Auteur: Hafid
Date: 21-03-2008 17:15
Bonjour Jean Luc,
Ce n’est ni Lebrun ni Legendre qui m’intéresse, mais c’est seulement ce qui est dit qui m’importe.
L’un dit : « La filiation n'est pas d'essence biologique dans l'humanité, mais symbolique, et c'est bien là dessus qu'il y a de nos jours méprise. Dans les sociétés post-hitlériennes, l'idéologie biologicienne triomphe, nous sommes sous l'emprise d'une conception bouchère de la filiation ».
L’autre dit : « Croire que l'on peut refonder la sécurité de la filiation sur le fait biologique est l'une des illusions majeures de notre temps. Car c'est confondre produire de la chair humaine et instituer de la filiation et, ce faisant, il s'agit bien plutôt d'un retour vers ce dont le droit de la filiation avait permis de se distancer; ce dernier, en effet, attestait que la paternité n'était pas tant affaire d'hérédité que de parole, et que père et géniteur n'avaient nullement à être assimilés ».
Si Legendre et Lebrun veulent bannir le lien biologique du filial et instaurer une filiation contre le lien biologique, ils en ont le droit, ils peuvent même légaliser l’inceste de façon plus franche, mais ils ne peuvent pas m’obliger de coïter avec ma fille, ma sœur, ma mère, mes tantes et mes nièces. Le problème de la filiation n’est pas dans la trilogie enfant/corps/parenté, le problème de la filiation est bel et bien dans la triangulaire enfant/parenté-privée/parenté-universelle, et ce n’est pas non plus la structure sexuelle intrafamiliale qui fait problème comme l'entend la psychanalyse, mais le rapport générationnel entre la famille et l'humanité, qui se traduit politiquement par le rapport entre la famille et la société ou entre la famille et la nation.
L’homme ne pouvant engendrer sans génitalité ou sans entremise du corps, ce n’est certainement pas le fait que la génitalité ou l’entremise du corps soit la condition sine qua none du lien parental qui sape le filial entre l’enfant et son géniteur. Ce qui sape le filial entre l’enfant et son géniteur, c’est d’inculquer à son enfant une filiation spéciale exclusive, au lieu de lui enseigner l’évidence de l’existence biologique réelle, en chair et en os, d’un père et d’une mère universels, desquels les enfants des quatre coins de la planète proviennent tous ensemble. Ce qui est en phase de ruiner totalement le filial aujourd’hui, c’est, en plus de la légalisation de l’homo-parentalité, la capacité technique qu’a la femme d’engendrer sans l’homme. La problématique filiale que soulèvent les psychanalystes, notamment sur le plan trilogique loi/corps/parole, reflète une condition religieuse judéo-chrétienne, à savoir, que la parole/loi divine entend s’incarner dans un corps national ou racial particulier pour se représenter au reste de l’humanité.
Cordialement, Hafid.
Message modifié (21-03-2008 19:45)
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