur à ce qui est mû, un moteur.

Afin de maintenir que le principe du mouvement est dans ce qui est mû lors d’altération et de génération de tels corps simples, relève Thomas d’Aquin, certains prétendent que, celles où un agent extrinsèque à ce qui est mû intervient, se trouve un principe actif de mouvement dans ce qui est mû, non parfait, certes, mais imparfait, qui assiste l’action de l’agent externe. En effet, disent-ils, une certaine forme inchoative, qu’ils disent être une privation, est dans la matière, comme troisième principe de la nature. C’est grâce à un tel principe actif intrinsèque que les générations et les altérations de corps simples peuvent être dites naturelles.

Mais, Thomas d’Aquin critique cette thèse de la forme inchoative : «Mais, ceci ne peut pas être». Pourquoi ? Rien n’agit si ce n’est selon qu’il est en acte. Or, la forme inchoative n’est pas un acte ; elle n’est qu’une certaine aptitude à l’acte ; elle ne peut donc pas être un principe actif. Même si elle était une forme complète, elle ne pourrait pas agir sur son propre sujet en l’altérant puisque que ce n’est pas la forme qui agit, mais le composé, qui ne peut pas s’altérer lui-même, à moins qu’il n’ait en lui deux parties, dont une est l’altérante, et l’autre, l’altérée. Sauf que, s’il y a en lui deux telles parties, l’une active, l’altérante, l’autre passive, l’altérée, le problème se déplace et demeure non résolu.

C’est pourquoi, afin de résoudre le problème, ajoute Thomas d’Aquin, on dit qu’un principe de mouvement est dans les choses naturelles selon le mode par lequel le mouvement leur convient. Un principe actif du mouvement se trouve dans celles auxquelles il convient de mouvoir, comme agent-moteur. Et, un principe passif, la matière, est dans celles auxquelles il convient d’être mues, le patient mû. Et, ce principe passif, le patient, dans la mesure où il est une puissance naturelle pour une telle forme et un tel mouvement, fait que le mouvement est naturel, i.e. vient de l’intérieur.

Ce principe passif, comme puissance naturelle pour une telle forme et un tel mouvement, ne se trouve pas dans les artéfacts, bien qu’il s’y trouve un principe matériel dans ce qui devient, mais ce n’est pas une puissance naturelle à telle forme. Ainsi se distinguent les choses naturelles et celles qui ne sont pas naturelles.

Mais, pour obtenir une parfaite résolution du problème, il s’impose d’éclaircir ce qui est entendu par : «un principe de mouvement est dans les choses naturelles selon le mode par lequel le mouvement leur convient».

Pour aller plus loin, il est nécessaire de se rendre au livre 3, là où Aristote donne la définition du mouvement. À Physique, 201a 9, on peut lire : Διηιρημένου δὲ καθ' ἕκαστον γένος τοῦ μὲν ἐντελεχείᾳ τοῦ δὲ δυνάμει, ἡ τοῦ δυνάμει ὄντος ἐντελέχεια, ᾗ τοιοῦτον, κίνησίς ἐστιν, οἷον τοῦ μὲν ἀλλοιωτοῦ, ᾗ ἀλλοιωτόν, ἀλλοίωσις, τοῦ δὲ αὐξητοῦ καὶ τοῦ ἀντικειμένου φθιτοῦ (οὐδὲν γὰρ ὄνομα κοινὸν ἐπ' ἀμφοῖν) αὔξησις καὶ φθίσις, τοῦ δὲ γενητοῦ καὶ φθαρτοῦ γένεσις καὶ φθορά, τοῦ δὲ φορητοῦ φορά.

Traduction : Étant donnée la distinction, en chaque genre, de ce qui est en entéléchie, et de ce qui est en puissance, l'entéléchie de ce qui est en puissance, en tant que tel, voilà le mouvement; par exemple de l’altéré, en tant qu’altérable, l’entéléchie est altération; de ce qui est susceptible d’accroissement et de son contraire ce qui est susceptible de décroissement (il n’y a pas de nom commun pour tous les deux), accroissement et diminution; du générable et du corruptible, génération et corruption; de ce qui est mobile quant au lieu, mouvement local.

Le mouvement, c'est l’entéléchie de ce qui est en puissance, en tant qu’il est en puissance :
a) de l’altéré, en tant qu’altérable, l’entéléchie est l’altération subie ;
b) de l’augmenté, en tant qu’augmentable, l’entéléchie est l’augmentation subie ;
c) du diminué, en tant que diminuable, l’entéléchie est la diminution subie ;
d) du généré, en tant que générable, l’entéléchie est la génération subie ;
e) du corrompu, en tant que corruptible, l’entéléchie est la corruption subie.

À In libros Physicorum, livre 3, leçon 2, aux numéros 283 à 290, Thomas d'Aquin commente la définition du mouvement que, à la leçon 3, aux numéros 291 à 296, il déclarera bonne. À In Physic., lib. 3 l. 2 n. 3, il la reprend en ces termes : philosophus definit motum, dicens quod motus est entelechia, idest actus existentis in potentia secundum quod huiusmodi. Traduction : le philosophe définit le mouvement comme l’entéléchie, i.e. l’acte d’un existant en puissance en tant qu’il est en puissance.

Pour mieux apprécier les considérations faites par Thomas d'Aquin sur le mouvement, il convient de prendre connaissance des principes de l’ens mobile lui-même exposés au livre I.

Aristote expose ces principes à Physique, 190b 29 : Διὸ ἔστι μὲν ὡς δύο λεκτέον εἶναι τὰς ἀρχάς, ἔστι δ' ὡς τρεῖς· καὶ ἔστι μὲν ὡς τἀναντία, οἷον εἴ τις λέγοι τὸ μουσικὸν καὶ τὸ ἄμουσον ἢ τὸ θερμὸν καὶ τὸ ψυχρὸν ἢ τὸ ἡρμοσμένον καὶ τὸ ἀνάρμοστον, ἔστι δ' ὡς οὔ· ὑπ' ἀλλήλων γὰρ πάσχειν τἀναντία ἀδύνατον. Λύεται δὲ καὶ τοῦτο διὰ τὸ ἄλλο εἶναι τὸ ὑποκείμενον· τοῦτο γὰρ οὐκ ἐναντίον. Ὥστε οὔτε πλείους τῶν ἐναντίων αἱ ἀρχαὶ τρόπον τινά, ἀλλὰ δύο ὡς εἰπεῖν τῷ ἀριθμῷ, οὔτ' αὖ παντελῶς δύο διὰ τὸ ἕτερον ὑπάρχειν τὸ εἶναι αὐτοῖς, ἀλλὰ τρεῖς· ἕτερον γὰρ τὸ ἀνθρώπῳ καὶ τὸ ἀμούσῳ εἶναι, καὶ τὸ ἀσχηματίστῳ καὶ χαλκῷ. Πόσαι μὲν οὖν αἱ ἀρχαὶ τῶν περὶ γένεσιν φυσικῶν, καὶ πῶς ποσαί, εἴρηται· καὶ δῆλόν ἐστιν ὅτι δεῖ ὑποκεῖσθαί τι τοῖς ἐναντίοις καὶ τἀναντία δύο εἶναι. Τρόπον δέ τινα ἄλλον οὐκ ἀναγκαῖον· ἱκανὸν γὰρ ἔσται τὸ ἕτερον τῶν ἐναντίων ποιεῖν τῇ ἀπουσίᾳ καὶ παρουσίᾳ τὴν μεταβολήν.

Traduction : C’est pourquoi, il faut dire que les principes sont en un sens deux, en un sens trois; et, en un sens, que ce sont les contraires, comme si on parle du lettré et de l’illettré, ou du chaud et du froid, ou l’harmonieux et du non-harmonieux ; en un sens, non car il ne peut y avoir de passion réciproque entre les contraires. Mais cette difficulté est levée à son tour par l’introduction d’un autre principe, le sujet; celui-ci, en effet, n’est pas un contraire ; ainsi, d’une certaine manière, les principes ne sont pas plus nombreux que les contraires, et ils sont, peut-on dire, deux quant au nombre; mais ils ne sont pas non plus absolument deux, mais trois ; par suite de la différence qui existe entre leurs essences, car l’homme et l’illettré sont différents dans leur essence, comme l’informe et l’airain. On a donc dit le nombre des principes pour les choses naturelles soumises à la génération et les raisons de ce nombre ; on voit qu’il faut un sujet aux contraires et que les contraires doivent être deux. D’une autre façon, ce n’est pas nécessaire; car l’un des contraires suffira, par sa présence ou son absence, pour effectuer le changement.

Thomas d'Aquin donne son commentaire à In Physic., lib. 1 l. 13 : Deinde cum dicit : unde est etc., solvit secundum determinatam veritatem dubitationes omnes praecedentes. Et concludit ex praedictis quod quodammodo dicendum est esse duo principia, scilicet per se ; et quodammodo tria, si coassumatur principium per accidens cum principiis per se. Et quodammodo sunt principia contraria, ut si aliquis accipiat musicum et non musicum, calidum et frigidum, consonans et inconsonans ; et quodammodo principia non sunt contraria, scilicet si accipiantur sine subiecto ; quia contraria non possunt pati ad invicem, nisi hoc solvatur per hoc, quod contrariis supponitur aliquod subiectum, ratione cuius ad invicem patiuntur. Et sic concludit quod principia non sunt plura contrariorum, idest contrariis, hoc est quam contraria ; sed sunt duo tantum per se. Sed nec totaliter duo, quia unum eorum secundum esse est alterum : subiectum enim secundum rationem est duo, sicut dictum est, et sic sunt tria principia : quia homo et non musicus, et aes et infiguratum differunt secundum rationem. Sic igitur patet quod priores sermones disputati ad utramque partem, fuerunt secundum aliquid veri, sed non totaliter.

Traduction : #114. — Le Philosophe résout ensuite toutes les difficultés antérieures en se fondant sur la vérité qu’il vient d’établir. En un sens, c’est-à-dire par soi, conclut-il, il y a deux principes ; mais en un autre sens, il y en a trois, si on ajoute le principe par accident aux principes par soi. En un sens, les principes sont par ailleurs des contraires : par exemple, le musicien et le non-musicien, le chaud et le froid, l’accordé et le désaccordé ; mais en un autre sens, ce ne sont pas des contraires, si on les prend sans leur sujet, car des contraires ne peuvent pas pâtir l’un de l’autre. Pour résoudre cette difficulté, il faut leur supposer un sujet ; alors ils peuvent pâtir l’un par l’autre. Les principes, conclut-il ainsi, ne sont pas plus nombreux “que les contraires”. Il n’y en a que deux par soi. Toutefois, ils ne sont pas non plus tout à fait deux seule­ment, puisque l’un d’eux inclut une différence essentielle ; le sujet, en effet, répond à deux notions. De la sorte, il y a trois principes, les notions d’homme et de non-musicien, d’airain et de sans-figure se trouvant différentes. Manifeste­ment donc, les discussions antérieures, en s’attaquant aux deux contradictoires, comportaient une part de la vérité, mais pas toute.

Comme «le nom de principe implique un certain ordre (ordinem)», quel est l’ordre selon lequel est composé le composé pertinent ? Thomas d'Aquin le précise à Sententia Metaphysicae, lib. 7 l. 7 n. 7 : Sciendum tamen quod licet in litera dicatur, quod forma fit in materia, non tamen proprie dicitur. Forma enim proprie non fit, sed compositum. Sicut enim dicitur forma esse in materia, licet forma non sit, sed compositum per formam: ita etiam proprius modus loquendi est, ut dicamus compositum generari ex materia in talem formam. Formae enim proprie non fiunt, sed educuntur de potentia materiae, inquantum materia quae est in potentia ad formam fit actu sub forma, quod est facere compositum.

Traduction : 1423. Il faut cependant savoir que, bien qu’on dise dans un document que la forme est engendrée dans une matière, on ne s’exprime pas d’une façon appropriée. En effet, la forme, à proprement parler, n’est pas engendrée, mais c’est le composé qui l’est. En effet, on dit, par exemple, que la forme existe dans la matière, bien que la forme n’existe pas, mais le composé par la forme : ainsi encore la manière appropriée de parler est de dire que le composé est engendré à partir d’une matière dans une forme qui est telle. En effet, les formes à proprement parler ne sont pas engendrées, mais elles sont tirées de la puissance de la matière dans la mesure où la matière qui est en puissance à la forme devient en acte sous la forme, et c’est là ce qu’on appelle produire un composé.

Les expressions «non tamen proprie dicitur» (ne s’exprime pas d’une façon appropriée) et «proprius modus loquendi» (manière appropriée de parler) que contient ces lignes sont importantes. Le «proprius modus loquendi» établit l’ordre qu’exigent les principes.

Les principes de l’ens mobile sont donc au nombre de trois : la matière-sujet, la privation de la forme et la forme. Ces principes impliquent un ordre dans la composition d’un composé. Au point de départ, le composé est fait d’une matière-sujet et d’une privation de la forme ; au point d'arrivée, il est fait d’une matière-sujet et d’une forme possédée, celle dont elle était indûment privée au point de départ.

Du composé, en tant que composable, l’entéléchie est la composition subie par le composable de telle manière que sa matière-sujet privée de la forme due vient en acte sous la forme. C’est ainsi le mouvement comme entéléchie est acte d’un existant en puissance en tant qu’il est en puissance (motus est entelechia, idest actus existentis in potentia secundum quod huiusmodi).

À Sententia Metaphysicae, lib. 7 l. 6 n. 8, Thomas d’Aquin écrit : Cum enim generatio sit de non esse in esse mutatio, oportet id quod generatur quandoque quidem esse, quandoque non esse: quod non esset nisi esset possibile esse et non esse. Hoc autem quod est in unoquoque in potentia ad esse et non esse, est materia. Est enim in potentia ad formas per quas res habent esse, et ad privationes per quas habent non esse, ut ex supra habitis patet. Relinquitur ergo, quod in omni generatione oportet esse materiam.

Traduction : En effet, puisque toute génération est un passage du non-être à l’être, il faut que ce qui est engendré tantôt existe, tantôt n’existe pas : ce qui n’aurait pas lieu s’il n’était pas possible d’être et de ne pas être. Mais ce qui dans toute chose est en puissance à être ou à ne pas être, c’est la matière. Celle-ci en effet est en puissance à des formes grâce auxquelles les choses possèdent de l’être et à des privations par lesquelles elles ont du non-être, ainsi qu’on le voit à partir ce qui a été établi plus haut. Il s’ensuit donc que dans toute génération il faut qu’il y ait une matière.

Du généré, en tant que générable, l’entéléchie est une génération subie. Pendant que le généré, en tant que générable, subit l’entéléchie qu’est sa génération, où se trouve le géniteur ?

Aristote se pose la question et y voit une «difficulté», selon ce qu’il écrit à Physique, 202a 13 : Καὶ τὸ ἀπορούμενον δὲ φανερόν, ὅτι ἐστὶν ἡ κίνησις ἐν τῷ κινητῷ· ἐντελέχεια γάρ ἐστι τούτου [καὶ] ὑπὸ τοῦ κινητικοῦ. καὶ ἡ τοῦ κινητικοῦ δὲ ἐνέργεια οὐκ ἄλλη ἐστίν· Δεῖ μὲν γὰρ εἶναι ἐντελέχειαν ἀμφοῖν· κινητικὸν μὲν γάρ ἐστιν τῷ δύνασθαι, κινοῦν δὲ τῷ ἐνεργεῖν, ἀλλ' ἔστιν ἐνεργητικὸν τοῦ κινητοῦ, ὥστε ὁμοίως μία ἡ ἀμφοῖν ἐνέργεια ὥσπερ τὸ αὐτὸ διάστημα ἓν πρὸς δύο καὶ δύο πρὸς ἕν, καὶ τὸ ἄναντες καὶ τὸ κάταντες· ταῦτα γὰρ ἓν μέν ἐστιν, ὁ μέντοι λόγος οὐχ εἷς· ὁμοίως δὲ καὶ ἐπὶ τοῦ κινοῦντος καὶ κινουμένου.

Traduction : Et l’on voit la difficulté; le mouvement est dans le mobile; en effet c’est l’entéléchie de celui-ci sous l'action du moteur; mais l’acte du moteur n’est pas une autre chose ; en effet il faut une entéléchie à l’un et à l’autre; or, celui-ci, considéré en puissance, est moteur, considéré en acte, est mouvant; maintenant, il a la faculté de faire passer à l’acte le mobile; par conséquent il n’y a qu’un seul acte pour l’un et l’autre également ; ainsi c’est un même intervalle de un à deux et de deux à un, de ceux qui montent à ceux qui descendent; ces choses, en effet, sont une, mais leur définition n’est pas une. Il en est de même pour l’être mouvant et l’être mû.

Si le mouvement est dans le mobile, qu’y a-t-il dans le moteur ? Un mouvement ? Mais, alors, le mouvement n’est pas dans le mobile, ce qui remet en question sa définition. Et, aucun moteur ne pourra être immobile.

Comment Aristote résout-il la «difficulté» qu’il expose lui-même à Physique 202a 21 à 202b 29, en ces termes :

1. Ἔχει δ' ἀπορίαν λογικήν· ἀναγκαῖον γὰρ ἴσως εἶναί τινα ἐνέργειαν τοῦ ποιητικοῦ καὶ τοῦ παθητικοῦ· τὸ μὲν δὴ ποίησις, τὸ δὲ πάθησις, ἔργον δὲ καὶ τέλος τοῦ μὲν ποίημα, τοῦ δὲ πάθος.
Traduction : This view has a dialectical difficulty. Perhaps it is necessary that the actuality of the agent and that of the patient should not be the same. The one is 'agency' and the other 'patiency'; and the outcome and completion of the one is an 'action', that of the other a ‘passion'.
Traduction : Ici une difficulté logique; il est peut-être nécessaire que, de l’actif et du passif, les actes soient différents : l’un action, l’autre passion, l’un ayant pour oeuvre et fin de produire un effet, l’autre de le subir.

2. Ἐπεὶ οὖν ἄμφω κινήσεις, εἰ μὲν ἕτεραι, ἐν τίνι; ἢ γὰρ ἄμφω ἐν τῷ πάσχοντι καὶ κινουμένῳ, ἢ ἡ μὲν ποίησις ἐν τῷ ποιοῦντι, ἡ δὲ πάθησις ἐν τῷ πάσχοντι (εἰ δὲ δεῖ καὶ ταύτην ποίησιν καλεῖν, ὁμώνυμος ἂν εἴη).
Traduction : Since then they are both motions, we may ask: in what are they, if they are different? Either (a) both are in what is acted on and moved, or (b) the agency is in the agent and the patiency in the patient. (If we ought to call the latter also 'agency', the word would be used in two senses.)
Traduction : Puis donc qu’ils sont mouvements tous les deux, s’ils sont différents, dans quel sujet seront-ils? Ou l’un et l’autre seront dans l’être qui pâtit et qui est mû, ou l’action sera dans l’agent, la passion dans le patient; et s’il faut appeler action cette dernière, ce ne serait que par homonymie.

3. Ἀλλὰ μὴν εἰ τοῦτο, ἡ κίνησις ἐν τῷ κινοῦντι ἔσται (ὁ γὰρ αὐτὸς λόγος ἐπὶ κινοῦντος καὶ κινουμένου), ὥστ' ἢ πᾶν τὸ κινοῦν κινήσεται, ἢ ἔχον κίνησιν οὐ κινήσεται.
Traduction : Now, in alternative (b), the motion will be in the mover, for the same statement will hold of 'mover' and 'moved'. Hence either every mover will be moved, or, though having motion, it will not be moved.
Traduction : S’il en est ainsi, le mouvement sera dans le moteur; car la même formule s’applique au cas du moteur et du mû. Par suite ou bien tout moteur sera mû, ou une chose ne sera pas mue en ayant mouvement.

4. Εἰ δ' ἄμφω ἐν τῷ κινουμένῳ καὶ πάσχοντι, καὶ ἡ ποίησις καὶ ἡ πάθησις, καὶ ἡ δίδαξις καὶ ἡ μάθησις δύο οὖσαι ἐν τῷ μανθάνοντι, πρῶτον μὲν ἡ ἐνέργεια ἡ ἑκάστου οὐκ ἐν ἑκάστῳ ὑπάρξει, εἶτα ἄτοπον δύο κινήσεις ἅμα κινεῖσθαι· τίνες γὰρ ἔσονται ἀλλοιώσεις δύο τοῦ ἑνὸς καὶ εἰς ἓν εἶδος; ἀλλ' ἀδύνατον. ἀλλὰ μία ἔσται ἡ ἐνέργεια.
Traduction : If on the other hand (a) both are in what is moved and acted on—both the agency and the patiency (e.g. both teaching and learning, though they are two, in the learner), then, first, the actuality of each will not be present in each, and, a second absurdity, a thing will have two motions at the same time. How will there be two alterations of quality in one subject towards one definite quality? The thing is impossible: the actualization will be one.
Traduction : D’autre part, si tous les deux sont dans l’être qui est mû et pâtit, j’entends l’action et la passion, par exemple l’enseignement qu’on donne et l’enseignement qu’on reçoit étant tous les deux dans celui qui le reçoit, d’abord l’acte de chaque chose ne sera pas dans chaque chose; ensuite il est absurde qu’un même sujet soit mû selon deux mouvements, car où trouver deux altérations d’un seul sujet vers une seule forme? C’est bien impossible. Eh! bien l’acte sera unique.

5. Ἀλλ’ (202b.) ἄλογον δύο ἑτέρων τῷ εἴδει τὴν αὐτὴν καὶ μίαν εἶναι ἐνέργειαν· καὶ ἔσται, εἴπερ ἡ δίδαξις καὶ ἡ μάθησις τὸ αὐτὸ καὶ ἡ ποίησις καὶ ἡ πάθησις, καὶ τὸ διδάσκειν τῷ μανθάνειν τὸ αὐτὸ καὶ τὸ ποιεῖν τῷ πάσχειν, ὥστε τὸν διδάσκοντα ἀνάγκη ἔσται πάντα μανθάνειν καὶ τὸν ποιοῦντα πάσχειν.
Traduction : But (some one will say) it is contrary to reason to suppose that there should be one identical actualization of two things which are different in kind. Yet there will be, if teaching and learning are the same, and agency and patiency. To teach will be the same as to learn, and to act the same as to be acted on—the teacher will necessarily be learning everything that he teaches, and the agent will be acted on. One may reply:
Traduction : Mais il est illogique que, pour deux choses différentes de forme, il y ait un seul et même acte et alors, si l’enseignement qu’on donne est le même que l’enseignement qu’on reçoit, et l’action que la passion, il en sera de même pour l’acte de donner l’enseignement et l’acte de recevoir l’enseignement, et pour l’agir et le pâtir; de sorte que l’être qui donne l’enseignement nécessairement recevra tout son enseignement, et l’être qui agit, pâtira.

6. Ἢ οὔτε τὸ τὴν ἄλλου ἐνέργειαν ἐν ἑτέρῳ εἶναι ἄτοπον (ἔστι γὰρ ἡ δίδαξις ἐνέργεια τοῦ διδασκαλικοῦ, ἔν τινι μέντοι, καὶ οὐκ ἀποτετμημένη, ἀλλὰ τοῦδε ἐν τῷδε),
Traduction : (1) It is not absurd that the actualization of one thing should be in another. Teaching is the activity of a person who can teach, yet the operation is performed on some patient—it is not cut adrift from a subject, but is of A on B.
Traduction : Mais est-il si absurde de dire que l’acte d’une chose est dans une autre? En effet l’action de donner l’enseignement est l’acte de l’enseignant ; elle est assurément dans un sujet, et se transmet sans être séparée, mais comme l’acte de tel enseignant est dans tel enseigné.

7. Οὔτε μίαν δυοῖν κωλύει οὐθὲν τὴν αὐτὴν εἶναι (μὴ ὡς τῷ εἶναι τὸ αὐτό, ἀλλ' ὡς ὑπάρχει τὸ δυνάμει ὂν πρὸς τὸ ἐνεργοῦν), οὔτ' ἀνάγκη τὸν διδά σκοντα μανθάνειν, οὐδ' εἰ τὸ ποιεῖν καὶ πάσχειν τὸ αὐτό ἐστιν, μὴ μέντοι ὥστε τὸν λόγον εἶναι ἕνα τὸν <τὸ> τί ἦν εἶναι λέγοντα, οἷον ὡς λώπιον καὶ ἱμάτιον, ἀλλ' ὡς ἡ ὁδὸς ἡ Θήβηθεν Ἀθήναζε καὶ ἡ Ἀθήνηθεν εἰς Θήβας, ὥσπερ εἴρηται καὶ πρότερον; οὐ γὰρ ταὐτὰ πάντα ὑπάρχει τοῖς ὁπωσοῦν τοῖς αὐτοῖς, ἀλλὰ μόνον οἷς τὸ εἶναι τὸ αὐτό.
Traduction : (2) There is nothing to prevent two things having one and the same actualization, provided the actualizations are not described in the same way, but are related as what can act to what is acting.
Traduction : Et rien, ne croyez-vous pas, n’empêche que le même acte appartienne à deux choses, non comme identiques quant à l’essence (τὸ τί ἦν εἶναι), mais comme ce qui est en puissance en face de ce qui est en acte (ἀλλ' ὡς ὑπάρχει τὸ δυνάμει ὂν πρὸς τὸ ἐνεργοῦν) ?
Traduction : (3) Nor is it necessary that the teacher should learn, even if to act and to be acted on are one and the same, provided they are not the same in definition (as 'raiment' and 'dress'), but are the same merely in the sense in which the road from Thebes to Athens and the road from Athens to Thebes are the same, as has been explained above. For it is not things which are in a way the same that have all their attributes the same, but only such as have the same definition.
Traduction : Il n’est pas non plus nécessaire que l’être qui enseigne reçoive l’enseignement, et, si l’on admet que l’agir et le pâtir soient la même chose, ce n’est pas cependant parce qu’ils ont une définition identique (celle qui donne leur quiddité), comme habit et vêtement, mais comme la route de Thèbes à Athènes est la même que celle d’Athènes à Thèbes, ainsi qu’on l’a dit plus haut; car l’identité totale n’appartient pas aux choses qui sont identiques d’une façon quelconque, mais seulement à celles dont l’essence est identique.

8. Οὐ μὴν ἀλλ' οὐδ' εἰ ἡ δίδαξις τῇ μαθήσει τὸ αὐτό, καὶ τὸ μανθάνειν τῷ διδάσκειν, ὥσπερ οὐδ' εἰ ἡ διάστασις μία τῶν διεστηκότων, καὶ τὸ διίστασθαι ἐνθένθε ἐκεῖσε κἀκεῖθεν δεῦρο ἓν καὶ τὸ αὐτό.
Traduction : But indeed it by no means follows from the fact that teaching is the same as learning, that to learn is the same as to teach, any more than it follows from the fact that there is one distance between two things which are at a distance from each other, that the two vectors AB and Ba, are one and the same.
Traduction : Pas davantage, maintenant, si l’enseignement donné et l’enseignement reçu sont même chose, il ne faudrait le dire du fait d’enseigner et de celui de recevoir l’enseignement; ainsi la distance est une entre deux points distants, mais le fait d’être distant d’ici à partir de là n’est pas le même que le fait d’être distant de là à partir d’ici.

9. Ὅλως δ' εἰπεῖν οὐδ' ἡ δίδαξις τῇ μαθήσει οὐδ' ἡ ποίησις τῇ παθήσει τὸ αὐτὸ κυρίως, ἀλλ' ᾧ ὑπάρχει ταῦτα, ἡ κίνησις· τὸ γὰρ τοῦδε ἐν τῷδε καὶ τὸ τοῦδε ὑπὸ τοῦδε ἐνέργειαν εἶναι ἕτερον τῷ λόγῳ.
Traduction : To generalize, teaching is not the same as learning, or agency as patiency, in the full sense, though they belong to the same subject, the motion; for the 'actualization of X in Y' and the 'actualization of Y through the action of X' differ in definition.
Traduction : En général, enfin, l’enseignement qu’on donne et l’enseignement qu’on reçoit, pas plus que l’action et la passion, ne sont mêmes choses, mais l’identité ne porte que sur ce à quoi ces choses appartiennent, le mouvement: en effet l’acte de ceci dans cela et l’acte de ceci sous l’action de cela diffèrent par la définition.

10. Τί μὲν οὖν ἐστιν κίνησις εἴρηται καὶ καθόλου καὶ κατὰ μέρος· οὐ γὰρ ἄδηλον πῶς ὁρισθήσεται τῶν εἰδῶν ἕκαστον αὐτῆς· ἀλλοίωσις μὲν γὰρ ἡ τοῦ ἀλλοιωτοῦ, ᾗ ἀλλοιωτόν, ἐντελέχεια. ἔτι δὲ γνωριμώτερον, ἡ τοῦ δυνάμει ποιητικοῦ καὶ παθητικοῦ, ᾗ τοιοῦτον, ἁπλῶς τε καὶ πάλιν καθ' ἕκαστον, ἢ οἰκοδόμησις ἢ ἰάτρευσις. τὸν αὐτὸν δὲ λεχθήσεται τρόπον καὶ περὶ τῶν ἄλλων κινήσεων ἑκάστης.
Traduction : What then motion is, has been stated both generally and particularly. It is not difficult to see how each of its types will be defined—alteration is the fulfillment of the alterable qua alterable (or, more scientifically, the fulfillment of what can act and what can be acted on, as such)—generally and again in each particular case, building, healing, etc. A similar definition will apply to each of the other kinds of motion.
Traduction : On a donc expliqué la nature du mouvement en général et en détail; car on voit facilement comment définir chacune de ses espèces; l’altération est l’entéléchie de l’altéré en tant qu’altéré; et encore plus clairement: l’entéléchie de l’actif et du passif en puissance, comme tel, absolument et respectivement dans chaque cas particulier, construction ou guérison. De même pour chacun des autres mouvements.

Thomas d’Aquin commente longuement cet enseignement d’Aristote à In Physic., lib. 3 l. 5 n. 1 à n. 18, comme suit :

a) In Physic., lib. 3 l. 5 n. 1 — Postquam philosophus ostendit quod motus est actus mobilis et moventis, nunc movet quandam dubitationem circa praemissa. Et primo movet dubitationem: secundo solvit, ibi: at neque actum et cetera. Circa primum duo facit: primo praemittit quaedam ad dubitationem; secundo dubitationem prosequitur, ibi: quoniam igitur utraque et cetera.

Traduction : 308. — After showing that motion is the act both of the mobile and of the mover, the Philosopher now raises a difficulty on this point. First, he raises the difficulty: Secondly, he solves it, at 314. Regarding the first, he does two things: First, he prefaces certain things to the difficulty; Secondly, he builds up the difficulty, at 310.

b) In Physic., lib. 3 l. 5 n. 2 — Dicit ergo primo quod id quod dictum est habet defectum, idest dubitationem, rationabilem, idest logicam: ad utramque enim partem sunt probabiles rationes. Ad hanc autem dubitationem hoc praemittit, quod aliquis actus est activi, et aliquis actus est passivi, sicut supra dictum est quod et moventis et moti est aliquis actus. Et actus quidem activi vocatur actio; actus vero passivi vocatur passio. Et hoc probat, quia illud quod est opus et finis uniuscuiusque, est actus eius et perfectio: unde, cum opus et finis agentis sit actio, patientis autem passio, ut per se manifestum est, sequitur quod dictum est, quod actio sit actus agentis et passio patientis.

309. He says therefore that what has been said above now causes a “rational”, i.e., logical, “defect,” i.e., doubt—by virtue of there being probable reasons for both sides. In introducing the difficulty he says that there is an act in that which is active and there is an act in that which is passive, just as above (no. 305) there was stated to be an act of the mover and of the moved. As a matter of fact, the act of the active is called “action” and the act of the passive is called “passion”. This he proves by saying that the work and end of anything is its act and perfection; hence, since the work and end of the agent is action and that of the patient is passion (or undergoing), it follows that action is the act of the agent and passion that of the patient.

c) In Physic., lib. 3 l. 5 n. 3 — Deinde cum dicit: quoniam igitur utraque etc., prosequitur dubitationem. Manifestum est enim quod tam actio quam passio sunt motus: utrumque enim est idem motui. Aut igitur actio et passio sunt idem motus, aut sunt diversi motus. Si sunt diversi, necesse est quod uterque eorum sit in aliquo subiecto: aut igitur uterque est in patiente et moto; aut alter horum est in agente, scilicet actio, et alter in patiente, scilicet passio. Si autem aliquis dicat e converso quod id quod est in agente sit passio, et id quod est in patiente sit actio, manifestum est quod aequivoce loquitur: id enim quod est passio vocabit actionem, et e converso. Videtur autem quartum membrum omittere, scilicet quod utrumque sit in agente: sed hoc praetermittit quia ostensum est quod motus sit in mobili, per quod excluditur hoc membrum, quod neutrum sit in patiente, sed utrumque in agente.

310. Then he develops this doubt. For it is clear that both action and passion are motion; for each is the same as motion. Therefore, action and passion are either the same motion or diverse motions. If they are diverse, then each of them must be in some subject. Either both will be in the patient, i.e., the thing moved, or one of them (action) is in the agent and the other (passion) is in the patient. To say the opposite, i.e., that what is in the agent is passion and what is in the patient is action is to speak equivocally, or it would be calling passion action and vice versa. The fourth possibility, namely, that both are in the agent is left out, but this is because it has already been shown (nos. 302-303) that motion is in the mobile, which excludes the fourth possibility that neither be in the patient but both in the agent.

d) In Physic., lib. 3 l. 5 n. 4 — Ex his igitur duobus membris quae tangit, primo prosequitur secundum, ibi: at vero si hoc est et cetera. Si enim aliquis dicat quod actio est in agente et passio in patiente; actio autem est motus quidam, ut dictum est; sequitur quod motus sit in movente. Eandem autem rationem oportet esse et de movente et de moto, scilicet ut in quocumque eorum sit motus, illud moveatur. Vel eadem ratio est de movente et moto, sicut et de patiente et agente. In quocumque autem est motus, illud movetur; quare sequitur vel quod omne movens moveatur, vel quod aliquid habeat motum et non moveatur; quorum utrumque videtur inconveniens.

311. Of the two possibilities listed, he develops the second one first. For if anyone says that action is in the agent and passion in the patient, then since action is a certain motion, as was stated (no. 310), it follows that motion is in the mover. For the same thing should be true both of the mover and of the moved, namely, that if motion is in either one it is being moved. Or else, that is true of the mover and of the moved which is true of the patient and of the agent. Now, if motion is in something, that thing is being moved; wherefore, it follows that either every mover is being moved or that something has motion but is not being moved; each of these seems unreasonable.

e) In Physic., lib. 3 l. 5 n. 5 — Deinde cum dicit: si autem utraque etc., prosequitur aliud membrum, dicens quod si aliquis dicat quod utrumque, scilicet actio et passio, cum sint duo motus, sunt in patiente et moto; et doctio, quae est ex parte docentis, et doctrina, quae est ex parte addiscentis, sunt in addiscente; sequuntur duo inconvenientia. Quorum primum est quia dictum est quod actio est actus agentis: si igitur actio non est in agente sed in patiente, sequetur quod proprius actus uniuscuiusque non est in eo cuius est actus. Postea sequetur aliud inconveniens, scilicet quod aliquid unum et idem moveatur secundum duos motus. Actio enim et passio supponuntur nunc esse duo motus; in quocumque autem est motus, illud movetur secundum illum motum; si igitur actio et passio sunt in mobili, sequitur quod mobile moveatur secundum duos motus. Et hoc idem esset ac si essent duae alterationes unius subiecti, quae terminarentur ad unam speciem, sicut quod unum subiectum moveretur duabus dealbationibus; quod est impossibile. Quod vero idem subiectum moveatur duabus alterationibus simul, ad diversas species terminatis, scilicet dealbatione et calefactione, non est inconveniens. Manifestum autem est quod actio et passio ad eandem speciem terminantur: idem est enim quod agens agit et patiens patitur.

312. Then he develops the second possibility given in 310. He says that if anyone should say that both of them, namely, action and passion, since they are two motions, are in the patient, which is equivalent to saying that teaching which is on the part of the teacher and learning which is on the part of the learner are both in the learner, then two conflicts arise. The first is that if what we said previously is true, namely, that action is an act of the agent, then if action is not in the agent but in the patient, it will follow that the proper act of each thing is not in the thing of which it is the act. Then another conflict follows, namely, that one and the same thing is being moved according to two motions. For action and passion are now supposed to be two motions. Now in whatever thing there is a motion that thing is being moved according to that motion; if then action and passion are in the mobile, it follows that the mobile is being moved according to two motions. This would be tantamount to having two alterations in one subject both of them specifically the same; for example, one subject being moved to two whitenings, which is impossible. This does not mean that one subject could not be moved by two alterations tending toward two specifically different terms, for example, whitening and heating. Nevertheless, it is clear that action and passion terminate at the same specific term; for what the agent does and what the patient receives are one and the same.

f) In Physic., lib. 3 l. 5 n. 6 — Deinde cum dicit: sed unus erit actus? et cetera, prosequitur aliud membrum. Potest enim aliquis dicere quod actio et passio non sunt duo motus, sed unus. Et ex hoc ducit ad quatuor inconvenientia. Quorum primum est, quod idem sit actus diversorum secundum speciem. Dictum est enim quod actio sit actus agentis, et passio actus patientis, quae secundum speciem sunt diversa: si igitur actio et passio sint idem motus, sequitur quod idem actus sit diversorum secundum speciem. Secundum inconveniens est, quod si actio et passio sint unus motus, quod idem sit actio cum passione, et doctio, quae est ex parte docentis, cum doctrina secundum quod se tenet ex parte addiscentis. Tertium inconveniens est, quod agere sit idem quod pati, et docere idem quod addiscere. Quartum quod ex hoc sequitur, est quod omne docens addiscat, et omne agens patiatur.

313. Then he develops the other possibility. For it could be said that action and passion are not two motions but one. But this leads to four difficulties. The first is that the act of things of different species would be the same. For it has been already pointed out (no. 309) that action is an act of the agent and passion ant act of the patient and that these are specifically diverse; but if action and passion are the same motion then the act of specifically different things will be the same. The second difficulty is that if action and passion are one motion, then action is the same as passion, so that teaching which is laid to the teacher is the same as learning which is in the learner. The third difficulty is that acting would be the same as being acted upon and teaching would be the same as learning. The fourth difficulty that follows from this is that every teacher would be learning and every agent would be being acted upon.

g) In Physic., lib. 3 l. 5 n. 7 — Deinde cum dicit: at neque actum alterius etc., solvit praemissam dubitationem. Est autem manifestum ex supra determinatis quod actio et passio non sunt duo motus, sed unus et idem motus: secundum enim quod est ab agente dicitur actio, secundum autem quod est in patiente dicitur passio.

314. Then he solves the difficulty. From what was settled previously, (nos. 304, 306) it is clear that action and passion are not two motions but one and the same motion; for insofar as motion is from the agent it is called “action,” and insofar as it is in the patient it is called “passion.”



Message modifié (12-12-2017 20:21)

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