Thomas d'Aquin en questions

 
 
Charte du forum
 
 Nouveau sujet  |  Remonter au début  |  Retour au sujet  |  Rechercher  |  S'identifier   Nouveau sujet  |  Anciens sujets 
 Quodammodo 5
Auteur: Stagire 
Date:   12-12-2017 20:25

Possible-Actualisation subie & Agent

À Métaphysique 1045b 32, Aristote écrit : Ἐπεὶ δὲ λέγεται τὸ ὂν τὸ μὲν τὸ τὶ ἢ ποιὸν ἢ ποσόν, τὸ δὲ κατὰ δύναμιν καὶ ἐντελέχειαν καὶ κατὰ τὸ ἔργον, διορίσωμεν καὶ περὶ δυνάμεως καὶ ἐντελεχείας, καὶ πρῶτον περὶ δυνάμεως ἣ λέγεται μὲν μάλιστα κυρίως, οὐ μὴν χρησιμωτάτη γέ ἐστι πρὸς ὃ βουλόμεθα νῦν· Ἐπὶ πλέον γάρ ἐστιν ἡ δύναμις καὶ ἡ ἐνέργεια τῶν μόνον λεγομένων κατὰ κίνησιν.

Traduction : Mais comme l'Être est, d'une part, tantôt un objet individuel, tantôt une qualité ou une quantité, et que, d'autre part, l'Être peut exister aussi, ou en simple puissance, ou en réalité complète et actuelle, il nous faut analyser ce que c'est que la puissance et la parfaite réalité, ou Entéléchie. Nous nous occuperons d'abord de cette sorte de puissance qui mérite éminemment ce nom, bien qu'en ce moment, il ne soit peut-être pas très utile de l'étudier pour le but que nous nous proposons ; car la puissance et l'acte s'étendent fort au-delà de ces êtres qui ne sont considérés que comme soumis au mouvement.

Si «la puissance et l'acte s'étendent fort au-delà de ces êtres qui ne sont considérés que comme soumis au mouvement», c’est que les êtres qui ne sont considérés que comme soumis au mouvement sont des sujets de prédication dans une affirmation où le prédicat « puissance» ou le prédicat «acte» en sont prédiqués. Dès lors, on doit en conclure que l’extension de ces prédicats est plus grande que celle des sujets de prédication, et que la compréhension de ces prédicats contient moins de notes intelligibles.

On ne saurait introduire avec plus de clarté le «regulatur» selon lequel la science subalternante qu'est la métaphysique règle la science subalternée qu'est la physique, comme Thomas d’Aquin l’écrit à De veritate, q. 15 a. 2 ad 15.

Ce dernier commente le texte d'Aristote à Sententia Metaphysicae, lib. 9 l. 1 n. 3, comme suit : Et primo de potentia quae maxime dicitur proprie, non tamen utile est ad praesentem intentionem. Potentia enim et actus, ut plurimum, dicuntur in his quae sunt in motu, quia motus est actus entis in potentia. Sed principalis intentio huius doctrinae non est de potentia et actu secundum quod sunt in rebus mobilibus solum, sed secundum quod sequuntur ens commune.

Traduction : 1770. Et en premier lieu, considérons la puissance qui se dit dans son sens le plus fort, bien qu’elle ne soit pas ici d’une grande utilité pour notre propos actuel. En effet, la puissance et l’acte, dans la plupart des cas, se disent des choses qui sont en mouvement, car le mouvement est l’acte de ce qui est en puissance. Mais l’intention principale de ce traité ne porte pas sur la puissance et l’acte selon qu’ils se retrouvent uniquement dans les choses mobiles, mais selon qu’ils découlent de l’ens commune.

De même que la φύσις (ens mobile) est le sujet d’une science appelée φυσικά, de même la μετὰφύσις (ens secundum ens) est le sujet d’une science appelée μετὰφυσικά. C’est ainsi que : Potentia enim et actus, secundum quod, sequuntur ens commune. La puissance et l'acte sont une division de de l’ens commune, comme Thomas d’Aquin le dit à Sententia Metaphysicae, lib. 5 l. 9 n. 5. : Tertio dividit ens per potentiam et actum: et ens sic divisum est communius quam ens perfectum. Nam ens in potentia, est ens secundum quid tantum et imperfectum. — Traduction : 889. En troisième lieu il divise l’être par l’acte et la puissance, là où il dit : ¨ En outre l’être signifie à la fois l’être en puissance et ¨. Et l’être ainsi divisé est plus commun que l’être parfait; car l’être en puissance est seulement de l’être sous un certain rapport et de l’être imparfait. là où il précise que «l’être ainsi divisé [en être en puissance et être en acte] est plus commun que l’être parfait; car l’être en puissance est seulement de l’être sous un certain rapport et de l’être imparfait. 

C’est pourquoi, de même qu’on ne prouve pas que la φύσις existe, de même on ne prouve pas que la μετὰφύσις existe, soit l’ens commune : Expositio Peryermeneias, lib. 1 l. 5 n. 22. Ideo autem dicit quod hoc verbum est consignificat compositionem, quia non eam principaliter significat, sed ex consequenti; significat enim primo illud quod cadit in intellectu per modum actualitatis absolute: nam est, simpliciter dictum, significat in actu esse; et ideo significat per modum verbi. — Traduction : #73. La raison pour laquelle, par ailleurs, il dit que le verbe est  ­si­gni­fie en plus la composition, c'est qu'il ne la signifie pas principalement, mais par suite; en effet, il signifie en premier ce qui tombe dans l'intelligence par mode d'actualité absolument. En effet, est, dit absolument, signifie être en acte ; c'est pourquoi il signifie à la manière du verbe.

Après avoir ainsi introduit le «regulatur» selon lequel la science subalternée est réglée par la science subalternante, il reste à introduire le «quodammodo» selon lequel la puissance et l'acte sont uns, d'une part, et le «quodammodo» selon lequel la puissance et l'acte ne sont pas uns, d'autre part.

À In Physic., lib. 3 l. 5 n. 13, Thomas d’Aquin écrit : Alterum enim est secundum rationem esse actum huius ut in hoc, et esse actum huius ut ab hoc. Motus autem dicitur actio secundum quod est actus agentis ut ab hoc: dicitur autem passio secundum quod est actus patientis ut in hoc. Et sic patet quod licet motus sit idem moventis et moti, propter hoc quod abstrahit ab utraque ratione, tamen actio et passio differunt propter hoc, quod has diversas rationes in sua significatione includunt. Ex hoc autem apparet quod, cum motus abstrahat a ratione actionis et passionis, non continetur in praedicamento actionis neque in praedicamento passionis, ut quidam dixerunt.

Dans ce texte, Thomas d’Aquin affirme qu’il s’impose de distinguer l’acte du patient ou l’acte selon «ut in hoc», soit la passion, et l’acte de l’agent ou l’acte selon «ut ab hoc», soit l’action ; c'est le «quodammodo» selon lequel la puissance et l'acte ne sont pas uns. Sauf que le mouvement du mouvant et du mû est le même puisqu’il se sépare des notions diverses que sont celle de l’action et celle de la passion, ce pourquoi il n’est contenu ni dans le prédicament «action» ni dans le prédicament «passion» ; c'est le «quodammodo» selon lequel la puissance et l'acte sont uns.

Parmi ceux qui contestent que la puissance suit de l’être commun qui se divise en ens in potentia et en ens in actu, se trouve l’école des mégariques, dit Aristote, à Métaphysique 1046b 29 : Εἰσὶ δέ τινες οἵ φασιν, οἷον οἱ Μεγαρικοί, ὅταν ἐνεργῇ μόνον δύνασθαι, ὅταν δὲ μὴ ἐνεργῇ οὐ δύνασθαι, οἷον τὸν μὴ οἰκοδομοῦντα οὐ δύνασθαι οἰκοδομεῖν, ἀλλὰ τὸν οἰκοδομοῦντα ὅταν οἰκοδομῇ· ὁμοίως δὲ καὶ ἐπὶ τῶν ἄλλων. — Traduction : Il y a quelques philosophes qui prétendent, comme les Mégariques, que l'on n'a de puissance absolument qu'au moment où l'on agit; et que là où l'on n'agit pas, on n'a pas non plus de puissance. Ils soutiennent, par exemple, que celui qui ne construit pas ne peut pas construire, mais que celui qui construit est le seul qui ait la puissance de construire, au moment où il construit. Et de même, pour tout le reste.

À Métaphysique 1047a 16, Aristote ajoute cette précision : Εἰ οὖν μὴ ἐνδέχεται ταῦτα λέγειν, φανερὸν ὅτι δύναμις καὶ ἐνέργεια ἕτερόν ἐστιν (ἐκεῖνοι δ' οἱ λόγοι δύναμιν καὶ ἐνέργειαν ταὐτὸ ποιοῦσιν, διὸ καὶ οὐ μικρόν τι ζητοῦσιν ἀναιρεῖν), Mais si ce sont là des doctrines qu'on ne peut défendre, il est clair que la puissance et l'acte sont des choses fort différentes, tandis que ces systèmes les identifient et les confondent. Ce n'est pas une distinction de petite importance qu'ils risquent ainsi d’effacer.

Selon la thèse des mégariques, il n'y a pas lieu de distinguer un «quodammodo» selon lequel la puissance et l'acte sont uns, d'une part, et un «quodammodo» selon lequel la puissance et l'acte ne sont pas uns, d'autre part, puisqu'ils «les identifient et les confondent».

À Métaphysique 1047a 20, Aristote prend position contre cette thèse : Ὥστε ἐνδέχεται δυνατὸν μέν τι εἶναι μὴ εἶναι δέ, καὶ δυνατὸν μὴ εἶναι εἶναι δέ, ὁμοίως δὲ καὶ ἐπὶ τῶν ἄλλων κατηγοριῶν δυνατὸν βαδίζειν ὂν μὴ βαδίζειν, καὶ μὴ βαδίζειν δυνατὸν ὂν βαδίζειν. Ἔστι δὲ δυνατὸν τοῦτο ᾧ ἐὰν ὑπάρξῃ ἡ ἐνέργεια οὗ λέγεται ἔχειν τὴν δύναμιν, οὐθὲν ἔσται ἀδύνατον. — Traduction : Ce qui est très concevable, c'est qu'une chose, qui peut être, ne soit pas, et qu'une chose, qui peut ne pas être, soit cependant. De même encore, dans toutes les autres catégories; et, par exemple, un être qui est capable de marcher peut ne marcher pas, et un être qui est capable de ne pas marcher peut, au contraire, marcher fort bien. Or, l'on dit d'un être qu'il a une certaine puissance, ou faculté, s'il n'y a pour lui aucune impossibilité d'agir, quand la puissance qu'on lui attribue doit passer réellement à l'acte.

Plus loin, il développe l’opposition entre δυνατὸν (puissance) et ἀδύνατον (impuissance), qu'il vient d'énoncer, en insistant pour dire que la δυνατὸν s'entend d'une δυνατὸν d’être en ἐντελεχεία, ou d'un possible réalisable. À Métaphysique 1047b 2, il écrit : Εἰ δέ ἐστι τὸ εἰρημένον τὸ δυνατὸν ἢ ἀκολουθεῖ, φανερὸν ὅτι οὐκ ἐνδέχεται ἀληθὲς εἶναι τὸ εἰπεῖν ὅτι δυνατὸν μὲν τοδί, οὐκ ἔσται δέ, ὥστε τὰ ἀδύνατα εἶναι ταύτῃ διαφεύγειν· — Traduction : Si donc le possible, tel que nous l'entendons, n'est possible qu'en tant que, par la suite, il pourrait se réaliser, il est évident qu'on ne peut pas dire avec vérité d'une chose qu'on regarde comme possible, qu'elle ne se réalisera jamais, puisque alors la notion véritable de l'impossible nous échapperait.

La δυνατὸν d’être en ἐντελεχεία, c’est la puissance d’être en entéléchie. Lorsqu’un ens mobile est en entéléchie, c’est qu’il peut l’être, ce sans quoi il ne serait pas en entéléchie.

À ce propos, Aristote introduit d'importantes considérations à Métaphysique 1047b 14 : Ἅμα δὲ δῆλον καὶ ὅτι, εἰ τοῦ Α ὄντος ἀνάγκη τὸ Β εἶναι, καὶ δυνατοῦ ὄντος εἶναι τοῦ Α καὶ τὸ Β ἀνάγκη εἶναι δυνατόν· εἰ γὰρ μὴ ἀνάγκη δυνατὸν εἶναι, οὐθὲν κωλύει μὴ εἶναι δυνατὸν εἶναι. Ἔστω δὴ τὸ Α δυνατόν. Οὐκοῦν ὅτε τὸ Α δυνατὸν εἴη εἶναι, εἰ τεθείη τὸ Α, οὐθὲν ἀδύνατον εἶναι συνέβαινεν· τὸ δέ γε Β ἀνάγκη εἶναι. Ἀλλ' ἦν ἀδύνατον. Ἔστω δὴ ἀδύνατον. Εἰ δὴ ἀδύνατον ἀνάγκη εἶναι τὸ Β, ἀνάγκη καὶ τὸ Α εἶναι. Ἀλλ' ἦν ἄρα τὸ πρῶτον ἀδύνατον· καὶ τὸ δεύτερον ἄρα. Ἂν ἄρα ᾖ τὸ Α δυνατόν, καὶ τὸ Β ἔσται δυνατόν, εἴπερ οὕτως εἶχον ὥστε τοῦ Α ὄντος ἀνάγκη εἶναι τὸ Β. Ἐὰν δὴ οὕτως ἐχόντων τῶν Α Β μὴ ᾖ δυνατὸν τὸ Β οὕτως, οὐδὲ τὰ Α Β ἕξει ὡς ἐτέθη· καὶ εἰ τοῦ Α δυνατοῦ ὄντος ἀνάγκη τὸ Β δυνατὸν εἶναι, εἰ ἔστι τὸ Α ἀνάγκη εἶναι καὶ τὸ Β. Τὸ γὰρ δυνατὸν εἶναι ἐξ ἀνάγκης τὸ Β εἶναι, εἰ τὸ Α δυνατόν, τοῦτο σημαίνει, ἐὰν ᾖ τὸ Α καὶ ὅτε καὶ ὡς ἦν δυνατὸν εἶναι, κἀκεῖνο τότε καὶ οὕτως εἶναι ἀναγκαῖον.

Traduction : On voit non moins clairement que, si A étant, B doit nécessairement être, du moment où A est possible, B doit nécessairement être possible aussi; car s'il n'y avait pas nécessité qu'il fût possible, rien n'empêcherait qu'il fût impossible.Soit donc A possible. Dès qu'il est possible que A existe, si l'on admet que A est en effet, il n'en résulte aucune impossibilité. Mais il faut alors nécessairement que B existe aussi; or, on le supposait impossible. Admettons, puisqu'on le veut, qu'il soit impossible. Si B est impossible, A doit l'être nécessairement; et il est nécessaire également que B le soit. Mais A était supposé possible; et, par conséquent, B l'était ainsi que lui. Si donc A est possible, B ne peut pas manquer de l'être, puisque A et B étaient dans cette relation que, A étant, B devait être nécessairement. Si A et B ayant ce rapport entre eux, il est impossible que B soit comme on le dit, il s'ensuit que A et B ne se rapportent pas non plus l'un à l'autre de la manière qu'on le prétendait; et si A étant possible, il s'ensuit que B doit nécessairement l'être comme lui, du moment que A existe, il faut nécessairement que B existe pareillement; car ce qu'on voulait dire en affirmant qu'il y avait nécessité que B fût possible du moment que A était possible, c'est qu'il suffit que A soit possible, qu'il le soit à. un certain moment et d'une certaine manière, pour que B le soit nécessairement aussi, au même moment et de la même manière que l'est A.

Thomas d’Aquin commente cet enseignement d’Aristote comme suit

a) Sententia Metaphysicae, lib. 9 l. 3 n. 9 Deinde cum dicit si ergo concludit suam intentionem, dicens, quod si praedicta inconvenientia non possunt concedi, manifestum est quod potentia et actus diversa sunt. Sed illi, qui ponunt positionem praedictam, faciunt potentiam et actum esse idem, in eo quod dicunt tunc solum aliquid esse in potentia, quando est actu. Ex quo patet quod non parvum quid a natura destruere intendunt. Tollunt enim motum et generationem, ut dictum est. Unde, cum hoc non possit sustineri, manifestum est quod aliquid est possibile esse quod tamen non est, quod aliquid est possibile non esse, et tamen est. Et similiter in aliis categoriis, idest praedicamentis; quia possibile est aliquem vadere et non vadit, et e converso non vadere qui vadit.

Traduction : 1803. Ensuite lorsqu’il dit : ¨ Si donc ¨, il conclut ce qu’il se proposait en disant que si les absurdités qui précèdent ne peuvent être admises, il est évident que la puissance et l’acte sont des réalités différentes. Mais ceux qui soutiennent l’opinion précédente se trouvent à identifier la puissance et l’acte en ceci qu’ils affirment qu’un être n’est en puissance qu’alors même qu’il est en acte. De là il est clair que ce qu’ils cherchent à retrancher de la nature n’est pas négligeable. Ils en retranchent en effet le mouvement et la génération ainsi que nous l’avons dit. C’est pourquoi, puisque cela même est insoutenable, il est manifeste qu’il est possible d’exister à celui qui n’existe pas actuellement et qu’il est possible de ne pas exister à celui qui existe actuellement. Et ¨il en est de même pour les autres catégories¨, c’est-à-dire pour les autres prédicaments. Car il est possible à celui qui ne marche pas de marcher et inversement de ne pas marcher à celui qui marche.

b) Sententia Metaphysicae, lib. 9 l. 3 n. 10 Deinde cum dicit est autem ostendit quid sit esse in potentia, et quid esse in actu. Et primo quid sit esse in potentia, dicens, quod id dicitur esse in potentia, quod si ponatur esse actu, nihil impossibile sequitur. Ut si dicatur, aliquem possibile est sedere, si ponatur ipsum sedere non accidit aliquod impossibile. Et similiter de moveri et movere, et de aliis huiusmodi.

Traduction : 1804. Ensuite lorsqu’il dit : ¨ Mais une chose est possible ¨. Il montre ce que c’est que d’être en puissance et ce que c’est que d’être en acte. Et en premier lieu il montre ce que c’est que d’être en puissance en disant qu’une chose est dite possible ou en puissance à quelque chose si son passage à l’acte n’entraîne rien d’impossible. Par exemple, nous disons qu’il est possible à quelqu’un de s’asseoir si, étant devenu assis en acte, rien d’impossible ne découle de ce nouvel état. Et il en est de même pour ce qui est de mouvoir et d’être mû, ainsi que pour les autres changements.

c) Sententia Metaphysicae, lib. 9 l. 3 n. 13 Deinde cum dicit si autem postquam philosophus destruxit opinionem dicentium nihil esse possibile nisi quando est actu, hic destruit contrariam opinionem dicentium omnia possibilia: et circa hoc duo facit. Primo destruit hanc positionem. Secundo determinat quamdam veritatem circa consequentiam possibilium, ibi, simul autem palam. Dicit ergo primo, quod si verum est quod aliquid dicatur esse possibile ex eo quod aliquid sequitur, secundum quod dictum est, quod possibile est, quod si ponatur esse, non sequitur impossibile; manifestum est quod non contingit verum esse hoc quod dicunt quidam, quod unumquodque possibile est, etiam si nunquam futurum sit. Ita quod per hanc positionem impossibilia tolluntur. Sicut si aliquis dicat diametrum quadrati commensurari lateri esse possibile, sed tamen non commensurabitur, et eodem modo dicatur de aliis impossibilibus, et non cogitet quod diametrum quadrati commensurari lateri est impossibile: dico quod ponentes hanc positionem, quantum ad aliquid dicunt verum, et quantum ad aliquid dicunt falsum.

Traduction : 1807. Ensuite lorsqu’il dit : ¨ Mais si ¨. Après avoir réfuté l’opinion de ceux qui soutiennent que rien n’est en puissance à moins d’être en acte, le Philosophe réfute ici l’opinion contraire qui soutient que tout est possible : et à ce sujet il fait deux choses. En premier lieu il détruit cette opinion. En deuxième lieu il détermine une vérité au sujet d’une conséquence des possibles, là où il dit : ¨ Mais en même temps il est évident ¨. Il dit donc en premier lieu que s’il est vrai qu’une chose soit possible du fait, comme nous l’avons dit, qu’il est possible et qu’une fois posé, rien d’impossible ne s’ensuive, il est évident que ce qu’affirment certains ne peut être vrai, à savoir que quelque chose est possible même si elle ne doit jamais se produire. Cette position en effet fait disparaître la notion même d’impossibilité. Par exemple, si on disait qu’il est possible à la diagonale d’être mesurée par le côté du carré mais qu’on ajoutait qu’il ne sera jamais mesuré et qu’on parle de la même manière de d’autres choses impossibles, sans songer qu’il est impossible à la diagonale d’être mesurée par le côté du carré, je dis que ceux qui soutiennent cette position disent vrai sous un rapport mais sont dans l’erreur sous un autre rapport.

d) Sententia Metaphysicae, lib. 9 l. 3 n. 14 Sunt enim aliqua, de quibus nihil prohibebit dicere quod sunt possibilia esse aut fieri, cum tamen nunquam sint futura, nec unquam fiant; sed hoc non potest dici de omnibus. Sed secundum ea quae superius dicta sunt, et quae nunc oportet nos supponere, illa solum possibile est esse aut fieri, licet non sint, quibus positis non sequitur aliquid impossibile. Posito autem quod diametrum commensuraretur, sequitur aliquid impossibile. Et ideo non potest dici quod diametrum commensurari, sit possibile. Est enim non solum falsum, sed impossibile.

Traduction : 1809. Par ailleurs certaines choses sont fausses sans être impossibles, par exemple que Socrate se tienne debout ou qu’il soit assis. En effet, la fausseté et l’impossibilité ne sont pas identiques; par exemple, il est faux que tu te tiennes debout maintenant, mais cela n’est pas impossible. Donc, l’opinion qui précède est vrai sous un rapport parce que certaines choses sont possibles bien qu’elles soient fausses. Mais elle n’est pas vraie absolument car il y a des choses qui sont à la fois fausses et impossibles.

e) Sententia Metaphysicae, lib. 9 l. 3 n. 16 Deinde cum dicit simul autem quia dixerat quod possibile iudicatur aliquid ex hoc, quod ex ipso non sequitur impossibile, ostendit qualiter habeant se consequentia possibilia; dicens, quod ex definitione possibilis superius posita non solum destruitur praemissa positio, sed etiam simul est manifestum quod si alicuius conditionalis antecedens est possibile, et consequens possibile erit. Ut si haec conditionalis sit vera, si est a est b, necesse est si a sit possibile, quod b sit possibile.

Traduction : 1810. Ensuite lorsqu’il dit : ¨ Mais en même temps il est évident ¨. Parce qu’il avait dit qu’on juge qu’une chose est possible du fait que rien d’impossible ne résulte d’elle-même, il montre comment se rapportent entre elles les conséquences possibles, en disant qu’à partir de la définition du possible présentée plus haut, non seulement la position qui précède est détruite mais en même temps il est manifeste que si pour une conditionnelle donnée l’antécédent est possible, le conséquent sera lui aussi possible. Par exemple, si cette conditionnelle est vraie, à savoir que si l’existence de A entraîne nécessairement l’existence de B, si A est possible, il s’ensuivra nécessairement que B sera possible.

f) Sententia Metaphysicae, lib. 9 l. 3 n. 17 Sciendum tamen est ad huius intellectum, quod possibile dupliciter dicitur. Uno modo secundum quod dividitur contra necesse; sicut dicimus illa possibilia quae contingunt esse et non esse. Et sic accepto possibili, non habet locum quod hic dicitur. Nihil enim prohibet quod antecedens sit contingens esse et non esse, consequens tamen sit necessarium; sicut patet in hac conditionali, si Socrates ridet, est homo.

Traduction : 1811. Mais il faut savoir, pour comprendre cela, que le possible se dit de deux manières. En un premier sens selon qu’on le divise par opposition au nécessaire; ainsi nous appelons possibles les choses contingentes, c’est-à-dire celles auxquelles il arrive d’exister et de ne pas exister. Et ainsi il n’y a pas lieu de parler ici du possible pris en ce sens. Rien en effet n’empêche que l’antécédent soit contingent quant à l’être et au non-être et que le conséquent soit néanmoins nécessaire, comme on peut le voir dans la conditionnelle qui suit, à savoir que si Socrate rit, il est un homme.

g) Sententia Metaphysicae, lib. 9 l. 3 n. 18 Alio vero modo possibile dicitur secundum quod est commune ad ea quae sunt necessaria, et ad ea quae contingunt esse et non esse, prout possibile contra impossibile dividitur. Et sic loquitur hic philosophus; dicens de possibili, quod necesse est consequens esse possibile, si antecedens fuit possibile.

Traduction : 1812. D’un autre côté on appelle en un deuxième sens possible ce qui est commun aux choses qui sont nécessaires et à celles qui sont contingentes à l’égard de l’être et du non-être, dans la mesure où le possible se divise ici par opposition à l’impossible. Et c’est en ce sens que parle ici le Philosophe en parlant du possible lorsqu’il dit qu’il est nécessaire que le conséquent soit possible si l’antécédent est possible.

h) Sententia Metaphysicae, lib. 9 l. 3 n. 19 Detur enim haec conditionalis esse vera, si est a, est b, et detur antecedens, scilicet a, esse possibile. Aut igitur necesse est b esse possibile, aut non. Si est necesse, habetur propositum. Si non est necesse, nihil prohibet ponere oppositum, scilicet b non esse possibile. Sed haec non potest stare. Nam a ponitur esse possibile; et quando ponitur esse possibile, simul ponitur quod nihil impossibile sequitur ex eo. Sic enim superius definitum est possibile, ad quod nihil sequitur impossibile. Sed b sequitur ad a, ut positum est; et b ponebatur esse impossibile. Nam idem est esse impossibile, quod non esse possibile. Igitur a non erit possibile, si sequitur ad ipsum b quod erat impossibile. Ponatur ergo b esse impossibile: et si est impossibile, et posito a, necesse est esse b, erit ergo impossibile et primum et secundum, scilicet a et b.

Traduction : 1813. Supposons en effet la conditionnelle suivante, à savoir que l’existence de A entraîne nécessairement l’existence de B, et que l’antécédent suivant, à savoir A, est possible. Alors, ou bien il est nécessaire que B soit possible, ou bien il n’est pas nécessaire que B soit possible. S’il est nécessaire que B soit possible, notre propos est acquis. Mais s’il n’est pas nécessaire que B soit possible, rien n’empêche de soutenir l’opposé, à savoir que B n’est pas possible. Mais cette position ne peut tenir. Car on affirme que A est possible et quand on affirme qu’il est possible, on affirme simultanément que rien d’impossible n’en résulte. C’est ainsi en effet que nous avons plus haut défini le possible, c’est-à-dire ce d’où rien d’impossible ne résulte. Mais l’existence de B découle de celle de A ainsi que nous l’avons posé dans la conditionnelle et on vient de poser plus haut que B est impossible. Car être impossible et ne pas être possible, c’est une seule et même chose. Donc, il découlera de l’impossibilité de B que A ne sera pas possible. On pose donc que B est impossible; et s’il est impossible et qu’on pose aussi que l’existence de A entraîne nécessairement l’existence de B, c’est à la fois le premier et le second, à savoir A et B, qui seront impossibles.

i) Sententia Metaphysicae, lib. 9 l. 3 n. 20 Ubi advertendum est quod bene sequitur, si consequens est impossibile, quod antecedens sit impossibile; non tamen e converso. Nihil enim prohibet ex impossibili sequi aliquid necessarium, ut in hac conditionali: si homo est asinus, homo est animal. Unde non sic intelligendum est quod philosophus dicit hic, si primum erat impossibile, idest antecedens, ergo et secundum erat impossibile, scilicet consequens. Sed ita debet intelligi: si consequens est impossibile, utrumque erit impossibile. Sic ergo manifestum est quod si sic se habent, scilicet a et b, quod a existente, necesse est b esse, et necessario sequitur quod si a est possibile, quod b erit possibile. Et si b non est possibile, a possibili existente, non ita se habebunt a et b ut positum est, scilicet quod ad a sequitur b. Sed oportet quod a possibili existente, necesse est b possibile esse, si existente a, necesse est esse b. Cum enim dico: si est a, est b, hoc significatur quod necesse sit b esse possibile si a possibile est; ita tamen quod quando et eodem modo sit possibile b esse, quando et quomodo est possibile a. Non enim possibile est ut sit quocumque tempore et quocumque modo.

Traduction : 1814. Et il faut remarquer là que si le conséquent est impossible, il s’ensuit bien que l’antécédent est impossible, mais non inversement. En effet, rien n’empêche que d’une impossibilité résulte nécessairement quelque chose, comme dans cette conditionnelle : si l’homme est un âne, l’homme est un animal. C’est pourquoi ce n’est pas ainsi qu’il faut entendre ce que le Philosophe dit ici, c’est-à-dire que si le premier, à savoir l’antécédent, est impossible, le second, à savoir le conséquent, sera lui aussi impossible. Mais c’est de la manière qui suit qu’il faut comprendre ses paroles : si le conséquent est impossible, l’un et l’autre seront impossibles. Si donc il est évident que A et B sont dans un rapport tel que l’existence de A entraîne nécessairement l’existence de B et que si A est possible il s’ensuit nécessairement que B est possible. Et si B n’est pas possible tandis que A est possible, alors A et B ne seront plus dans le rapport que nous avons posé, à savoir que l’existence de B suit nécessairement celle de A. Mais il faut que, A étant possible, B le soit aussi nécessairement s’il est vrai que l’existence de A entraîne nécessairement celle de B. En effet, lorsque je dis : si on pose A, on pose B, cela signifie qu’il est nécessaire que B soit possible si A est possible, de telle manière cependant qu’il soit possible à B d’exister au moment et de la même manière qu’il est possible à A d’exister. Le possible en effet n’est pas tel qu’il se produise n’importe quand et n’importe comment.

Pour le propos qui concerne les deux «quodammodo», celui selon lequel la puissance et l'acte sont uns et celui selon lequel la puissance et l'acte ne sont pas uns, dans cet enseignement de Thomas d'Aquin, il suffit de relever trois points :

a) Sententia Metaphysicae, lib. 9 l. 3 n. 10 Et primo quid sit esse in potentia, dicens, quod id dicitur esse in potentia, quod si ponatur esse actu, nihil impossibile sequitur. — Et en premier lieu il montre ce que c’est que d’être en puissance en disant qu’une chose est dite possible ou en puissance à quelque chose si son passage à l’acte n’entraîne rien d’impossible.

b) Sententia Metaphysicae, lib. 9 l. 3 n. 18 Et sic loquitur hic philosophus; dicens de possibili, quod necesse est consequens esse possibile, si antecedens fuit possibile. — Et c’est en ce sens que parle ici le Philosophe en parlant du possible lorsqu’il dit qu’il est nécessaire que le conséquent soit possible si l’antécédent est possible.

c) Sententia Metaphysicae, lib. 9 l. 3 n. 20 Non enim possibile est ut sit quocumque tempore et quocumque modo. Le possible en effet n’est pas tel qu’il se produise n’importe quand et n’importe comment.

Le «passage» de la puissance à l'acte mentionné dans cet enseignement rappelle le «fit» du Sententia Metaphysicae, lib. 8 l. 5 n. 13 : Quod enim est in potentia, fit in actu.

Si on s'arrête à ce «passage», il convient de revenir à In Physic., lib. 3 l. 5 n. 17, où Thomas d'Aquin introduit une comparaison entre un «praecedens» et un «consequens», et ce, selon «ipsum» : praecedens comparatur ad ipsum sicut potentia ad actum, unde motus dicitur actus; consequens vero comparatur ad ipsum sicut perfectum ad imperfectum vel actus ad potentiam, propter quod dicitur actus existentis in potentia. — 324. le précédent est comparé à lui-même comme puissance à l'acte, d'où le mouvement est dit acte ; mais le conséquent est comparé à lui-même comme le parfait à l'imparfait ou l'acte à la puissance, ce à cause de quoi il est dit acte d'un existant en puissance.

Ces «comparatur» semble bien rendus avec l'expression «erat esse» dans le «quod quid erat esse» présenté au De ente et essentia, cap. 1 : Et quia illud, per quod res constituitur in proprio genere vel specie, est hoc quod significatur per diffinitionem indicantem quid est res, inde est quod nomen essentiae a philosophis in nomen quiditatis mutatur. Et hoc est quod philosophus frequenter nominat quod quid erat esse, id est hoc per quod aliquid habet esse quid.

L'expression «erat esse» dans le «quod quid erat esse» évoque ce que (quod) la quiddité (quid) était (erat) avant son passage à l'acte d'être (esse) cette quiddité (quid). À Sententia Metaphysicae, lib. 3 l. 15 n. 4, Thomas d'Aquin écrit : Haec autem quaestio determinabitur in nono huius, ubi ostendetur quod actus est simpliciter prior potentia, sed potentia est prior actu tempore in eo quod movetur de potentia ad actum.

Traduction : 522. C’est au neuvième livre de ce traité que le Philosophe répond à cette question où il montre que l’acte, à parler absolument (simpliciter), est antérieur à la puissance mais que la puissance est antérieure à l’acte selon le temps dans les êtres individuels qui, assujettis au mouvement, passent (passage d'un précédent à un conséquent) de la puissance à l’acte (in eo quod movetur de potentia ad actum).

La réponse du Philosophe se lit ainsi : Métaphysique 1049b 17 τῷ δὲ χρόνῳ πρότερον ὧδε· τὸ τῷ εἴδει τὸ αὐτὸ ἐνεργοῦν πρότερον, ἀριθμῷ δ' οὔ. Λέγω δὲ τοῦτο ὅτι τοῦδε μὲν τοῦ ἀνθρώπου τοῦ ἤδη ὄντος κατ' ἐνέργειαν καὶ τοῦ σίτου καὶ τοῦ ὁρῶντος πρότερον τῷ χρόνῳ ἡ ὕλη καὶ τὸ σπέρμα καὶ τὸ ὁρατικόν, ἃ δυνάμει μέν ἐστιν ἄνθρωπος καὶ σῖτος καὶ ὁρῶν, ἐνεργείᾳ δ' οὔπω·

Traduction : Sous le rapport du temps, voici comment l'acte est antérieur à la puissance ; c'est que l'être qui produit un autre être, identique en espèce, si ce n'est numériquement, est antérieur à cet être. Je veux dire que, relativement à cet homme individuel qui existe actuellement, relativement à ce pain que j'ai sous les yeux, relativement à ce cheval, relativement à cet être qui voit, la matière, le blé et l'être capable de voir sont chronologiquement antérieurs. Les éléments qui, en puissance, sont déjà l'homme, le pain et l'être voyant, n'existent pas encore en acte et en fait.

Comme «on ne peut pas dire avec vérité d'une chose qu'on regarde comme possible, qu'elle ne se réalisera jamais», alors qu'on dire avec vérité d'une chose qu'on regarde comme possible, qu'elle est réalisable, c'est sans surprise que, à Super Sent., lib. 3 d. 23 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 1, on voit apparaître l'expression «potentia naturalis» :   Nulla enim res habet esse per habitum, sed per potentiam naturalem (En effet, aucune chose n’a l’être par un habitus, mais par une puissance naturelle) ; et que, à Super Sent., lib. 3 d. 23 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 1, on lit : Ad primum ergo dicendum, quod potentia naturalis qua quis potest esse, determinata est ad unum, scilicet ad esse : ideo ipsius perfectio secundum ipsam naturam potentiae esse potest (1. La puissance naturelle par laquelle quelqu’un peut exister a été déterminée à une seule chose : exister. Sa perfection, selon sa nature même de puissance, peut donc exister.).

Ainsi, dans le contexte de l'exploration en cours, ce «qu'on regarde comme possible» est une «potentia naturalis». Il devient intéressant de l'explorer.

À Super Sent., lib. 1 d. 3 q. 1 pr. , Thomas d'Aquin écrit : Omne quod habet esse ex nihilo, oportet quod sit ab alio, a quo esse suum fluxerit. Dans ce texte, quatre mots retiennent l'attention : «ex», «ab», «a», «fluxerit». «Fluxerit» est un verbe conjugué au futur antérieur ; ce futur est antérieur à un autre futur, un futur simple. Le «ex» exprime une origine : le «nihil», le néant. Le «ab» exprime un moyen, selon l'ablatif pertinent. Le «a» exprime une provenance relative au «alio» qui, lui, n'est pas un «nihil», un néant.

Le sens de la phrase latine est donc : tout ce qui a un être sorti du néant (ex nihilo), obtiendra cet être par un autre qui, lui, est déjà, et ce, malgré un néant auquel il échappe, un autre de qui aura découlé l'être qu'il obtiendra, selon un futur antérieur à un futur simple qui est sous-entendu dans la phrase.

Pour tenter de saisir la subtilité de la phrase latine, il convient de lire ce que Thomas d'Aquin écrit sur le «non ens» à Sententia Metaphysicae, lib. 12 l. 2 n. 14 : Deinde cum dicit dubitabit autem solvit quamdam dubitationem circa praedeterminata; dicens, quod aliquis potest dubitare, cum generatio sit transmutatio de non ente in ens, ex quo non ente in ens fit generatio. Dicitur enim non ens tripliciter. Uno modo quod nullo modo est; et ex tali non ente non fit generatio, quia ex nihilo nihil fit secundum naturam. Alio modo dicitur non ens ipsa privatio, quae consideratur in aliquo subiecto: et ex tali non ente fit quidem generatio, sed per accidens, inquantum scilicet generatio fit ex subiecto, cui accidit privatio. Tertio modo dicitur non ens ipsa materia, quae, quantum est de se, non est ens actu, sed ens potentia. Et ex tali non ente fit generatio per se. Et hoc est quod dicit, quod si aliquod non ens est ens in potentia, ex tali, scilicet non ente, fit generatio per se.

Traduction : 2437. Ensuite lorsqu’il dit: ¨ Mais on se demandera ¨. Il résout une difficulté se rapportant à ce qui a été établi, en disant qu’on pourrait se demander, puisque la génération est un changement du non-être à l’être, à partir de quoi il y a génération du non-être à l’être. Le non-être en effet se dit de trois manières. Il se dit en un sens de ce qui n’existe d’aucune manière et il ne peut y avoir génération à partir d’un tel non-être, parce qu’à partir de rien, rien ne peut être produit par nature. En un deuxième sens, le non-être se dit de la privation qui est considérée dans un sujet : et à partir d’un tel non-être il y a certes génération, mais par accident, c’est-à-dire dans la mesure où il y a génération à partir d’un sujet dans lequel il y a privation. En un troisième sens, le non-être se dit de la matière elle-même qui, quant à ce qu’elle est en elle-même, n’est pas de l’être en acte mais de l’être en puissance. Et c’est à partir d’un tel non-être qu’il y a génération par soi. Et c’est là ce que dit le Philosophe, à savoir que si un non-être est de l’être en puissance, alors à partir d’un tel non-être il y a génération par soi.

La phrase énoncée à Super Sent., lib. 1 d. 3 q. 1 pr. relève du premier sens de «non ens» : «ce qui n’existe d’aucune manière». Et, «il ne peut y avoir génération à partir d’un tel non-être, parce qu’à partir de rien, rien ne peut être produit par nature».

Le second sens de «non ens» est : «le non-être se dit de la privation qui est considérée dans un sujet : et à partir d’un tel non-être il y a certes génération, mais par accident, c’est-à-dire dans la mesure où il y a génération à partir d’un sujet dans lequel il y a privation». D'un tel non-être, qui est «un sujet dans lequel il y a privation», il y a donc génération par accident. Et ce non-être n'est pas «ce qui n’existe d’aucune manière».

Le troisième sens de «non ens» est : «le non-être se dit de la matière elle-même qui, quant à ce qu’elle est en elle-même, n’est pas de l’être en acte mais de l’être en puissance». C'est «à partir d’un tel non-être qu’il y a génération par soi».

Enfin, Aristote est le «philosophe» dont le texte parle en ces termes : «Et c’est là ce que dit le Philosophe, à savoir que si un non-être est de l’être en puissance, alors à partir d’un tel non-être il y a génération par soi.» Et ce non-être, qui n’est pas de l’être en acte, mais qui est de l’être en puissance, est encore moins que le précédent «ce qui n’existe d’aucune manière». C'est une «potentia naturalis».

En résumé, cet enseignement de Thomas d'Aquin se synthétise en une question et une réponse.

Question — Puisque la génération est un changement du non-être à l’être, à partir de quoi il y a génération du non-être à l’être ?

Réponse —Le non-être en effet se dit de trois manières :
a) première façon — le non-être dit de ce qui n’existe d’aucune manière : il ne peut y avoir génération à partir d’un tel non-être, parce que, à partir de rien, rien ne peut être produit par nature ;
b) deuxième façon — le non-être dit de la privation qui est considérée dans un sujet : il y a certes génération à partir d’un tel non-être, mais par accident, c’est-à-dire dans la mesure où il y a génération à partir d’un sujet dans lequel il y a privation ;
c) troisième façon : le non-être dit de la matière elle-même qui, quant à ce qu’elle est en elle-même, n’est pas de l’être en acte mais de l’être en puissance : il y a génération par soi à partir d’un tel non-être ; c’est là ce que dit le Philosophe, à savoir que si un non-être est de l’être en puissance, alors à partir d’un tel non-être il y a génération par soi.

Que dit le Philosophe à Métaphysique 1067b 22, là où il distingue le changement (génération) et le mouvement ? Il écrit : Ὥστ' ἀνάγκη τρεῖς εἶναι μεταβολάς· ἡ γὰρ ἐξ οὐχ ὑποκειμένου εἰς μὴ ὑποκείμενον οὐκ ἔστι μεταβολή· οὔτε γὰρ ἐναντία οὔτε ἀντίφασίς ἐστιν, ὅτι οὐκ ἀντίθεσις. Ἡ μὲν οὖν οὐκ ἐξ ὑποκειμένου εἰς ὑποκείμενον κατ' ἀντίφασιν γένεσίς ἐστιν, ἡ μὲν ἁπλῶς ἁπλῆ, ἡ δὲ τινὸς τίς· ἡ δ' ἐξ ὑποκειμένου εἰς μὴ ὑποκείμενον φθορά, ἡ μὲν ἁπλῶς ἁπλῆ, ἡ δὲ τινὸς τίς. δὴ τὸ μὴ ὂν λέγεται πλεοναχῶς, καὶ μήτε τὸ κατὰ σύνθεσιν ἢ διαίρεσιν ἐνδέχεται κινεῖσθαι μήτε τὸ κατὰ δύναμιν τὸ τῷ ἁπλῶς ὄντι ἀντικείμενον (τὸ γὰρ μὴ λευκὸν ἢ μὴ ἀγαθὸν ὅμως ἐνδέχεται κινεῖσθαι κατὰ συμβεβηκός, εἴη γὰρ ἂν ἄνθρωπος τὸ μὴ λευκόν· τὸ δ' ἁπλῶς μὴ τόδε οὐδαμῶς), ἀδύνατον τὸ μὴ ὂν κινεῖσθαι (εἰ δὲ τοῦτο, καὶ τὴν γένεσιν κίνησιν εἶναι· γίγνεται γὰρ τὸ μὴ ὄν· εἰ γὰρ καὶ ὅτι μάλιστα κατὰ συμβεβηκὸς γίγνεται, ἀλλ' ὅμως ἀληθὲς εἰπεῖν ὅτι ὑπάρχει τὸ μὴ ὂν κατὰ τοῦ γιγνομένου ἁπλῶς)· ὁμοίως δὲ καὶ τὸ ἠρεμεῖν. Ταῦτά τε δὴ συμβαίνει δυσχερῆ.

Traduction : Il en résulte qu’il n’y a nécessairement que trois changements possibles, parce qu’il ne peut pas y avoir changement de ce qui n’est pas sujet à ce qui n’est pas sujet ; car alors il n’y a là, ni contraire, ni contradiction, puisqu’il n’y a pas lieu à une opposition quelconque. Le changement de ce qui n’est pas sujet en un sujet contradictoire est une génération absolue, si le changement est absolu ; partielle, si le changement est partiel. Le changement d’un sujet en ce qui n’est pas sujet, est une destruction absolue, si le changement est absolu ; partielle, si le changement est partiel. Si le Non-être peut s’entendre en plusieurs sens, et si ce qui est composé ou divisé par la pensée ne peut se mouvoir, ce qui n’est qu’en puissance ne le peut pas davantage. En effet, ce qui est en puissance est l’opposé de ce qui est d’une manière absolue ; car le Non-blanc, le Non-bon peuvent bien encore avoir un mouvement accidentel, puisque l’être qui n’est pas blanc pourrait être un homme ; mais ce qui, absolument parlant, n’est pas telle ou telle chose réelle, ne peut pas non plus se mouvoir de quelque façon que ce soit. C’est qu’il est impossible que le Non-être se meuve. Par suite, et si cela est vrai, il devient impossible aussi de dire que la génération soit un mouvement, puisque c’est le Non-être qui s’engendre et devient. Mais si le plus souvent le Non-être ne devient qu’accidentellement, il n’en est pas moins exact de dire que le Non-être s’applique à ce qui devient d’une manière absolue. On peut faire les mêmes observations concernant le repos du Non-être. Ce sont là les difficultés qui se présentent ici

Lorsqu'il commente cet enseignement d'Aristote, Thomas d'Aquin écrit :

a) Sententia Metaphysicae, lib. 11 l. 11 n. 12 Deinde cum dicit quae quidem manifestat quid sint praedictae tres mutationes; et circa hoc tria facit. Primo ostendit quod duae earum sunt generatio et corruptio. Secundo ostendit quod neutra earum est motus, ibi, si itaque non ens. Tertio concludit quae mutatio dicatur motus, ibi, quoniam autem omnis motus et cetera. Dicit ergo primo, quod trium praedictarum mutationum illa quae est de non subiecto in subiectum, existens inter contradictorios terminos, vocatur generatio. Sed hoc contingit dupliciter. Quia aut est mutatio de non ente simpliciter in ens simpliciter, et tunc est generatio simpliciter. Et hoc quando mutabile subiectum mutatur secundum substantiam. Aut est de non ente in ens non simpliciter, sed secundum quid, sicut de eo quod non est album, in albo: et haec est generatio quaedam et secundum quid.

2366. Ensuite lorsqu’il dit : ¨ Certes, les changements qui ¨. Il manifeste ce que sont les trois sortes de changements dont on vient de parler; et à ce sujet il fait trois choses. En premier lieu il montre que deux de ces sortes sont la génération et la corruption. En deuxième lieu il montre qu’aucune de ces deux sortes n’est un mouvement, là où il dit : ¨C’est pourquoi, si le non-être¨. En troisième lieu il conclut en disant quelle sorte de changement est appelée un mouvement, là où il dit : ¨ Mais puisque tout mouvement etc. ¨. Il dit donc en premier lieu que parmi les trois sortes de changements qui précèdent, celle qui a lieu d’un non-sujet à un sujet et qui existe entre des termes contradictoires s’appelle génération. Mais cela peut se présenter de deux manières. Car ou bien le changement a lieu entre un non-être absolu et un être absolu et alors il y a génération absolue. Et cela a lieu quand le sujet du changement est modifié selon la substance. Ou bien le changement n’a pas lieu d’un non-être absolu à un être absolu, mais d’un non-être relatif à un être relatif, comme le changement de ce qui est non-blanc à ce qui est blanc : et il s’agit là d’une génération relative ou sous un certain rapport.

b) Sententia Metaphysicae, lib. 11 l. 11 n. 13 Illa vero mutatio, quae est de subiecto in non subiectum, dicitur corruptio. Et similiter in hac distinguitur simpliciter et secundum quid sicut in generatione.

2367. D’un autre côté ce changement qui va d’un sujet à un non-sujet s’appelle corruption et ici aussi, comme c’est le cas pour la génération, il y a lieu de distinguer entre la corruption absolue et la corruption relative.

c) Sententia Metaphysicae, lib. 11 l. 11 n. 14 Deinde cum dicit si itaque ostendit philosophus quod neutra harum mutationum est motus. Et primo ostendit hoc de generatione. Secundo de corruptione, ibi, neque itaque corruptio motus. Dicit ergo primo, quod non ens dicitur multipliciter sicut et ens. Uno enim modo dicitur quod est secundum compositionem et divisionem propositionis. Et hoc, cum non sit in rebus, sed in mente, non potest moveri.

2368. Ensuite lorsqu’il dit : ¨ C’est pourquoi si ¨. Le Philosophe montre qu’aucune de ces sortes de changements n’est un mouvement. Et en premier lieu il le montre au sujet de la génération. En deuxième lieu il le montre au sujet de la corruption, là où il dit : ¨C’est pourquoi la corruption non plus n’est pas un mouvement ¨. Il dit donc en premier lieu que le non-être, tout comme l’être, se dit de plusieurs manières. Il se dit en effet en un premier sens d’après la composition et la division de la proposition. Et en ce sens, puisque le non-être n’est pas dans les choses mais dans l’intelligence, il n’est pas sujet au mouvement.

d) Sententia Metaphysicae, lib. 11 l. 11 n. 15. Alio modo dicitur ens et non ens secundum potentiam et actum. Et id quod est actu, est simpliciter ens. Quod autem est secundum potentiam tantum, est non ens. Dicit ergo, quod neque contingit moveri hoc non ens, quod quidem est secundum potentiam ens, sed non ens actu, quod est quasi oppositum enti in actu simpliciter.

2369. En un autre sens, le non-être, tout comme l’être, se dit d’après la puissance et l’acte. Et ce qui est en acte est de l’être pris absolument. Mais ce qui est en puissance seulement est du non-être. Il dit donc que ne peut être mû ce non-être qui est certes de l’être en puissance, mais du non-être-en-acte et qui est comme opposé à l’être en acte pris absolument.

e) Sententia Metaphysicae, lib. 11 l. 11 n. 16 Sed quare dixerit quod est oppositum enti simpliciter, manifestat, cum subdit: quod enim non album. Ens enim in potentia, quod opponitur enti in actu, quod non est ens simpliciter, contingit moveri; quia quod non est non album in actu, aut non bonum in actu, contingit moveri, sed tamen secundum accidens. Non enim ipsum non album movetur, sed subiectum in quo est haec privatio, quod est ens actu. Quod enim est non album, potest esse homo. Sed quod est non ens in actu simpliciter, idest secundum substantiam, nequaquam contingit moveri. Si, inquam, haec omnia vera sunt, impossibile est non ens moveri. Et si hoc verum est, impossibile est generationem esse motum, quia non ens generatur. Est enim generatio, ut dictum est, de non ente in ens. Unde, si generatio simpliciter esset motus, sequeretur quod non ens simpliciter moveretur.

2370. Mais parce qu’il vient de dire que le non-être en acte est opposé à l’être pris absolument, il manifeste cela en ajoutant : ¨ Que le non-blanc ne peut en effet ¨. L’être en puissance en effet, qui est opposé à l’être en acte et qui n’est pas de l’être pris absolument, peut être mû; car le non-blanc en acte ou le non-bon en acte peut être mû mais par accident. En effet, ce n’est pas le non-blanc lui-même qui est mû, mais le sujet dans lequel il y a cette privation et qui est de l’être en acte. En effet, le non-blanc peut être un homme. Mais ce qui est du non-être en acte et absolument, c’est-à-dire selon la substance, ne peut jamais se mouvoir. Si tout ce que nous venons de dire est vrai, il est impossible que le non-être soit en mouvement. Et si cela même est vrai, il est impossible que la génération soit un mouvement, car le non-être en un sens est engendré. Comme nous l’avons dit en effet, la génération est un changement du non-être à l’être. Par conséquent, si la génération entendue absolument était un mouvement, il s’ensuivrait que le non-être absolu serait en mouvement.

f) Sententia Metaphysicae, lib. 11 l. 11 n. 17 Sed huic processui posset aliquis obviare, dicens, quod non ens non generatur nisi per accidens: per se enim generatur id quod est subiectum generationis, idest ens in potentia. Non ens autem significat privationem in materia. Unde non generatur nisi per accidens.

2371. Mais on pourrait s’opposer à cette argumentation en disant que le non-être n’est engendré que par accident : en effet, ce qui est engendré par soi, c’est ce qui est ¨le sujet de la génération¨, c’est-à-dire l’être en puissance. Le non-être par ailleurs ne signifie que la privation qui est dans la matière. Il s’ensuit donc de là que le non-être n’est engendré que par accident.

g) Sententia Metaphysicae, lib. 11 l. 11 n. 18 : Sed hanc obviationem excludit, ibi, si enim et quam maxime. Dicens, quod licet ens non generetur nisi secundum accidens, tamen de eo quod generatur simpliciter, verum est dicere, quod est non ens. Et de quocumque est hoc verum dicere, impossibile est id moveri. Ergo subiectum mutationis impossibile est moveri. Et similiter impossibile est ipsum quiescere, quia non ens simpliciter non movetur neque quiescit. Haec enim inconvenientia accidunt, si quis ponit generationem esse motum.

2372. Mais le Philosophe rejette cette objection, là où il dit : ¨ Et si on disait plutôt que c’est surtout ¨, en disant que, bien que de l’être ne soit engendré que par accident, il est cependant vrai de dire que c’est le non-être qui doit être attribué comme point de départ à ce qui est engendré d’une manière absolue. Et au sujet de ce non-être, il est vrai de dire qu’il est impossible qu’il soit en mouvement. Il est donc impossible que ce sujet du changement soit en mouvement et, de la même manière, il est impossible qu’il soit en repos car le non-être absolu ne peut ni se mouvoir ni être en repos. Telles sont donc les difficultés qui surgissent si on admet que la génération est un mouvement.

Et c'est ainsi que, de la troisième façon, qui concerne la «matière elle-même», Thomas d'Aquin passe de la physique à la métaphysique et déclare : «si un non-être est de l’être en puissance, alors à partir d’un tel non-être il y a génération par soi».

À De veritate, q. 2 a. 13 ad 10. , Thomas d'Aquin écrit : Ad decimum dicendum, quod actus potentiae terminatur extra agentem ad rem in propria natura, in qua res habet esse variabile; et ideo conceditur ex parte rei productae, quod res producitur in esse mutabiliter.

Traduction : L’acte d’une puissance (actus potentiae) est terminée à la réalité en sa nature propre (ad rem in propria natura), en laquelle la réalité a un être variable, hors de l’agent (extra agentem) ; voilà pourquoi l’on accorde, du côté de la réalité produite, que la réalité est amenée à l’existence de façon changeante.

Ce texte est cohérent avec ce qui fut établi dans la seconde partie :

a) In Physic., lib. 3 l. 5 n. 7 : là où Thomas d’Aquin soutient qu’il est manifeste que l’action et la passion ne sont pas deux mouvements, mais un même mouvement. Selon que le mouvement provient de l’agent moteur, il est dit action ; selon qu’il est dans le patient, il est dit passion ;

b) In Physic., lib. 3 l. 5 n. 10 : là où Thomas d’Aquin soutient que rien n’empêche qu’un acte soit double, pourvu que ce ne soit pas un selon une même notion, mais un selon une réalité (rem), comme pour la distance entre A et B qui est la même réalité bien qu’elle diffère selon qu’elle est prise en allant de A à B ou selon qu’elle est prise en allant de B à A ; il en est de même de l’acte considéré du patient à l’agent ou considéré de l’agent au patient ; dans de tels cas, un même acte est connu selon diverses notions : celle d’agent, selon qu’il provient de lui (secundum quod est ab eo) ; celle de patient, selon qu’il est en lui (secundum quod est in ipso) ;

c) In Physic., lib. 3 l. 5 n. 13 : là où Thomas d’Aquin affirme qu’il s’impose de distinguer l’acte du patient ou l’acte selon «ut in hoc», soit la passion, et l’acte de l’agent ou l’acte selon «ut ab hoc», soit l’action ; sauf que le mouvement du mouvant et du mû est le même puisqu’il se sépare des notions diverses que sont celle de l’action et celle de la passion, ce pourquoi il n’est contenu ni dans le prédicament «action» ni dans le prédicament «passion».

Ce texte, cohérent avec ce qui fut établi dans la seconde partie, mentionne une réalité ayant une nature propre (ad rem in propria natura), nature qui n'est autre que son quod quid erat esse. C'est dans (ut in hoc) ce quod quid erat esse que l'acte d'une puissance est terminée, et ce hors de l’agent moteur (extra agentem) qui procure le «ut ab hoc

Répondre à ce message
 Liste des forums  |  Vue en arborescence   Nouveau sujet  |  Anciens sujets 


 Liste des forums  |  Besoin d'un identifiant ? Enregistrez-vous ici 
 Connexion
 Nom utilisateur:
 Mot de passe:
 Retenir mon login:
   
 Mot de passe oublié ?
Veuillez saisir votre adresse e-mail ou votre identifiant ci-dessous, et un nouveau mot de passe sera envoyé à l'e-mail associé à votre profil.
Page sans titre