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 De la subsistence
Auteur: Alcor 
Date:   20-11-2018 10:36

Chers tous,

J’ai lu plus d’une fois, sous la plume d’éminents théologiens, que la foi catholique avait purifié et fait progresser la philosophie païenne bien au-delà de ce qu’elle pouvait espérer par ses propres forces.

Alors justement, je relisais, il y a peu, les premiers Conciles œcuméniques, et plus particulièrement tout ce qui touchait à la Christologie.

Contre l’apollinarisme, qui niait que Jésus-Christ ait une âme intellective, une âme humaine donc, Nestorius était tombé dans un autre type d’hérésie, à savoir affirmer deux personnes en Christ : l’une humaine et l’autre divine. (et par suite une union morale entre les deux, et non hypostatique)

Pourquoi ? Parce que si l’on considère l’aristotélisme païen, la forme communique aussi bien une essence que le type d’existence correspondant à cette essence : elle spécifie un certain type d’être et elle actualise ce type d’être dans le suppôt matériel.

Mon âme spécifie mon corps comme humain, et actualise en lui l’existence humaine, c’est-à-dire lui confère la vie végétative, sensitive et intellective. (forme et acte du vivant)

Or dans quelle catégorie générale plaçons-nous l’existence humaine ? Dans celle de la subsistence, puisque l’être humain appartient au genre suprême de la substance (arbre de Porphyre). L’existence humaine est donc une espèce de subsistence.

Donc Nestorius, suivant en cela la philosophie païenne, attendu que l’âme, en sus de spécifier un corps comme humain, actualise en lui l’existence humaine, qui est une subsistence, avait conclu que, puisque Jésus-Christ a une âme, il subsistait humainement, ce qui revient à dire qu’en Christ il y a une personne humaine.

Eh bien l’Église trancha et ses foudres s’abattirent sur l’hérétique pertinace Nestorius : il n’y a pas de personne humaine en Christ, car la nature humaine du Christ ne subsiste pas, seule subsiste la nature divine, et il n’y a donc en Christ que la Deuxième Personne de la Sainte-Trinité, le Verbe ou Fils de Dieu, qui est lui-même Dieu.

Ainsi l’âme du Christ le spécifie dans son humanité, et donc lui confère une nature humaine, mais elle ne lui communique pas la subsistence, comme dans le cas naturel. La nature humaine du Christ n’existe pas par soi, mais par un autre, à savoir la Personne du Fils.

Il faut alors nier que la forme soit toujours actuante : concéder à la philosophie païenne qu’elle l’est toujours dans un mode de production naturel, mais nier une nécessite intrinsèque.



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 Re: De la subsistence
Auteur: Delaporte 
Date:   20-11-2018 14:00

Cher Alcor,

« Le Verbe est source de la vie, comme sa première cause efficiente. Mais l'âme est principe de la vie corporelle, en tant que forme du corps. Or, la forme est un effet de la cause efficiente. Aussi, de la présence du Verbe, on peut conclure davantage que ce corps a une âme ; comme de la présence du feu, on peut conclure que le corps, avec lequel il est en contact, est chaud » (Somme théologique, IIIa,q 5, a 3, ad 2)

L’âme fait être sous la motion de la cause première qui est Dieu. Dans le cas de l’Incarnation (qui est un peu à part, reconnaissons-le) c’est la cause première qui fait être directement la personne du Christ, et l'actualisation par son âme humaine est emporté dans cette causalité universelle qui devient immédiate (sans relais par une cause seconde) en la circonstance.

Il demeure donc de nécessité intrinsèque que la forme soit toujours actuante sous la motion de la causalité universelle d’être lorsqu'elle est une cause seconde transmettant l'effet de la cause première.

Cordialement

L'animateur

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 Re: De la subsistence
Auteur: Alcor 
Date:   20-11-2018 17:38

Cher animateur,

Ce qui a guidé les Pères conciliaires des premiers siècles ce sont les conséquences morales et pratiques: pour que le Christ soit vraiment notre Rédempteur et Sauveur, donc que le Salut soit efficace, il fallait qu’il assume vraiment notre humanité, corps et âme.

Donc l’âme du Christ existe, et exister cela signifie se tenir hors de ses causes, donc elle ne se confond pas avec la cause efficiente qui l’a fait naître.

Mais attention exister ne veut pas nécessairement dire subsister.

Et j’irais même plus loin : Christ a vraiment connu la mort, c’est-à-dire que son âme s’est séparée de son corps. (« est descendu aux enfers »)

La Personne divine du Fils a donc tout éprouvé de l’humanité (sauf le péché bien sûr), parce qu’elle était sujet des opérations selon la nature humaine, nature humaine qui ne peut exister sans qu’existe une âme.

La particularité de l’âme du Christ est donc qu’elle est une forme qui ne communique pas l’acte de subsister au corps qu’elle informe et qui elle-même ne subsiste pas. Elle existe par la Personne divine.

Si vous me dites qu’elle est actuante, alors qu’est-ce qu’elle actue ? Si elle actue le corps du Christ alors cela implique que le Christ est une substance humaine, une personne humaine, c’est impossible, ou alors il faut supposer que l’existence qu’elle actualise n’est pas la subsistence, donc une existence non-humaine, puisque l’homme est du genre substance.

J’en conclus que nous avons-là un exemple remarquable exemplifiant au plus haut point la distinction réelle entre l’essence et l’existence : en Christ l’humanité vient de son âme, mais son acte d’exister humainement ne vient pas de son âme, mais de sa divine Personne. La chose serait impossible si l’essence ne se distinguait pas réellement de son existence.



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 Re: De la subsistence
Auteur: Delaporte 
Date:   20-11-2018 18:18

Cher Alcor,

« Exister cela signifie se tenir hors de ses causes », dites-vous.

Oui et non. C’est vrai de la cause agente extérieure comme le géniteur pour l’engendré. Ce n’est pas vrai de la cause efficiente en continuité avec l’effet. Ainsi, le fer chauffe tant que le feu est à son contact, et se refroidit dès que le feu disparait. L'exister du chauffage du fer n'est jamais en dehors de sa cause qui est le feu. Il en est de même de l’existence substantielle. Elle perdure tant que Dieu maintien l’être de chaque être, et disparaîtrait si Dieu s’en détachait (ce qui ne saurait arriver, car Dieu nous a promis qu’il ne se renie pas, Dieu merci !). L’existant n’est jamais hors de la cause qui le fait exister.

D’où, le reste de votre argumentation ne suit pas.

Cordialement

L'animateur

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 Re: De la subsistence
Auteur: Stagire 
Date:   20-11-2018 20:19

Cher Alcor,

> Eh bien l’Église trancha et ses foudres s’abattirent sur
> l’hérétique pertinace Nestorius : il n’y a pas de personne
> humaine en Christ, car la nature humaine du Christ ne subsiste
> pas, seule subsiste la nature divine, et il n’y a donc en
> Christ que la Deuxième Personne de la Sainte-Trinité, le Verbe
> ou Fils de Dieu, qui est lui-même Dieu.

À IIIa Q.2 A.6, Thomas d'Aquin traite de ce problème difficile.

Cordialement

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 Re: De la subsistence
Auteur: Delaporte 
Date:   21-11-2018 08:19

... Et je dirai également : IIIa, Q. 2, a. 5.

Cordialement

L'animateur

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 Re: De la subsistence
Auteur: Stagire 
Date:   23-11-2018 19:21

Cher animateur,

> ... Et je dirai également : IIIa, Q. 2, a. 5.

D'accord !

Cordialement

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