Auteur: Varna
Date: 07-04-2005 15:43
Auteur: a.dumouch
Date: 07-04-2005 07:19
Cher Manuel
L'un part de la vache concrète et y revient: il est réaliste.
L'autre part de la vache abstraite et y reste. Il est coupé du réel.
Et c'est absolument différent. On le voit d'ailleurs dans le résultat.
Le premier est en général simple; le second tourne, virevolte dans des concepts.
Arnaud
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Bonjour Arnaud,
« Empiriste » : « Partir de » la chose, indique bien qu’on la quitte (fut-ce pour y revenir). C’est en effet être réaliste, mais seulement parce qu’on part de la chose. Cela ne signifie pas qu’on reste réaliste en allant là où l’on va : vers l’idée, l’essence, le réel, la connaissance objective, etc. (suivant ce que l’on cherche). Ce mouvement est propre à la réflexion (qui se nourrit donc d’idées sans être ici taxée d’idéalisme) dont le but est de connaître, et ne s’oppose en tant qu’il est médiation qu’à la pure perception de la chose qui se contente d’elle-même : celle-ci ne « part de » ni ne « va » nulle part. (sauf à considérer la double intention de la perception, thèse scolastique, je crois).
Prétendre que l’autre (« l’essentialiste » selon vous) est « coupé du réel » parce qu’il part non plus de la chose mais de l’idée (notez que par idée il faut aujourd’hui entendre toute la méthodologie scientifique), c’est liquider un peu vite l’idéalisme (dont la définition est qu’il part de l’idée pour aller… vers la chose). Car ce mouvement qui part de l’idée peut avoir en tête d’atteindre la chose. En astrophysique par exemple, c’est l’idée qui prédomine sur l’observation (ce que vous appelez l’empirisme), au point que l’existence d’une planète maintenant se calcule sur le papier. Armé « d’essentialisme » mathématique et méthodologique (lol) il (notre idéaliste essentialiste) ne « plane » pas, il arrive effectivement à la chose ; il ne « virevolte » pas dans des concepts, il finit bien par se poser sur la planète.
Réalisme et idéalisme relèvent tous deux d’une intention qui est de connaître. Empiriste est aussi le second puisqu’il vérifie a posteriori par l’expérience (: ne pas réduire l’idéalisme à la spéculation métaphysique !) ce que le premier prétend être « donné » a priori. Vouloir connaître, c’est déjà une médiation à la perception, c’est-à-dire à l’empirisme « pur », le seul véritable.
Les deux chemins se valent donc tant qu’ils ne s’opposent pas et ne s’érigent pas en doctrine. Ils se complètent de toute façon.
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L’essence est affaire de connaissance, l’existence est affaire d’expérience, de vécu (j’écarte ici la position de la foi religieuse, je m’en tiens à l’opposition philosophique). L’une a trait à l’être de l’objet, l’autre à l’être au monde du sujet. Mais ça n’est pas seulement « sujet » et « objet » qui marquent la différence de point de vue, c’est aussi et surtout leur finalité respective : l’essence est statique, propre à une vérité fixe qui s’apprend, se transmet, se dit, fige en quelque sorte le monde ; l’existence est mobile, propre à une « vérité » à construire par l’acte, notre agir au monde. De fait, l’existentialisme est apparu et s’est érigé historiquement contre toute vérité fixe et pour un agir humain qui laisserait place à … la liberté. Le mot « être » n’est donc de part et d’autre de la prétendue opposition qu’un simple homonyme ; l’existentialisme d’un homme n’empêche nullement qu’il s’intéresse à l’essence des choses, voire, comme Aristote, à l’essence de l’être même. Il n’y a pas nécessaire opposition.
Je n’épuiserai pas la question, mais :
a) Une chose est de vouloir connaître Arnaud.
b) Une autre de vouloir connaître l’essence d’Arnaud. (« Tous les hommes sont mortels, or Arnaud est un homme, donc Arnaud est mortel ». Le syllogisme bien connu d’Aristote)
c) Une autre est de vouloir éprouver (connaître ?) l’être au monde d’Arnaud
d) Une autre encore est de vouloir définir l’être en tant qu’être (= Platon et son Idée)
e) Une autre enfin de vouloir définir l’être en tant qu’être – sans l’Idée platonicienne (= Aristote).
Etc. sans doute.
Heureusement « l’essentiel » des êtres vivants se contentent de percevoir. ;-)
Si j’en crois Pierre Aubenque, la tâche que s’est fixée Aristote (en e)) n’est pas la connaissance empirique. Qu’il ait découvert des moyens de connaître Arnaud et apparentés (en a), de les « prédiquer » à l’aide de catégories, c’est cela seul qu’il a pu découvrir. Lui, le premier « universitaire », découvre les vertus de la réflexion, de la classification, de la méthodologie mais aussi que rien de tout cet appareillage ne définit en fin de compte ce qu’il cherche en réalité : l’être en tant qu’être hors Idée platonicienne. Quels que soient les résultats qu’il obtint, Aristote, par ce type d’objet de recherche, serait donc bien plus près des « essentialistes » et donc de Platon qu’il ne l’est de Sextus… Empiricus. Chercher, comme il le fit, l’être en tant qu’être sans le secours de l’Idée, voilà qui fait de lui un méta-physicien (terme à mon sens plus heureux « qu’essentialiste »).
Mais un métaphysicien peut se doubler d’un existentialiste : poser la question « qu’est-ce que être au monde ? » serait son être au monde ! - Question f) donc, sur la liste ci-dessus !
Varna
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