Thomas d'Aquin en questions

 
 
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 Deux questions pour quiconque est intéressé
Auteur: Stagire 
Date:   22-12-2017 23:13

À Sententia Metaphysicae, lib. 4 l. 2 n. 9, Thomas d’Aquin mentionne une thèse d’Avicenne : Sciendum est autem quod circa hoc Avicenna aliud sensit. Dixit enim quod unum et ens non significant substantiam rei, sed significant aliquid additum. Et de ente quidem hoc dicebat, quia in qualibet re quae habet esse ab alio, aliud est esse rei, et substantia sive essentia eius: hoc autem nomen ens, significat ipsum esse. Significat igitur (ut videtur) aliquid additum essentiae.

À Sententia Metaphysicae, lib. 4 l. 2 n. 11, Thomas d’Aquin critique cette thèse d’Avicenne : Sed in primo quidem non videtur dixisse recte. Esse enim rei quamvis sit aliud ab eius essentia, non tamen est intelligendum quod sit aliquod superadditum ad modum accidentis, sed quasi constituitur per principia essentiae. Et ideo hoc nomen «ens» quod imponitur ab ipso esse, significat idem cum nomine quod imponitur ab ipsa essentia.

On a ainsi hoc nomen «ens» quod imponitur ab ipso esse rei, et hoc nomen quod imponitur rei ab ipsa essentia.

Hoc nomen quod imponitur rei ab ipsa essentia n’est pas formulé.

Quel est ce nom ?

À Sententia Metaphysicae, lib. 4 l. 2 n. 11, trois raisonnements sont formulés :

a) un Felapton :
Esse rei non est aliquod superadditum rei ad modum accidentis.
Esse rei est aliud ab rei essentia.
Aliquod aliud ab rei essentia non est aliquod superadditum rei ad modum accidentis.

b) un Darapti :
Esse rei est aliud ab rei essentia.
Esse rei quasi constituitur per principia essentiae.
Aliquid quasi constitutum per principia essentiae est aliud ab rei essentia.

c) un Darapti :
Hoc nomen ens imponitur ab ipso esse.
Hoc nomen ens significat idem cum nomine quod imponitur ab ipsa essentia.
Aliquid nomen quod significat idem cum nomine quod imponitur ab ipsa essentia imponitur ab ipso esse.

Quel est cet «idem» mentionné au second Darapti ?



Message modifié (23-12-2017 03:21)

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 Re: Deux questions pour quiconque est intéressé
Auteur: Delaporte 
Date:   23-12-2017 14:28

Cher Stagire,

Sur votre premier point :

Figurez-vous que je me suis déjà posé cette question ! Voici ce que vaut mon opinion, et je ne m’attacherai pas plus que cela à elle : « hoc nomen «ens» quod imponitur ab ipso esse, significat idem cum nomine quod imponitur ab ipsa essentia » s’expliquerait par cette proposition préalable : “de même que le nom « ens » est imposé à partir (du nom) « esse », de même le nom « ? » est imposé à partir (du nom) « essence »”. Or, à QD de Ver., I, 1, saint Thomas identifie “res” et “essence”, de sorte que le sens serait pour moi : “de même que le nom « ens » est imposé à partir du nom « esse », de même le nom « res » est imposé à partir du nom « essence »”.

D’où la traduction possible du passage : “ce nom « ens » qui est imposé à partir (du nom) « esse » lui-même, signifie la même chose que ce nom (« res ») qui est imposé à partir (du nom) « essence »”.

Sur votre second point, le “idem” de la conclusion de votre second Darapti :

Je traduirai “Aliquid nomen quod significat idem cum nomine quod imponitur ab ipsa essentia imponitur ab ipso esse” de cette façon : “quelque nom qui signifie la même chose que le nom qui est imposé à partir de l’essence elle-même, est imposé à partir de « esse » lui-même”.

D'où, à partir de ma première réponse, “quelque nom” désignerait « ens » qui est imposé à partir de « esse » lui-même, et “le nom qui est imposé à partir de l’essence” serait « res ». La conclusion de votre second Darapti aurait donc pour sens : “quelque nom (à savoir « ens ») qui signifie la même chose que le nom qui est imposé à partir de l’essence elle-même (à savoir « res »), est imposé à partir de « esse » lui-même.

Il me semble que c’est pleinement conforme avec la doctrine de QD de ver Q I, a 1

Cordialement

L'animateur

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 Re: Deux questions pour quiconque est intéressé
Auteur: Stagire 
Date:   23-12-2017 20:47

Cher animateur,

Le «premier point» est : Hoc nomen quod imponitur ab ipsa essentia rei n’est pas formulé. Quel est ce nom ? Votre réponse est «res».

Employons «res». Il s’ensuit que : Et ideo hoc nomen «ens» quod imponitur ab ipso esse, significat idem cum [nomen «res»] quod imponitur ab ipsa essentia.

Le second Darapti, pris du texte même de Sententia Metaphysicae, lib. 4 l. 2 n. 11, devient ainsi :
Hoc nomen «ens» imponitur ab ipso esse.
Hoc nomen «ens» significat idem cum [nomine «res»] quod imponitur ab ipsa essentia.
Aliquid nomen quod significat idem cum [nomine «res»] quod imponitur ab ipsa essentia imponitur ab ipso esse.

Dans ce second Darapti, la majeure emploie «imponitur», alors que la mineure emploie «significat», et ce, pour le même nomen «ens». Et le «idem», constituant le «second point», semble être le complément d’objet direct de «significat».

À Super Sent., lib. 3 d. 6 q. 1 a. 3 co, Thomas enseigne que : Respondeo dicendum, quod in quolibet nomine est duo considerare: scilicet id a quo imponitur nomen, quod dicitur qualitas nominis; et id cui imponitur, quod dicitur substantia nominis: et nomen, proprie loquendo, dicitur significare formam sive qualitatem, a qua imponitur nomen; dicitur vero supponere pro eo cui imponitur. À Super Sent., lib. 3 d. 6 q. 1 a. 3 ad 1, il ajoute : Ad primum ergo dicendum, quod diversitas suppositionis non facit aequivocationem; sed diversitas significationis.

Si hoc nomen «ens» imponitur ab ipso esse, «ab ipso esse» s’entend du id a quo imponitur nomen «ens», i.e. la qualitas nominis «ens». Car, tout nomen, proprie loquendo, dicitur significare formam sive qualitatem, a qua imponitur nomen. Donc, hoc nomen «ens» significat ipsum esse.

Par ailleurs, tout nomen dicitur vero supponere pro eo cui imponitur. Or, id cui imponitur le nomen «ens», quod dicitur substantia nominis, n’est pas identifié dans la majeure.

Il semble bien que le «idem» de la mineure, qui suit un «significat» et non un «imponitur», n’est pas le id cui imponitur le nomen «ens».

Or, dans le dictionnaire de Gaffiot, l’expression «idem cum», qu’on a bien ici, exprime une corrélation. Il s’ensuit que le «idem» n’est pas le complément d’objet direct de «significat».

De même que hoc nomen «ens» significat ipsum esse, ce qui vient d’être établi, de même nomen «res» quod imponitur ab ipsa essentia significat ipsam essentiam.

Ainsi, le « idem cum» exprime une corrélation entre hoc quod nomen «ens» significat et hoc quod nomen «res» significat.

Et, il reste à éclaircir la nature de la corrélation exprimée par «idem cum». Et on a comme guide ce que Thomas écrit à Super Sent., lib. 3 d. 6 q. 1 a. 3 ad 1 : Ad primum ergo dicendum, quod diversitas suppositionis non facit aequivocationem; sed diversitas significationis. Ce guide pointe vers la proportion de l’ens commune : ens dicitur multipliciter.

C’est ainsi qu’on en vient aux deux autres raisonnements formulés à Sententia Metaphysicae, lib. 4 l. 2 n. 11 :

a) le Felapton :
Esse rei non est aliquod superadditum [rei] ad modum accidentis.
Esse rei est aliud ab [rei] essentia.
Aliquod aliud ab [rei] essentia non est aliquod superadditum [rei] ad modum accidentis.

b) le Darapti :
Esse rei est aliud ab [rei] essentia.
Esse rei quasi constituitur per principia essentiae.
Aliquid quasi constitutum per principia essentiae est aliud ab [rei] essentia.

Le Felapton prend comme moyen terme «esse rei», et non «esse» tout court. Et la majeure dit que l’esse de la res ne s’ajoute pas à la res selon le mode de l’accident. Le terme majeur est : superadditum [rei] ad modum accidentis.

Y a-t-il un autre mode selon lequel l’esse de la res s’ajoute à la res ? Il semble que oui, puisque la mineure le présuppose en disant : Esse rei est aliud ab [rei] essentia.

Et le Darapti l’affirme en reprenant la mineure du Felapton comme majeure, là où le terme majeur est : aliud ab [rei] essentia.

Et le Darapti précise l’affirmation dans sa mineure avec le terme mineur : quasi constituitur per principia essentiae.

Dès lors, trois problèmes se posent ; que faut-il entendre par :
a) constituitur
b) principia essentiae
c) quasi

«Constituitur», de «constituor», est construit au passif avec «cum» et «statuo». En français, on a aussi un «constituer», et un «statuer». Il ne s’ensuit pas les acceptions latines en usage au XIIIe siècle et les acceptions françaises en usage au XXIe siècle soient identiques.

J’orienterais la recherche vers «former un tout (concret ou abstrait) en rassemblant des éléments suivant une loi d’organisation» telle que : Aliquid quasi constitutum per principia essentiae est aliud ab [rei] essentia, et ce, pour tenir compte de Super Sent., lib. 1 d. 25 q. 1 a. 4 co, entre autres.

Cordialement

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 Re: Deux questions pour quiconque est intéressé
Auteur: Delaporte 
Date:   24-12-2017 11:47

Cher Stagire

Vous écrivez : « Dans ce second Darapti, la majeure emploie «imponitur», alors que la mineure emploie «significat», et ce, pour le même nomen «ens». Et le «idem», constituant le «second point», semble être le complément d’objet direct de «significat» »

Oui, nous sommes dans la doctrine traditionnelle chez saint Thomas de la distinction entre imposition et signification

Puis : « Si hoc nomen «ens» imponitur ab ipso esse, «ab ipso esse» s’entend du id a quo imponitur nomen «ens», i.e. la qualitas nominis «ens». Car, tout nomen, proprie loquendo, dicitur significare formam sive qualitatem, a qua imponitur nomen. Donc, hoc nomen «ens» significat ipsum esse. »

Non, la signification n’est pas l’imposition. L’imposition indique l’origine de la construction du mot. Nous sommes quasiment en grammaire. Tandis que la signification indique le dit du mot. Nous sommes déjà en logique. “Ens” est imposé à partir de “esse”, mais ne signifie pas pour autant “esse”. En fait, “ens” signifie “quod est”.

Puis : « Or, dans le dictionnaire de Gaffiot, l’expression «idem cum», qu’on a bien ici, exprime une corrélation. Il s’ensuit que le «idem» n’est pas le complément d’objet direct de «significat». »

Pardonnez-moi, mais je ne vois pas vraiment pourquoi. Si nous traduisons par “signifie la même chose que”, nous avons notre corrélation

Puis « De même que hoc nomen «ens» significat ipsum esse, ce qui vient d’être établi, de même nomen «res» quod imponitur ab ipsa essentia significat ipsam essentiam. »

Non, je ne partage pas votre explication. L’imposition n’est pas la signification, mais l’origine de la construction du mot. Saint Thomas répète plusieurs fois, à la suite d’Avicenne, que “ens imponitur ab esse”. Pourquoi fait-il ainsi ? Parce que “ens” est un néologisme en latin, voire un barbarisme, car en bonne grammaire latine, le verbe “esse” n’a pas de participe présent. Il en va d’ailleurs de même de “to on” en grec ou d’“un étant” en français, ce sont des constructions ad hoc pour les besoins des philosophes, sans existence réelle dans le langage courant. C’est pourquoi saint Thomas éprouve le besoin d’expliquer l’origine de la construction du mot dans ce cas précis, ce qu’il ne fait pas, Dieu merci, pour chacun des mots qu’il emploie.

Puis « Ainsi, le « idem cum» exprime une corrélation entre hoc quod nomen «ens» significat et hoc quod nomen «res» significat. »

Oui.

Puis « Et, il reste à éclaircir la nature de la corrélation exprimée par «idem cum». Et on a comme guide ce que Thomas écrit à Super Sent., lib. 3 d. 6 q. 1 a. 3 ad 1 : Ad primum ergo dicendum, quod diversitas suppositionis non facit aequivocationem; sed diversitas significationis. Ce guide pointe vers la proportion de l’ens commune : ens dicitur multipliciter. »

Pour ma part, je prendrai plutôt comme référence ce passage de De Ver Q I, a1 : « Ens non potest esse genus, sed secundum hoc aliqua dicuntur addere super ens, in quantum exprimunt modum ipsius entis qui nomine entis non exprimunt ». Le mot “res” signifie la même chose que le mot “ens”, à savoir “ens”, auquel il n’ajoute rien mais l’exprime selon une modalité différente. C’est pourquoi l’origine de l’imposition du mot res est différente de celle du mot ens ; c’est pour exprimer cette différence de modalité de point de vue à propos d’une réalité qui est “idem” pour les deux.

Cordialement

L'animateur

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 Re: Deux questions pour quiconque est intéressé
Auteur: Stagire 
Date:   24-12-2017 19:45

Cher animateur,

> Pour ma part, je prendrai plutôt comme référence ce passage de
> De Ver Q I, a1...

Sur «res» et «ratio», je vous signale le livre très instructif de Albert Yon : Ratio et les mots de la famille de reor.

J'avais écrit : «J’orienterais la recherche vers "former un tout (concret ou abstrait) en rassemblant des éléments suivant une loi d’organisation"».

Avec «former un tout», j'avais en tête l'opposition «simple-composé», mise en œuvre à Summa Theologiae I, q. 3, comme «loi d'organisation».

Avec le conditionnel «orienterais», je signalais que je n'entreprendrai pas la recherche puisque je connais déjà l'échec des grandes signatures.

À Sententia Metaphysicae, lib. 4 l. 2 n. 6, Thomas affirme une «omnino idem» :
Ista tria, res, ens, unum, significant omnino idem, sed secundum diversas rationes :
a) hoc nomen res imponitur a quidditate tantum
b) hoc nomen ens imponitur ab actu essendi
c) hoc nomen unum imponitur ab ordine vel indivisione

Et l'ajout de «natura» et de «suppositum» est encore à considérer.

À Super Sent., lib. 1 d. 25 q. 1 a. 4 co, Thomas affirme une «differunt... in re» :
hoc nomen ens et res differunt secundum quod est duo considerare in re, scilicet quidditatem et rationem ejus, et esse ipsius; et a quidditate sumitur hoc nomen res

À cet égard, Sententia Metaphysicae, lib. 4 l. 12 est à considérer.

À Super Sent., lib. 2 d. 3 q. 1 a. 1 co, Thomas emploie «praeter» :
Sed omne quod est praeter Deum habet esse acquisitum ab alio. Ergo in solo Deo suum esse est sua quidditas vel natura; in omnibus autem aliis esse est praeter quidditatem, cui esse acquiritur.

Finalement, un constat s'impose : la doctrine que Thomas expose dans les textes qui sont à notre disposition contient un problème non encore résolu pour les grandes signatures.

Cordialement

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 Re: Deux questions pour quiconque est intéressé
Auteur: Delaporte 
Date:   25-12-2017 08:30

Cher Stagire,

Il faut noter que vos quatre citations vont par deux : deux semblent indiquer une différence entre ens et res, et deux une totale similitude. Or les deux premières sont issues des Sentences, et les deux dernières des Métaphysiques, soit quelques quinze années plus tard. On ne peut donc exclure une précision accrue dans l'expression entre les deux sources (à bien analyser, elles ne sont peut-être pas si contradictoires que cela).

Voici comment je vois la chose : au début, forte influence d'Avicenne, malgré des critiques dès le départ, puis éloignement d'Avicenne à la lecture d'Averroès, puis éloignement d'Averroès et retour à Aristote lui-même avec la crise de l’averroïsme latin (d'où les commentaires).

Mais à la fois l'identité entre res et ens, ainsi que la distinction entre ens et essence se trouvent déjà chez Aristote (c'est au fond l'objet de tout le livre VII des Métaphysiques).

Cordialement

L'animateur

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 Re: Deux questions pour quiconque est intéressé
Auteur: Stagire 
Date:   25-12-2017 18:57

Cher animateur,

> On ne peut donc exclure une précision accrue
> dans l'expression entre les deux sources (à
> bien analyser, elles ne sont peut-être pas si contradictoires
> que cela).

Je suis enclin à penser que Thomas, au cours de ses travaux, dont la réalisation s'est étendue dans le temps, s'est graduellement mieux instruit des subtilités que le sujet offre.

Je suis fermement convaincu qu'il ne s'est pas formellement contredit. Sa formation en grammaire et en logique le prémunissait. Il arrive qu'il la manifeste explicitement, mais pas toujours. Il s'adressait à un auditoire qui lui était contemporain, des étudiants formés à l'université médiévale.

Nous, au XXIe siècle, ne possédons que des textes pris de manuscrits plusieurs fois recopiés. Nous ne possédons pas la même formation universitaire que ses étudiants. Nous avons quelque peu perdu notre latin ;-), ce latin qu'il parle et écrit couramment.

Je ne m'étonne pas que, au XXIe siècle, les interprètes de ces textes divergent dans leur interprétation. Je ne m'étonne même pas que certaines de ces divergences possèdent une persistance telle qu'aucun remède n'y soit trouvé.

Plus encore ! Il est évident que «esse» est à la racine de «ens» et de «essentia», et que cet arbre présente le mystère de l'être auquel des philosophes (je parle des grands, et non des répétiteurs) se sont attaqués. À cet égard, il est éclairant de constater qu'Aristote déclare que l'être est un prédicat, alors que Kant déclarera que l'être n'est pas un prédicat, ce qui constitue une contradiction manifeste.

Cordialement

P.S. : Une autre citation -- Compendium theologiae, lib. 1 cap. 10 -- In Deo autem, cum sit simplex, ut ostensum est, non est invenire duo quorum unum sit per se, et aliud per accidens. Oportet igitur quod essentia eius sit omnino idem quod ipse. Item. In quocumque essentia non est omnino idem cum re cuius est essentia, est invenire aliquid per modum potentiae, et aliquid per modum actus, nam essentia formaliter se habet ad rem cuius est essentia, sicut humanitas ad hominem: in Deo autem non est invenire potentiam et actum, sed est actus purus; est igitur ipse sua essentia.



Message modifié (25-12-2017 20:37)

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 Re: Deux questions pour quiconque est intéressé
Auteur: Stagire 
Date:   26-12-2017 01:19

Cher animateur,

> Non, la signification...
> (...)
> Non, je ne...

Avant de nier, relisez l'enseignement de Thomas à Super Sent., lib. 3 d. 6 q. 1 a. 3 co :

1. Respondeo dicendum, quod in quolibet nomine est duo considerare:
a) id a quo imponitur nomen, quod dicitur qualitas nominis;
b) id cui imponitur, quod dicitur substantia nominis:

Bref, id a quo imponitur nomen est dit : qualitas nominis.

Qualitas nominis est id a quo imponitur nomen.

2. Et nomen, proprie loquendo, dicitur significare formam sive qualitatem, a qua imponitur nomen;

Le nom, proprement dit, signifie la qualitas nominis.

La qualitas du nom pris comme signe est le signifié du nom pris comme signe.

3. Dicitur vero supponere pro eo cui imponitur.

Id cui imponitur est dit : substantia nominis

La substantia du nom détermine sa valeur de suppléance.

Cordialement



Message modifié (26-12-2017 01:28)

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 Re: Deux questions pour quiconque est intéressé
Auteur: Delaporte 
Date:   26-12-2017 09:50

Cher Stagire,

Vous dites : "Le nom, proprement dit, signifie la qualitas nominis"

Aux Sentences, nous lisons aussi ceci, qui me paraît particulièrement explicite : "Ad primum ergo dicendum, quod hoc nomen Deus potest considerari dupliciter. Vel quantum ad id a quo nomen imponitur, quod est quasi qualitas nominis; et sic est nomen operationis, secundum Damascenum. Vel quantum ad id cui imponitur, quod est substantia significata per nomen; et sic est nomen naturae, quia ad significandum divinam naturam est impositum." (Super Sent., lib. 1 d. 2 q. 1 a. 5 expos.)

Le nom ne signifie pas "la qualité du nom", mais la réalité pour laquelle (cui) il a été imposé. "La nature" est sa signification, qui est la finalité (cui) de son imposition (dans l'exemple, la nature divine). La "qualité du nom" désigne l'origine (a quo) d'où le nom a été imposé (dans l'exemple, l'activité de vision). Désolé de devoir nier, au vu de la doctrine de Thomas.

Cordialement

L'animateur

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 Re: Deux questions pour quiconque est intéressé
Auteur: Stagire 
Date:   26-12-2017 20:14

Cher animateur,

> Vous dites : "Le nom, proprement dit, signifie la qualitas
> nominis"

Il y a erreur sur l’auteur.

C’est Thomas qui le dit : nomen, proprie loquendo, dicitur significare qualitatem.

Cette qualitas est une passion de l’âme, un modus intelligendi d’un modus essendi, modus intelligendi rendu par un modus significandi.

À cet égard, il convient de rappeler De potentia, q. 7 a. 6 co. : Sed sciendum quod significatio nominis non immediate refertur ad rem, sed mediante intellectu: sunt enim voces notae earum quae sunt in anima passionum, et ipsae intellectus conceptiones sunt rerum similitudines, ut patet per philosophum in principio Periherm.

À propos de Super Sent., lib. 1 d. 2 q. 1 a. 5 expos., il convient de rappeler :

a) Primo igitur modo accipiendo esse, non possumus scire esse Dei, sicut nec eius essentiam (Iª q. 3 a. 4 ad 2) ; vous invoquez le plus obscur pour expliquer le plus clair ;

b) le modus supponendi dépend du modus significandi (Summa Theologiae I, q. 39 a. 5 co.).

Cordialement



Message modifié (28-12-2017 18:03)

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 Re: Deux questions pour quiconque est intéressé
Auteur: Delaporte 
Date:   17-01-2018 10:22

Cher Stagire,

Quelques citations, pour avancer sur le sujet :

« Peryermenyas, lib 1, l 4, n°9 Unum nomen imponitur ad significandum unum simplicem intellectum; aliud autem est id a quo imponitur nomen ad significandum, ab eo quod nomen significat; sicut hoc nomen lapis imponitur a laesione pedis, quam non significat: quod tamen imponitur ad significandum conceptum cuiusdam rei.

Un nom est imposé à signifier une intellection simple ; autre est ce à partir de quoi est imposé le nom à signifier et autre ce que le nom signifie ; comme ce nom “lapis” (pierre) est imposé à partir de “laesione pedis” (lésion du pied), qu’il ne signifie pas ; il est pourtant imposé à signifier le concept de quelque chose.

Super Sent., lib. 1 d. 2 q. 1 a. 5 expos. [...]-23 Deus enim, ut ait Ambrosius, nomen est naturae, dominus vero nomen est potestatis. Videtur quod Deus non sit nomen naturae per derivationes hujus nominis Theos, quas Damascenus ponit. Dicit enim, quod Theos quod est Deus, dicitur ab ethim, quod est ardere, quia Deus noster, ignis consumens est, Deuter. 4, 24.

Dieu, en effet, comme l’a dit Ambroise, est le nom d’une nature, Seigneur, en revanche, est le nom d’un pouvoir. Il semble que Dieu ne soit pas le nom d’une nature par dérivation de ce nom “theos” posé par Damascène. Il dit en effet que “theos” qui est Dieu, est dit à partir de “ethim”, qui est brûler parce que notre Dieu est un feu consumant (Dt 4:24 )

In De divinis nominibus, cap. 12 pr. [...]-26 Deinde, cum dicit: deitas autem... ostendit quid sit deitas. Et quia, ut Damascenus dicit, hoc nomen Theos quod in Graeco signat Deum, a theasthe idest considerando omnia dicitur, ideo nomen deitatis hic Dionysius secundum rationem providentiae exponit. In nomine autem providentiae intelligitur cognitio non per modum speculationis tantum, sed secundum quod est directiva et inclinativa ad rerum gubernationem.

Ensuite, quand il dit : la déité cependant …, il montre ce qu’est la déité. Et parce que, comme le dit Damascène, ce nom “theos” qui désigne Dieu en grec, est dit à partir de “theasthe” c’est-à-dire de “considérant toutes choses”, c’est pourquoi Denys expose ici le nom de déité selon la notion de providence. Dans le nom de providence, est comprise la connaissance non par seul mode de spéculation, mais selon qu’elle dirige et incline au gouvernement des choses.

Super Sent., lib. 3 d. 6 q. 1 a. 3 co. Respondeo dicendum, quod in quolibet nomine est duo considerare: scilicet id a quo imponitur nomen, quod dicitur qualitas nominis; et id cui imponitur, quod dicitur substantia nominis: et nomen, proprie loquendo, dicitur significare formam sive qualitatem, a qua imponitur nomen; dicitur vero supponere pro eo cui imponitur.

Je réponds en disant que dans n’importe quel nom, il faut considérer deux choses : à savoir ce à partir de quoi le nom est imposé qui est dit qualité du nom, et ce pour quoi il est imposé, qui est dit la substance du nom ; et le nom, à proprement parler, est dit signifier la forme ou la qualité par laquelle est imposé le nom ; il est dit supposer pour ce pour quoi il est imposé.
»

Il me semble que la dernière citation est davantage destinée à faire la différence entre imposition et supposition qu’entre imposition et signification, étant entendu que le plus souvent, imposition et signification se confondent. La seconde et la troisième citations sont intéressantes, car elles expliquent différemment l’imposition du nom “theos”, pourtant semble-t-il d’après la même origine : Jean de Damas. Dans la seconde, theos viendrait de ethim et dans la troisième de theasthe, mais la signification, quant à elle, serait inchangée dans les deux cas, et serait Dieu. Ce qui montre bien la différence, dans certains cas, entre imposition et signification. C’est ce que confirme la première citation, qui, compte tenu de son origine au Traité de l’Interprétation, me paraît la plus appropriée.

Cordialement

L'animateur

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 Re: Deux questions pour quiconque est intéressé
Auteur: Stagire 
Date:   17-01-2018 19:25

Cher animateur,

Je vous remercie de m'avoir communiqué ces citations qui vous font écrire :

> Il me semble que la dernière citation est davantage destinée à
> faire la différence entre imposition et supposition qu’entre
> imposition et signification, étant entendu que le plus souvent,
> imposition et signification se confondent. La seconde et la
> troisième citations sont intéressantes, car elles expliquent
> différemment l’imposition du nom “theos”, pourtant semble-t-il
> d’après la même origine : Jean de Damas. Dans la seconde, theos
> viendrait de ethim et dans la troisième de theasthe, mais la
> signification, quant à elle, serait inchangée dans les deux
> cas, et serait Dieu. Ce qui montre bien la différence, dans
> certains cas, entre imposition et signification. C’est ce que
> confirme la première citation, qui, compte tenu de son origine
> au Traité de l’Interprétation, me paraît la plus
> appropriée.

La doctrine de la suppléance, telle que l'expose J Maritain dans son traité de logique, s'inspire de Super Sent., lib. 3 d. 6 q. 1 a. 3 co.

Au siècle suivant, notamment avec Occam, elle sera torpillée par le nominalisme.

Cordialement

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 Re: Deux questions pour quiconque est intéressé
Auteur: Delaporte 
Date:   17-01-2018 20:00

Cher Stagire,

Vous aurez remarqué que saint Thomas ne fait appel à la théorie de la supposition que dans deux cas précis, et ... disons ... particuliers. Il s'agit du mystère de la Trinité et celui de l'Incarnation, où la question du "suppôt" prend un tour original. Il y a identité entre notion universelle et sujet singulier. Ailleurs, cette théorie est totalement absente des ouvrages de Thomas.

Cordialement

L'animateur

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 Re: Deux questions pour quiconque est intéressé
Auteur: Stagire 
Date:   17-01-2018 20:54

Cher animateur,

> Ailleurs, cette théorie est totalement absente des
> ouvrages de Thomas.

Thomas n'a pas écrit d'ouvrage personnel sur la logique.

Medieval Supposition Theory Revisited
https://books.google.ca/books?isbn=9004260234 - Traduire cette page
2013 - ‎History
Finally, I shall conclude by saying something about how Savonarola understands supposition in his handbook oflogic (3). 1. Thomas Aquinas and Supposition It is well known that Thomas Aquinas pays scant attention to supposition. Although Aquinas makes no effort to elaborate a full-fledged theory of supposition, ...

Voir aussi http://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/supposition-logic

Mais, il en emploie la doctrine en cours à son époque.

Nous avons déjà eu cette discussion.

Cordialement



Message modifié (17-01-2018 21:17)

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