Thomas d'Aquin en questions

 
 
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 Quodammodo 6
Auteur: Stagire 
Date:   12-12-2017 20:26

Que se trouve-t-il dans l'agent hors de qui se termine l'acte d'une puissance concernant le quod quid erat esse d'une nature propre ? Alors que, dans le patient, se trouve l’acte du patient ou l’acte selon «ut in hoc», dans l'agent, se trouve l’acte de l'agent ou l’acte selon «ut ab hoc».

À partir de ce qui précède, peut-on affirmer que, de même qu’il y a des principes de la φύσις, de même il y a des principes de la μετὰφύσις ? Plus explicitement, peut-on affirmer que : de même qu’il y a trois principes de la φύσις, matière-sujet, privation de la forme et forme, de même il y a trois principes de la μετὰφυσικά, de l'ens secundum ens, exception faite de l’acte pur : ens in potentia, non ens actu, ens actu ?

À propos des principes de l'ens secundum est mobile, à Sententia Metaphysicae, lib. 7 l. 7 n. 7, Thomas d'Aquin écrit : Sciendum tamen quod licet in litera dicatur, quod forma fit in materia, non tamen proprie dicitur. Forma enim proprie non fit, sed compositum. Sicut enim dicitur forma esse in materia, licet forma non sit, sed compositum per formam: ita etiam proprius modus loquendi est, ut dicamus compositum generari ex materia in talem formam. Formae enim proprie non fiunt, sed educuntur de potentia materiae, inquantum materia quae est in potentia ad formam fit actu sub forma, quod est facere compositum.

Traduction : 1423. Il faut cependant savoir que, bien qu’on dise dans un document que la forme est engendrée dans une matière, on ne s’exprime pas d’une façon appropriée. En effet, la forme, à proprement parler, n’est pas engendrée, mais c’est le composé qui l’est. En effet, on dit, par exemple, que la forme existe dans la matière, bien que la forme n’existe pas, mais le composé par la forme : ainsi encore la manière appropriée de parler est de dire que le composé est engendré à partir d’une matière dans une forme qui est telle. En effet, les formes à proprement parler ne sont pas engendrées, mais elles sont tirées de la puissance de la matière dans la mesure où la matière qui est en puissance à la forme devient en acte sous la forme, et c’est là ce qu’on appelle produire un composé.

Voici comment se présente Sententia Metaphysicae, lib. 7 l. 7 n. 7 en y opérant les substitutions suivantes : ens in potentia au lieu de materia, et ens actu au lieu de forma, pour que le «compositum» soit un«ens» composé de «potentia» et de «actus» : Sciendum tamen quod licet in litera dicatur, quod ens actu fit in ens in potentia, non tamen proprie dicitur. Ens actu enim proprie non fit, sed compositum. Sicut enim dicitur ens actu esse in ens in potentia, licet ens actu non sit, sed compositum per ens actu: ita etiam proprius modus loquendi est, ut dicamus compositum generari ex ens in potentia in talem ens actu. Ens actu enim proprie non fiunt, sed educuntur de ens in potentia, inquantum ens in potentia quae est in potentia ad ens actu fit actu sub ens actu, quod est facere compositum.

La justification de cette substitution est fournie à Contra Gentiles, lib. 2 cap. 22 n. 5. : Potentia enim propter actum est, sicut materia propter formam. Non potest autem ens in potentia consequi quod sit actu nisi per virtutem alicuius existentis in actu. Traduction : La puissance en effet est à cause de l'acte, comme la matière est à cause de la forme. Or un être en puissance ne peut passer à l'acte que par la vertu d'un autre être déjà en acte.

Le composé, le «compositum», s'oppose au simple, le «simplex», et ce, selon divers modes, comme Thomas d'Aquin l'exprime à Iª q. 3 pr. : Secundo, utrum sit in eo compositio formae et materiae. Tertio, utrum sit in eo compositio quidditatis, sive essentiae, vel naturae, et subiecti. Quarto, utrum sit in eo compositio quae est ex essentia et esse. Quinto, utrum sit in eo compositio generis et differentiae. Sexto, utrum sit in eo compositio subiecti et accidentis. Septimo, utrum sit quocumque modo compositus, vel totaliter simplex. — Traduction : 2. Y a-t-il en lui composition de matière et de forme ? 3. Composition d’essence ou de nature, et de sujet ? 4. Composition de l’essence et de l’existence ? 5. Composition de genre et de différence ? 6. Composition de sujet et d’accident ? 7. Dieu est-il composé de quelque manière, ou absolument simple ? 8. Dieu entre-t-il en composition avec les autres choses ?

Sur la «compositio quae est ex essentia et esse», la «composition de l’essence et de l’existence», ce que Thomas d'Aquin écrit à De potentia, q. 3 a. 13 ad 4. est éclairant : Ad quartum dicendum, quod illud quod habet esse ab alio, in se consideratum, est non ens, si ipsum sit aliud quam ipsum esse quod ab alio accipit; si autem sit ipsum esse quod ab alio accipit, sic non potest in se consideratum, esse non ens; non enim potest in esse considerari non ens, licet in eo quod est aliud quam esse, considerari possit. Quod enim est, potest aliquid habere permixtum; non autem ipsum esse, ut Boetius dicit in libro de hebdomadibus.

Traduction : # 4. Ce qui reçoit l’être d’un autre, considéré en soi, est un non étant s'il est autre que l’être même qu’il reçoit de lui ; mais s'il est lui-même l'être qu'il reçoit d'une autre, il ne peut pas, considéré en soi, être un non étant, bien qu'en lui on puisse considérer ce qui est autre que l’être. Car ce qui existe, peut avoir quelque chose de mêlé, mais pas l’être lui-même, comme Boèce le dit dans son livre De Hebdomadibus.

Le «permixtum», le «mêlé», est opposé au «ipsum esse», au «l’être lui-même». Thomas d'Aquin articule cette opposition comme suit :
a) si ce qui reçoit l’être d’un autre est est lui-même l'être qu'il reçoit d'une autre, alors ce qui reçoit l’être d’un autre, considéré en soi, ne peut pas, être un non étant, bien qu'en lui on puisse considérer ce qui est, en lui, autre que l’être.
b) si ce qui reçoit l’être d’un autre est autre que l’être même qu’il reçoit de l'autre, alors ce qui reçoit l’être d’un autre, considéré en soi, est un non étant ;

Ce «non ens» fut éclairci plus haut à Sententia Metaphysicae, lib. 12 l. 2 n. 14. Selon une deuxième façon, le non-être est le sujet d'une génération par accident ; et, selon une troisième façon, : le non-être est le sujet d'une génération par soi.

À propos de De veritate, q. 2 a. 13 ad 10, là où Thomas d'Aquin écrit : actus potentiae terminatur extra agentem ad rem in propria natura, in qua res habet esse variabile; et ideo conceditur ex parte rei productae, quod res producitur in esse mutabiliter, il fut dit plus haut que ce texte, cohérent avec ce qui fut établi dans la seconde partie, mentionne une réalité ayant une nature propre (ad rem in propria natura), nature qui n'est autre que son quod quid erat esse. C'est dans (ut in hoc) ce quod quid erat esse que l'acte d'une puissance est terminée, et ce hors de l’agent moteur (extra agentem) qui procure le «ut ab hoc». Il fut encore dit que, dans l'agent hors de qui se termine l'acte d'une puissance concernant le quod quid erat esse d'une nature propre, se trouve l’acte du patient ou l’acte selon «ut in hoc», alors que, dans l'agent, se trouve l’acte de l'agent ou l’acte selon «ut ab hoc».

Selon la formule «Possible-Actualisation subie, d'une part, et Agent-Actualisation agie», d'autre part», en tenant compte de ce que, selon De ente et essentia, cap. 1, «nomen essentiae a philosophis in nomen quiditatis mutatur», et que «hoc est quod philosophus frequenter nominat quod quid erat esse, on obtient :
a) l'acte d'un patient selon «ut in hoc» ;
b) l’acte d'un agent selon «ut ab hoc».

Cet acte du patient selon «ut in hoc» et cet acte de l'agent selon «ut ab hoc» sont-ils un seul et même acte, ou deux actes ? En quelque sorte (quodammodo), puissance et acte sont une unité et, en quelque autre sorte (quodammodo), ils ne le sont pas.

Qu'en est-il lorsque, en quelque sorte (quodammodo), puissance et acte sont une unité ? Il y a alors «partage», comme Thomas d'Aquin l'écrit à Contra Gentiles, lib. 1 cap. 22 n. 9 : Omnis res est per hoc quod habet esse. Nulla igitur res cuius essentia non est suum esse, est per essentiam suam, sed participatione alicuius, scilicet ipsius esse. — Traduction : Aucune réalité (res) dont l'essence (essentia) n'est pas son être même (esse suum) n'est par son essence (est per essentiam suam), mais est en raison d'un partage de quelque autre, i.e. de l'être lui-même.

Qu'en est-il lorsque, en quelque sorte (quodammodo), puissance et acte ne sont pas une unité ? Il y a alors distinction entre le «esse» «ut in hoc» du quod quid erat esse, d'une part, et le «esse» «ut ab hoc» de l'agent, comme Thomas d'Aquin l'écrit à De veritate, q. 8 a. 8 co., Thomas d'Aquin affirme : Et per hunc modum probat Avicenna, quod esse cuiuslibet rei praeter primum ens est aliquid praeter essentiam ipsius, quia omnia ab alio esse habent. — Traduction : Et Avicenne prouve de cette façon que, exception faite de l’être premier, l’être de n’importe quelle réalité est quelque chose en plus de son essence (praeter essentiam), car toutes ont l’être par autre chose.

Et, c'est dans un tel cas que devient pertinente l'expression «ut potentia ad actum» que Thomas d'Aquin emploie à Contra Gentiles, lib. 1 cap. 21 n. 6 : Quod non est sua essentia, se habet secundum aliquid sui ad ipsam ut potentia ad actum. — Traduction : Ce qui n'est pas sa propre essence se tient, pour une part de soi-même, à l'égard de son essence comme la puissance par rapport à l'acte.

Cordialement



Message modifié (13-12-2017 00:57)

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