Thomas d'Aquin en questions

 
 
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 Ens et res
Auteur: Stagire 
Date:   23-09-2018 21:39

Cher animateur,

Le 21-09-2018, vous avez écrit à Alcor :
> Dans le cas du présent, comme dans celui du passé, la chose
> nommée par le sujet de la proposition, est ou a été dans la
> réalité, le siège d’inhérence de l’accident attribué comme
> prédicat dans cette même proposition.

Le commentaire qui suit fait abstraction du problème que pose le temps ; le problème que pose le temps concerne l’être dit mobile, et précisément son mouvement, puisque le temps est le nombre du mouvement.

Le commentaire porte plutôt sur : «La chose nommée par le sujet de la proposition est, dans la réalité, le siège d’inhérence de l’accident attribué comme prédicat dans cette même proposition.»

Cette phrase pose le problème du lien entre l’ens et la res, soit les deux premiers transcendantaux de la suite ordonnée : ens, res, unum, aliquid, verum, bonum. C’est ce problème qui me conduit à vous consulter. Évidemment, tout autre qui le désire peut intervenir.

À ST Ia Quaestio 3 pr., Thomas introduit son enquête comme suit : «Cognito de aliquo an sit, inquirendum restat quomodo sit, ut sciatur de eo quid sit.» Il suit ici l’ordre des questions établi aux Seconds analytiques : d’abord «an sit», et, si la réponse est affirmative, ensuite «quid sit». En ce qui concerne Dieu, la question «an sit» a reçu une réponse affirmative à Quaestio 2. Il passe donc à la question «quid sit».

À ce propos, à ST Ia Quaestio 3 pr., il ajoute : «Sed quia de Deo scire non possumus quid sit, sed quid non sit, non possumus considerare de Deo quomodo sit, sed potius quomodo non sit.» En ce qui concerne la connaissance scientifique de Dieu (de Deo scire) comme réponse à la question «quid sit», il n’est pas possible d’aborder le problème selon «quomodo sit», mais il est possible de l’aborder selon «quomodo non sit» ; autrement dit, la connaissance scientifique de Dieu (de Deo scire) comme réponse à la question «quid sit» procède, non pas selon ce qu’il est, mais selon ce qu’il n’est pas.

Pour pouvoir dire ce que Dieu n’est pas, il s’impose de le comparer à un autre qui, lui, a un «ce qu’il est» qui n’est pas celui de Dieu. Autrement dit, le «ce qu’il n’est pas» de Dieu est une négation du «ce qu’il est» de l’autre.

Pour faire cette comparaison, il enchaîne son propos sur le «quomodo non sit» en soulevant huit problèmes, dont le troisième est : «Tertio, utrum sit in eo compositio quidditatis, sive essentiae, vel naturae, et subiecti.» Y a-t-il en Dieu une composition d’une quiddité et d’un sujet (compositio quidditatis, et subiecti) ?

La réponse sera que, en Dieu, il n’y a pas de composition d’une quiddité et d’un sujet (compositio quidditatis, et subiecti). L’argument sera exposé en faisant valoir que, dans l’autre, celui qui n’est pas Dieu, il y a composition d’une quiddité et d’un sujet (compositio quidditatis, et subiecti), et que cet autre se décrit avec l’expression «in rebus compositis ex materia et forma».

Le commentaire annoncé plus haut consiste à exposer que la composition d’une quiddité et d’un sujet (compositio quidditatis, et subiecti), celle qu’on trouve chez l’autre qui n’est pas Dieu ou «in rebus compositis ex materia et forma», apporte une précision à la phrase : «La chose nommée par le sujet de la proposition est, dans la réalité, le siège d’inhérence de l’accident attribué comme prédicat dans cette même proposition.»

La réponse à la question : «Tertio, utrum sit in eo compositio quidditatis, sive essentiae, vel naturae, et subiecti.», énoncée à ST Ia Quaestio 3 pr., se trouve à Iª q. 3 a. 3 co., très précisément à : «in rebus compositis ex materia et forma, necesse est quod differant natura vel essentia et suppositum». Traduction — «Dans les réalités composées de matière et de forme, il est nécessaire que diffèrent la nature ou essence et le suppôt».

C’est cette différence nécessaire qui n’est pas présente dans la phrase : «La chose nommée par le sujet de la proposition est, dans la réalité, le siège d’inhérence de l’accident attribué comme prédicat dans cette même proposition.»

À cet égard, il convient de se rappeler ce qu’Aristote écrit à Catégories, 2 : «Parmi les êtres, les uns sont affirmés d’un sujet, tout en n’étant dans aucun sujet : par exemple, homme est affirmé d’un sujet, savoir d’un certain homme, mais il n’est dans aucun sujet. (…) D’autres êtres enfin ne sont ni dans un sujet, ni affirmés d’un sujet, par exemple cet homme, ce cheval, car aucun être de cette nature n’est dans un sujet, ni affirmé d’un sujet.»

C’est ainsi que, à Iª q. 3 a. 3 co., Thomas écrit explicitement : «Et tamen in eo quod est homo, includuntur, unde id quod est homo, habet in se aliquid quod non habet humanitas. Et propter hoc non est totaliter idem homo et humanitas, sed humanitas significatur ut pars formalis hominis; quia principia definientia habent se formaliter, respectu materiae individuantis.»

Une traduction dit : Il s'ensuit que l'individu humain a en soi quelque chose que n'a pas l'humanité. En raison de cela, l'humanité ne dit pas le tout d’un homme, mais seulement sa partie formelle, car les éléments de la définition se présentent comme informant la matière, d'où provient l’individuation.

Mais, restons avec le latin. La phrase importante est : «unde id quod est homo, habet in se aliquid quod non habet humanitas».

C’est pourquoi, me semble-t-il, «humanitas» est dit d’un sujet sans être dans un sujet. Ce sujet est «unde id quod est homo». Le problème que me pose cet «unde» est celui du lien entre l’ens et la res.

À Catégories, 5, Aristote ajoute : «La substance, au sens le plus fondamental, premier et principal du terme, c’est ce qui n’est ni affirmé d’un sujet, ni dans un sujet (…). Tout le reste ou bien est affirmé des substances premières prises comme sujets, ou bien est dans ces sujets eux-mêmes.»

«Ce qui n’est ni affirmé d’un sujet, ni dans un sujet», c’est la res, le suppositum. Ainsi, «le sujet premier de toute proposition est la réalité de laquelle tout le reste est attribué comme prédicat». En particulier, «on appelle substances secondes les espèces dans lesquelles les substances prises au sens premier sont contenues, et aux espèces il faut ajouter les genres de ces espèces», ajoute Aristote.

Si le sujet est «unde id quod est homo», et que «id quod est homo» est la substance seconde dans laquelle le sujet qui est «unde id quod est homo», la substance première, est contenu, comment la «res» peut-elle être un attribut de l’ens s’il est vrai de dire que : res est ?

Cordialement



Message modifié (23-09-2018 21:50)

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 Re: Ens et res
Auteur: Delaporte 
Date:   24-09-2018 17:05

Cher Stagire,

Je ne suis pas sûr de bien saisir votre problématique.

Tout d’abord, réglons, si possible, un sujet qui me paraît accessoire :

« “Dans les réalités composées de matière et de forme, il est nécessaire que diffèrent la nature ou essence et le suppôt”. C’est cette différence nécessaire qui n’est pas présente dans la phrase : “La chose nommée par le sujet de la proposition est, dans la réalité, le siège d’inhérence de l’accident attribué comme prédicat dans cette même proposition” ».

Comme par “chose”, j’entends la substance composée, siège d’accidents à qui, donc, on pouvait attribuer un prédicat comme à un sujet, je pense que ma considération est postérieure à votre distinction entre essence et suppôt, qui ne concerne que la substance composée en elle-même, mais ne la concerne plus lorsque elle se voit attribuer un accident, dont le siège est le plus souvent l’union indiscernable de la matière (suppôt) et de la forme (essence). J’emploie le mot “siège” plutôt que “sujet”, à cet égard, pour éviter les confusions. “Sujet”, en effet, signifie aussi bien le sujet en grammaire que celui en logique et celui dans la réalité. Employer indifféremment ce même terme à ces trois niveaux me paraît source de confusions.

J’en viens à un second de vos points, pour qui lui aussi, notre divergence d’appréciation me paraît accessoire :

« Il suit ici l’ordre des questions établi aux Seconds analytiques : d’abord “an sit”, et, si la réponse est affirmative, ensuite “quid sit” »

L’ordre des Analytiques ne se limite pas tout à fait à cela, car avant de s’interroger sur le “an sit”, il faut se demander “quid sit nomen”, pour savoir à propos de quoi on interroge l’existence. On ne peut, en effet, s’interroger sur l’existence de ce dont on ignore totalement ce que c’est. Le “quid sit nomen” est la façon dialectique de s’interroger sur la quiddité d’une chose supposée être (ou n’être pas), mais dont on n’a pas encore la preuve d’existence (ou de non existence). On s’interroge sur ce que dit le nom, et pas encore sur la chose. C’est exactement la conclusion des cinq preuves du “an sit” de Dieu : “ce que les hommes appellent Dieu”. Dans ce fameux article 2 de la question 2, saint Thomas a prouvé par cinq fois, selon un mode “quia”, l’existence de quelque chose dont on connaissait déjà le contenu du nom attribué par le plus grand nombre : “Dieu”. Ce nom dit quelque chose de l’essence, à savoir – si “Deus” vient véritablement de “Théos” – “Celui qui voit”, “la Providence”. C’est à propos de cette essence qu’on interroge l’existence. Le “quid sit nomen” recouvre toute la préparation dialectique nécessaire avant de parvenir aux principes de la science. On va donc de l’essence à l’existence, puis de l’existence à l’essence. Tout commence avec la connaissance de l’essence, ou de quelque chose de l’essence, ou issu en propre de l’essence.

Puis le troisième point, plus important pour votre sujet :

« Parmi les êtres, les uns sont affirmés d’un sujet, tout en n’étant dans aucun sujet : par exemple, homme est affirmé d’un sujet, savoir d’un certain homme, mais il n’est dans aucun sujet. (…) D’autres êtres enfin ne sont ni dans un sujet, ni affirmés d’un sujet, par exemple cet homme, ce cheval, car aucun être de cette nature n’est dans un sujet, ni affirmé d’un sujet »

Reconnaissons que cet extrait ne se prête pas à une lecture aisée (notamment le passage que vous avez eu raison de supprimer). Il me semble qu’il marque la différence, mais aussi le lien de dépendance, entre l’énonciation logique et la composition réelle. “Homme” en tant que prédicat, peut s’affirmer du sujet (logique) Socrate : “Socrate est homme”, mais la réalité naturelle “homme” ne siège pas en Socrate, sinon, il n’y aurait que Socrate pour être homme. Cet homme (Socrate), quant à lui n’est ni dans un sujet (physique) ni affirmé d’un sujet (logique) ; il n’est pas “dans” un sujet (physique), car il est “le” sujet (physique) d’inhérence des accidents ; il ne se dit pas d’un sujet (logique) car il est le sujet (logique) dont on dit les prédicats.

J’en viens à votre question finale :

« Si le sujet est “unde id quod est homo”, et que “id quod est homo” est la substance seconde dans laquelle le sujet qui est “unde id quod est homo”, la substance première, est contenu, comment la «res» peut-elle être un attribut de l’ens s’il est vrai de dire que : res est ? »

Celle-ci a été introduite par la réflexion suivante :

« C’est ainsi que, à Iª q. 3 a. 3 co., Thomas écrit explicitement : “Et tamen in eo quod est homo, includuntur, unde id quod est homo, habet in se aliquid quod non habet humanitas. Et propter hoc non est totaliter idem homo et humanitas, sed humanitas significatur ut pars formalis hominis; quia principia definientia habent se formaliter, respectu materiae individuantis.” – Une traduction dit : “Il s'ensuit que l'individu humain a en soi quelque chose que n'a pas l'humanité. En raison de cela, l'humanité ne dit pas le tout d’un homme, mais seulement sa partie formelle, car les éléments de la définition se présentent comme informant la matière, d'où provient l’individuation”. – Mais, restons avec le latin. La phrase importante est : “unde id quod est homo, habet in se aliquid quod non habet humanitas”. – C’est pourquoi, me semble-t-il, “humanitas” est dit d’un sujet sans être dans un sujet. Ce sujet est «unde id quod est homo». Le problème que me pose cet “unde” est celui du lien entre l’ens et la res. »

J’ai donc repris le passage en entier et essayé de le traduire. Il est d’ailleurs d’une importance extrême en lui-même, en dehors de toute problématique faisant appel à lui :

« In rebus compositis ex materia et forma, necesse est quod differant natura, vel essentia et suppositum. Quia essentia vel natura comprehendit in se illa tantum quae cadunt in definitione speciei : sicut humanitas comprehendit in se ea quae cadunt in definitione hominis : his enim homo est homo , et hoc significat humanitas , hoc scilicet quo homo est homo. Sed materia individualis, cum accidentibus omnibus individuantibus ipsam, non cadit in definitione speciei : non enim cadunt in definitione hominis hae carnes et haec ossa, aut albedo vel nigredo, vel aliquid huiusmodi. Unde hae carnes et haec ossa, et accidentia designantia hanc materiam, non concluduntur in humanitate, Et tamen in eo quod est homo, includuntur: unde id quod est homo, habet in se aliquid quod non habet humanitas. Et propter hoc non est totaliter idem homo et humanitas: sed humanitas significatur ut pars formalis hominis; quia principia definientia habent se formaliter, respectu materiae individuantis. »

« Dans les choses composées à partir de matière et de forme, il est nécessaire que diffèrent la nature ou essence, et le suppôt. Parce que l’essence ou nature comprend en soi seulement les (éléments) qui tombent dans la définition de l’espèce : comme “humanité”contient en soi les (éléments) qui tombent dans la définition d’“homme” : cet homme, en effet, est homme, et ce que signifie humanité, c’est ce par quoi l’homme est homme. Mais la matière individuelle, avec tous les accidents individuant celle-ci, ne tombe pas dans la définition de l’espèce : ne tombent pas, en effet, dans la définition d’homme, ces chairs et ces os, ni la blancheur ou la noirceur, ni quelque chose de cette sorte. D’où, ces chairs et ces os, et les accidents désignant cette matière, ne sont pas inclus dans “humanité”. Et pourtant, ils sont inclus dans ce qui est homme : d’où (par conséquent), “ce qui est homme”, a en lui quelque chose que n’a pas “humanité”. Et pour cela, “homme” et “humanité” ne sont pas totalement identiques, mais “humanité” est signifiée comme partie formelle d’“homme” ; parce que les principe définitoires se comportent formellement au regard de la matière individuante. »

De sorte que pour moi, votre “unde” ne signifie rien d’autre que “par conséquent”, et nullement l’origine d’où viendrait “ce qui est homme”. Je n’ai donc aucune réponse à votre question finale, puisque je ne vois pas le lien de cause à conséquence. Peut-être pouvez-vous m’éclairer sur ce point,

Quant aux relations entre “ens” et “res”, il est toujours bon de revenir au texte fondamental de saint Thomas, où, vous le remarquerez, il n’emplois nulle part le mot “transcendantal” mais parle de “modes de l’être”. Ceci mérite d’être médité. On lit notamment :

« Alio modo ita quod modus expressus sit modus generalis consequens omne ens; et hic modus dupliciter accipi potest: uno modo secundum quod consequitur unumquodque ens in se; alio modo secundum quod consequitur unum ens in ordine ad aliud. Si primo modo, hoc est dupliciter quia vel exprimitur in ente aliquid affirmative vel negative. Non autem invenitur aliquid affirmative dictum absolute quod possit accipi in omni ente, nisi essentia eius, secundum quam esse dicitur; et sic imponitur hoc nomen res, quod in hoc differt ab ente, secundum Avicennam in principio Metaphys., quod ens sumitur ab actu essendi, sed nomen rei exprimit quiditatem vel essentiam entis »

Laborieusement traduit de la façon suivante :

« Ensuite, en sorte que le mode exprimé soit un mode général accompagnant tout étant ; et ce mode peut être entendu de deux façons : d’abord comme accompagnant chaque étant en soi, ensuite comme accompagnant un étant relativement à un autre. Si on l’entend de la première façon, on distingue selon qu’une chose est exprimée dans l’étant affirmativement ou négativement. Or, on ne trouve rien qui, dit affirmativement et dans l’absolu, puisse être conçu en tout étant, si ce n’est son essence, par laquelle on dit qu’il est ; et c’est ainsi qu’est appliqué le nom de « réalité » , lequel, selon Avicenne au début de sa Métaphysique, diffère de « étant » en ce que « étant » est pris de l’acte d’être, au lieu que le nom de « réalité » exprime la quiddité ou l’essence de l’étant » (QD De Ver., q1, a1, corp., traduction des moines de l’Abbaye Sainte Madeleine du Barroux).

Nous ne nous attarderons pas sur la traduction de “ens” par “étant”, alors que nous avons en français le mot “l’être” qui convient parfaitement et permet de se passer de ce solécisme. Il est évident que se cache derrière ce choix embarrassé la problématique contre laquelle je m’insurge, qui est de faire d’esse l’acte de l’étant. Ne remuons pas les vieilles histoires. Continuons d’observer certaines difficultés de traduction :

- “Secundum quam”, rendu par “par”. Est-ce justifié ? “Par” a ici le sens d’une cause efficiente que n’indique pas “secundum” que l’on peut tout à fait traduire pas “selon”. Là encore transparaît l’influence partiale inconsciente de la dialectique “ce qui est / ce par quoi c’est”. Peut-être est-ce légitime, peut-être pas ; mais rien n’autorise à prendre un parti plus qu’un autre à ce stade. Une bonne traduction ne doit pas laisser place à l’influence extérieure.

- “Imponitur”, rendu par “appliqué”. Traduction étonnante. J’aurai plutôt dit « c’est ainsi qu’est “construit” le nom de “réalité” ». Toujours cette influence de la théorie de l’acte d’être. Le traducteur lit : « étant est pris d’acte d’être », alors que je lis : « le nom être est imposé (construit) à partir de l’activité d’être ». Pourquoi ? parce que saint Thomas explique l’origine d’un néologisme “ens”, qui n’existe pas en latin courant, par un verbe “esse”, qui, lui, est bien connu. Il explique le moins connu par le plus connu.

- “res”, rendu par “réalité”, et avec des guillemets marquant l’hésitation. On se demande pourquoi le traducteur n’utilise pas le mot “chose”, mais “réalité”, et sentant que cela n’est pas entièrement satisfaisant, le met entre guillemets, comme pour dire que l’emploi de ce terme n’est pas à prendre dans son sens courant, et reste en quelque sorte à deviner pour une partie.


Ceci nous amène à la véritable portée du texte : “chose”, terme par lequel on traduit habituellement “res”, se tient du côté de l’essence. Ceci peut paraître véritablement paradoxal ! Si l’on rappelle la doctrine de saint Thomas, res, unum, etc. sont des modes de ens, c’est-à-dire des sens de ens que le mot ens à lui-seul ne suffit pas à exprimer, du fait de la limite des capacités intellectuelles de l’homme. Au fond, pour Dieu, ens dit immédiatement res, unum, aliquid, etc. sans besoin de précisions. Donc, res ne dit rien d’autre qu’ens, mais focalise l’intelligence humaine sur un de ses aspects : celui qui précise que tout ens a une essence. Une chose est un être qui est d’une certaine sorte, un “quelque chose de précis”. Tandis que ens ne dit que le fait qu’il y a un être ; Le terme insiste surtout sur la présence au monde, ce que ne dit pas res.

Voilà, cher Stagire, J’ai bien conscience d’avoir traîtreusement esquivé votre question, mais j’avoue ne pas l’avoir comprise. Peut-être mes réflexions à bâton rompu auront-elle contribué à quelque approche.

Cordialement

L'animateur

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 Re: Ens et res
Auteur: Stagire 
Date:   24-09-2018 21:49

Cher animateur,

Je vous remercie d'avoir pris la peine de me répondre, et ce, promptement.

Vous écrivez :
> Je ne suis pas sûr de bien saisir votre problématique.

À Iª q. 3 a. 3 co., Thomas écrit que, contrairement à Dieu,
«in rebus compositis ex materia et forma, necesse est quod differant natura vel essentia et suppositum». Traduction — «Dans les réalités composées de matière et de forme, il est nécessaire que diffèrent la nature ou essence et le suppôt».

La «problématique» qui me turlupine commence avec deux questions :
a) Nature et suppôt sont-ils liés en quelque manière ?
b) Et, s'ils le sont, comment le sont-ils ?

Dans mon message, j'avais tenté de formuler clairement le problème, ce qui s'est révélé problématique ;-))

Cordialement



Message modifié (24-09-2018 23:08)

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 Re: Ens et res
Auteur: Delaporte 
Date:   01-10-2018 19:40

Cher Stagire,

Le suppôt est le support de la nature, non ?

Cordialement

L'animateur

Répondre à ce message
 
 Re: Ens et res
Auteur: Stagire 
Date:   01-10-2018 20:39

Cher animateur,

> Le suppôt est le support de la nature, non ?

Le problème git dans «support».

J'incline pour :

a) La nature est attribut d'un sujet, le suppôt.

b) In eo quod est homo, il y a le id quod est homo, le suppôt, et le a quo id-quod-est-homo est homo, la nature attribuée au id quod.

Mais, qu'en est-il en termes métaphysiques ?

Cordialement



Message modifié (02-10-2018 01:09)

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